"Si on perd, on n'a pas d'autre solution que d'aller noyer notre chagrin dans la bière ", expliquaient des supporters d'Everton. Et à voir les têtes, à la tombée de la nuit, nul doute que les fans ont tenu parole. Du moins pour ceux qui avaient décidé de rester sur la capitale car la plupart des 50.000 supporters d'Everton avaient plutôt choisi de consommer la défaite sur leurs terres de Liverpool. Dix minutes après le coup de sifflet final, le stade de Wembley s'était vidé de la moitié de sa capacité. Et qui plus est de la meilleure moitié car Everton a gagné le match des tribunes. Les Liverpuldiens, qui n'avaient plus vécu l'ivresse d'une finale (et d'une victoire) dans la plus vénérable des épreuves depuis 1995, ont fait montre de beaucoup plus d'enthousiasme que leurs vis-à-vis.
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"Si on perd, on n'a pas d'autre solution que d'aller noyer notre chagrin dans la bière ", expliquaient des supporters d'Everton. Et à voir les têtes, à la tombée de la nuit, nul doute que les fans ont tenu parole. Du moins pour ceux qui avaient décidé de rester sur la capitale car la plupart des 50.000 supporters d'Everton avaient plutôt choisi de consommer la défaite sur leurs terres de Liverpool. Dix minutes après le coup de sifflet final, le stade de Wembley s'était vidé de la moitié de sa capacité. Et qui plus est de la meilleure moitié car Everton a gagné le match des tribunes. Les Liverpuldiens, qui n'avaient plus vécu l'ivresse d'une finale (et d'une victoire) dans la plus vénérable des épreuves depuis 1995, ont fait montre de beaucoup plus d'enthousiasme que leurs vis-à-vis. Les Scousers, surnom des habitants de Liverpool, ont mis le feu aux tribunes, puis sont partis très vite, sans un regard pour ce trophée brandi par le capitaine de Chelsea, John Terry. Et ils se sont réveillés le dimanche matin (ou le lundi pour les plus chagrinés) avec non seulement une gueule de bois mais aussi un visage tout rouge, eux qui ont passé tout le match au soleil, laissant à l'ombre, au propre comme au figuré, leurs homologues de Chelsea. Marouane Fellaini n'aura pas suivi leur exemple, lui qui ne boit jamais une goutte d'alcool. Après avoir goûté à l'ivresse d'une victoire à Wembley (c'était en demi-finale contre Manchester United), il aura donc vécu le revers de la médaille : celui de la défaite. Dommage pour cette valeureuse équipe d'Everton qui pouvait penser avoir fait le plus dur en éliminant successivement les ennemis de Liverpool, Aston Villa, Middlesbrough et les champions en titre, Manchester United. Il ne restait qu'une marche mais elle s'est avérée bien trop haute à gravir pour les Toffees qui n'ont jamais boxé dans la même catégorie, même s'ils ont mené l'espace de vingt minutes. " On peut avoir l'impression d'être passé à la fois fort proche et fort loin d'un succès ", avouait l'entraîneur d'Everton, David Moyes à l'issue de la rencontre. " Fort proche car nous avons mené et fort loin tant Chelsea a dominé cette rencontre. Le talent des Florent Malouda, Frank Lampard et Didier Drogba a fait la différence. Nous n'avons pas ce type de joueurs. De plus, il nous manquait quand même trois pions majeurs : Yakubu, Phil Jagielka et Mikel Arteta. " Fellaini ne deviendra donc pas le premier Belge à enlever le plus vieux trophée du football. Mais il aura déjà battu ses deux prédécesseurs, Nico Claesen et Philippe Albert. Ce dernier était resté tout le match sur le banc en 1998 alors que Claesen était rentré au jeu en 1987 face à Coventry. Comme Albert et Claesen, Fellaini n'a pas gagné mais, lui, aura le mérite d'avoir débuté la partie dans la peau d'un titulaire indiscutable et de l'avoir terminée. " Il n'oubliera jamais cette expérience ", explique Claesen, " Moi, j'en ai