Tout commence en septembre 2007, lorsque Leo Theyskens présente l'Egyptien Maged Samy comme le sauveur du Lierse, qui croupit en D2. Samy ne fait pas qu'investir : il achète le Lierse et l'englobe dans son holding, WadiDeglaEntreprise.
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Tout commence en septembre 2007, lorsque Leo Theyskens présente l'Egyptien Maged Samy comme le sauveur du Lierse, qui croupit en D2. Samy ne fait pas qu'investir : il achète le Lierse et l'englobe dans son holding, WadiDeglaEntreprise. Theyskens l'a rencontré par l'intermédiaire de Jan Gisbers, ex-directeur sportif de l'équipe cycliste PDM, et de Mohamed Hassan Aly, qui tient un restaurant à Eindhoven. Très impressionné, il conclut l'affaire en trois ou quatre mois. Samy est un homme d'affaires avisé. Chrétien copte, il est issu d'une minorité de classe sociale élevée. En 1994, il pose la première pierre de son empire en créant une entreprise de télécommunications. En 2002, il fonde Wadi Degla Investment. Il cherche à étendre ses activités en dehors de l'Egypte et investit dans l'immobilier, le marbre, le béton, le tourisme, le sport, etc. En 2004, il fonde Wadi Degla Sporting Club, le premier des deux clubs omnisports qu'il possède au Caire. On y pratique toutes les disciplines, tout s'appelle académie ou école et porte le nom d'une star internationale. En Belgique aussi, il voit grand. Il rêve d'une académie de tennis Justine Henin ou d'un centre nautique Frederik Deburghgraeve maisne concrétisera pas ces projets. Aujourd'hui, il investit dans un projet tennis plus modeste lancé par Top-Sports Promotion, en Wallonie. Deux ans après avoir fondé le Wadi Degla Sporting Club, Samy signe un contrat avec Jean-Marc Guillou. L'ex-international français a fait fureur avec Yaya Touré et Emmanuel Eboué, qu'il a amenés au sommet. Les deux hommes se rencontrent pour la première fois à l'Arsenal Football School du Caire. Arsène Wenger est ami de Guillou de longue date. Arsenal investit dans ses Académies, en échange de quoi il possède une option sur les jeunes talents qui y sont formés. Le concept plaît à Samy qui lance une première Académie en Thaïlande, puis une en Egypte. Guillou amène les coaches et le savoir-faire, Wadi Degla offre l'infrastructure. Peu après, une troisième Académie voit le jour à Accra, au Ghana. A l'époque, Samy possède déjà un club de foot en Egypte : Wady Degla FC a rejoint la D1 en 2010 et Samy y a engagé Walter Meeuws en tant que coach. On comprend vite pourquoi il a acheté le Lierse : moins d'un an plus tard, en septembre 2008, il ouvre la WD JMG Sportacademie à Tongerlo. Toujours selon le même modèle. Pour Guillou, c'est la huitième Académie, mais la première en Belgique. Le choix du pays n'est pas innocent : c'est chez nous que le salaire minimum pour les footballeurs extra-communautaires est le plus bas d'Europe et, grâce à Johan Vande Lanotte, la Belgique est devenue le paradis fiscal des jeunes joueurs. De plus, Guillou connaît la Belgique puisque, de 2001 à 2006, il a été actionnaire de Beveren, qu'il a quitté plus ou moins au moment où il fut forcé de fermer son Académie en Côte d'Ivoire, ne conservant que celles de Madagascar et de Thaïlande. Plus tard, il lancera des projets au Mali, au Vietnam et en Algérie puis travaillera avec Samy. Il ouvrira encore une école au Maroc mais elle ne tiendra pas longtemps. Celles de Thaïlande et de Madagascar non plus. Maged Samy ne fait pas mystère de ses intentions : former des joueurs et les vendre. Son système est pyramidal. A la base, les joueurs sont sélectionnés dans les Académies. Les meilleurs sont envoyés à Turnhout, club satellite qui évolue en D3, ou directement au Lierse, où ils sont mis en vitrine. Contrairement à ce que le timing peut faire penser, Samy a donc bien acheté le Lierse en fonction de l'Académie et pas l'inverse. L'étape suivante, c'est la vente des meilleurs joueurs à des clubs du top européen, afin de continuer à faire tourner le système et d'augmenter le chiffre d'affaires de l'entreprise. Pour cela, il est essentiel qu'il contrôle toutes les étapes de la production et qu'il