encore la chair de poule lorsque je me remémore cette journée-là. Je me souviens encore de tous les détails, des premiers pas sur la pelouse et du double choc : le bruit émis par les supporters et le gazon plus que parfait. " Et cela nous ramène à cette phrase de Bobby Charlton qui avait affirmé sur Wembley : " La chose la plus marquante, c'est le terrain. Quand j'avais 15 ans et que je jouais pour les scolaires anglais, après avoir disputé certaines rencontres dans le nord-est de l'Angleterre sur des terrains durs, pouvoir évoluer sur la pelouse de Wembley était extraordinaire. Lorsque j'ai marché sur la pelouse, j'ai d'abord pensé qu'on ne pouvait pas jouer dessus. Elle était trop parfaite, comme une carpette. " Samedi, les deux ingrédients étaient présents : une ambiance extraordinaire et un gazon tiré à quatre épingles. A tel point qu'il était sujet à débat entre les journalistes anglais. " N'était-il pas trop lent pour le football d'Everton ?", pouvait-on entendre dans les travées de Wembley. En Angleterre, le football est un art, une religion et on ne rigole pas avec le gazon. Dès l'aube, Londres sentait bon la tradition. Bon, sans pluie, ce n'est déjà plus pareil, il faut bien l'admettre. Le soleil et une ambiance toute estivale s'étaient invités en bord de Tamise. Les trains bondés en provenance de Liverpool déversaient sur la capitale leur lot de petits hommes bleus, tous habillés du maillot d'Everton (on a même vu des maillots floqués du sponsor Hafnia, vestige de la victoire en Cup de 1984). Ceux de Chelsea se faisaient discrets, préférant arriver plus tard au stade. 12 heures, les environs du stade étaient déjà embouteillés. Du soleil, beaucoup de bleu (c'est la couleur des deux équipes), un peu de jaune (c'est la couleur du deuxième maillot de Chelsea), et beaucoup de chants. Dans le métro et aux alentours du stade. Et puis, il y avait les perruques made in Fellaini. La coiffure de notre international est définitivement adoptée en Angleterre. Même la BBC en a fait un reportage, visitant un coiffeur pour voir si les jeunes la demandaient beaucoup. Verdict ? Euh, on préfère encore la perruque. Les tabloïds anglais ressortent même l'interview de la cousine de Wayne Rooney qui trouve que Fellaini ressemble au Screech de la série des années 90, Sauvés par le gong. Au fur et à mesure, les chansons de Maximo Park, Vampire Week-end ou The Killers, tous les groupes à la mode outre-Manche, laissaient la place aux chants des supporters. Une chorale de gospel reprenait le Abide with me, hymne anglo-saxon par excellence, avant que la fanfare de la garde royale n'entame un God save the Queen de cérémonie. Le tout sur le tapis rouge avec des immenses lance-flammes en bord de pelouse. Ici, on ne rigole pas avec la tradition - un journaliste italien s'est d'ailleurs fait tancer parce qu'il ne s'était pas levé lors de l'hymne national. Shocking ! Quant à la loge royale, elle n'avait de royale que le nom puisqu'aucun membre de la famille régnante, du moins pas un connu dans nos contrées, n'était visible. L'invité d'honneur était donc choisi dans la diplomatie puisque c'est l'ancien secrétaire de l'ONU, Kofi Annan qui eut l'honneur d'aller serrer la main des 22 acteurs. Sur les écrans, chacun y allait de son pronostic. Même Amanda Holden. Qui ? Amanda Holden, jurée de Britain's got talent, l'émission qui a révélé le phénomène Susan Boyle, et grande supportrice d'Everton. Quant au match, si le petit a bien fait illusion en ouvrant le score après 20 secondes, sur un assist de Big Mo concrétisé par Louis Saha, a par la suite courbé l'échine. Chelsea allait faire parler ses qualités : un but de Drogba et un autre de Lampard. Quant à Fellaini, une première mi-temps de qualité, en soutien de Saha, une deuxième plus discrète à son poste habituel de médian défensif. " Je le mets souvent comme médian offensif car sa taille est fort utile ", se défend Moyes. " Mais Fellaini est davantage un joueur qui garde le ballon qu'un créateur. En deuxième mi-temps, il a changé de poste avec Tim Cahill car on avait besoin d'un joueur créatif, capable de donner la dernière passe. " Si, en une saison, le bagage technique de Fellaini s'est encore étoffé, il n'est pas devenu pour autant un meneur de jeu. Samedi, il a excellé dans le jeu aérien (gagnant presque tous ses duels avec José Bosingwa et Mickael Essien) et dans la conservation du ballon mais il n'est pas capable de faire la différence, si ce n'est sur phases arrêtées. " Fellaini est un joueur très aimé auprès des supporters ", nous explique Ian Levinson, supporter d'Everton. " Il représente le joueur typique et idéal pour les Toffees. Il n'hésite pas à mettre le pied, il travaille beaucoup et il marque. Everton n'a jamais eu de tradition de creative players à l'instar d'autres formations de notre niveau comme West Ham ou Tottenham. Même des joueurs techniques comme Cahill ou Arteta doivent s'adapter au jeu d'Everton et travailler beaucoup. " " Je pense que Moyes a avancé Fellaini sur l'échiquier pour trois raisons ", explique l'ancien sélectionneur Graham Taylor, présent au match. " Premièrement car il récoltait trop de cartons, deuxièmement car il fait très mal aux défenses adverses par sa taille, ce qui permet de créer de l'espace pour des joueurs de la deuxième ligne, rapides comme Steven Pienaar, Leon Osman ou Cahill, Troisièmement car Moyes manquait à la fois de poids devant suite à la blessure de Yakubu et de créativité suite à celle d'Arteta. Il lui fallait changer son système et trouver quelqu'un capable d'épauler solidement Saha dans un 4-5-1. " Samedi, malgré sa relative discrétion en deuxième mi-temps, les analystes étaient satisfaits du rendement de l'ex-Standardman. " Il fut un des meilleurs d'Everton avec Pienaar, Phil Neville et Saha. Regardez tous ces duels gagnés ! ", affirmait l'ancienne vedette de West Ham, Trevor Brooking, " En deuxième mi-temps, Everton était tellement faible qu'aucun joueur, pas même Fellaini, n'a pu surnager. " Dans les journaux, sa cote (entre 6 et 7) était honorable. News of the World y allait même de son petit commentaire : " Peut commettre des erreurs mais il a montré certaines aptitudes dans un rôle plus avancé. Le manque de soutien de l'entrejeu a signifié qu'il a passé plus de temps dos au but en première mi-temps. Seuls ses cheveux furent mis à contribution. " Reste qu'avec huit buts, une cinquième place et une finale de Cup, il a réussi sa première saison en Angleterre. " Ce fut l'un des joueurs de la saison avec Jagielka ", tranche Levinson avant qu'un autre supporter ne le coupe : " Pourtant, on s'est demandé au début c'était quoi ce p... de joueur horrible qu'on nous avait refourgué pour 18 millions d'euros. Il était essoufflé après dix minutes, il trottinait toute la rencontre et il ne savait pas dribbler. Pour 18 millions d'euros, tu prends quand même un joueur capable de dribbler, non ? On ne demandait pas Robinho mais quand même. Aujourd'hui, on est tous d'accord. C'est un p... de bon transfert. Il trottine toujours, il ne sprinte presque jamais mais il est souvent au bon endroit. " Fellaini n'a pas encore l'aura des Cahill, Arteta, Tim Howard ou Phil Neville, présents au club depuis plus longtemps. Mais il s'en rapproche. Il lui restera alors à égaler la popularité de son manager, Moyes, car la véritable star d'Everton, c'est lui. Samedi, les t-shirts In David Moyes we trust étaient aussi présents que les perruques Fellaini. Et c'est lui qui était au centre de tous les chants d'après-match. par stéphane vande velde