ne fasse pas appel à des managers. Car selon lui, c'est à cause d'eux que beaucoup de clubs sont dans le rouge. Pourtant, il ne fait guère mieux : avec lui, le Lierse court à la faillite et fin 2011, le CEO de l'époque, Jesse De Preter, aujourd'hui parti à la Pro League, lui impose une solide cure d'assainissement. Samy n'a jamais présenté ses Académies comme des associations caritatives. Wadi Degla Football Company est une entreprise qui investit dans divers secteurs du football comme les droits de télévision et les loisirs. Si certaines activités sont déficitaires, d'autres doivent compenser les pertes. La dilution du risque est maximale car l'investissement à Tongerlo est important. Selon Maged Samy, le projet belge lui coûte 1,2 million d'euros par an, soit 40.000 euros par joueur de l'Académie. L'argent permet de financer la formation mais aussi l'internat et l'école privée. De plus, il s'agit, par définition, d'un projet à long terme. Les jeunes qui sont recrutés ont entre 11 et 13 ans. Il faut donc attendre au moins cinq ans avant de pouvoir les mettre sous contrat au Lierse et encore quelques années de plus avant de rentabiliser l'investissement. C'est la raison pour laquelle après avoir quitté Tongerlo en 2013 pour fonder un projet identique à Waregem, Thomas Caers a signé un contrat de 10 ans avec le club du Gaverbeek. Aujourd'hui, en Campine, les premiers Académiciens pointent le bout du nez (voir encadré). Pendant ces 6 ans, l'Académie a coûté cher et n'a rien rapporté. Le système a aussi été remis en question suite au manque de rigueur de Samy au niveau financier. Lorsque Théo Bongonda et Jason Denayer ont quitté l'Académie en même temps que Thomas Caers et Jesse Depreter pour signer à Zulte Waregem et Manchester City, Samy a accusé le coup. Pour lui, il s'agissait d'un investissement perdu. Ils avaient déjà presque 17 ans et attendaient depuis près d'un an que le Lierse leur propose un contrat. Cette proposition n'arrivait pas parce que Guillou et Samy n'étaient pas sur la même longueur d'ondes en matière de répartition des sommes de transfert. A Tongerlo, on reconnaît avoir commis une erreur mais on regrette ces départs qu'on qualifie de déloyaux. Maigre consolation : les clubs acquéreurs devront payer des indemnités de formation au Lierse : 275.000 euros pour Denayer et seulement 40.000 euros pour Bongonda. Maged Samy n'est pas un homme de chiffres. En 2008, il affirmait que quatre ans plus tard, le chiffre d'affaires de Wadi Degla Football Company serait supérieur à 90 millions. Il estimait alors qu'il aurait investi 136 millions d'euros en dix ans. Six ans plus tard, rien de tout cela ne s'avère exact. C'est une bulle financière, un plan comptable qui ne tient pas la route. Samy avait tout simplement oublié le poste des dépenses. En 2014, ni le Lierse, ni Wadi Degla ni l'Académie ne font des bénéfices. En feront-ils un jour ? Cela reste à voir. Autre prévision audacieuse de Samy : dans les dix ans, son Académie devrait fournir l'essentiel de l'équipe nationale. Sur ce point, Guillou est d'accord avec lui. Selon le Français, 90 % des joueurs feront carrière en Belgique, 30 % joueront dans un des cinq grands championnats européens et l'équipe nationale 2018 sera composée, pour 60 %, de joueurs formés à Tongerlo. La seule certitude, aujourd'hui, c'est que les trois premiers joueurs à réintégrer la filière normale ont été appelés dans les équipes nationales de jeunes : Bongonda et Ahmed El Messaouidi (Lierse) en U19, Denayer en U19 et en Espoirs. C'est étonnant car c'est seulement depuis l'an dernier qu'ils jouent des matches à onze contre onze. De plus, à Tongerlo, ils s'entraînaient pieds nus. Ils sont pourtant considérés parmi les meilleurs Belges de leur catégorie d'âge. Gert Verheyen, coach des U19, ne cache pas qu'il est impressionné par leur mentalité et leur bagage technique. Un beau compliment et une petite revanche pour le tandem Samy-Guillou qui, depuis le début, doit se battre contre l'Union belge et la Pro League. PAR JAN HAUSPIE - PHOTOS: BELGAIMAGEMaged Samy n'a jamais présenté ses Académies comme des oeuvres caritatives.