"S'ils n'étaient pas arrivés, j'aurais probablement déposé le bilan. " Raymond Langendries, le co-président de l'AFC Tubize, en novembre 2014. Ils, ce sont les Sud-Coréens de Sportizen, une société arrivée en août de l'an passé en Brabant wallon pour y placer quelques billes. Leur objectif ? Faire de ce club une plate-forme en D1 belge d'ici juin 2017 afin que des footballeurs asiatiques puissent y venir se montrer à l'Europe. Une aubaine pour des Sang et Or au bord du gouffre financier depuis plusieurs années. Retard de paiement de salaire, dettes et interdictions de transférer ne sont donc plus que de mauvais souvenirs. Aujourd'hui tout le monde est serein et Tubize joue les premiers rôles en championnat.
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"S'ils n'étaient pas arrivés, j'aurais probablement déposé le bilan. " Raymond Langendries, le co-président de l'AFC Tubize, en novembre 2014. Ils, ce sont les Sud-Coréens de Sportizen, une société arrivée en août de l'an passé en Brabant wallon pour y placer quelques billes. Leur objectif ? Faire de ce club une plate-forme en D1 belge d'ici juin 2017 afin que des footballeurs asiatiques puissent y venir se montrer à l'Europe. Une aubaine pour des Sang et Or au bord du gouffre financier depuis plusieurs années. Retard de paiement de salaire, dettes et interdictions de transférer ne sont donc plus que de mauvais souvenirs. Aujourd'hui tout le monde est serein et Tubize joue les premiers rôles en championnat. Junbum Park, le président sud-coréen de Tubize présent en Belgique avec toute sa famille, personnifie le projet asiatique au Stade Leburton. Très classe et détendu, il est le relais entre son pays, l'entreprise et le club. Pour le reste, il faut souvent s'adresser à Josselin Croisé, le directeur général. Mandaté par Sportizen, ce Français de 32 ans, expérimenté dans le management sportif, est l'autre homme fort de la maison. Celui à qui on demande un joueur à l'interview. Celui qui acte les transferts. Celui par qui tout passe, finalement. Sa première mission : chapeauter la qualification de Tubize pour le Top 8 fin avril 2016. Sa seconde : le retour des Sang et Or en Pro League dans un peu plus d'un an et demi. Et pour l'instant, c'est bien parti puisqu'ils pointent actuellement à la deuxième place au classement. De toute façon, l'AFC n'a pas le choix. Elle doit rester dans le football professionnel au terme de cette saison. " La réforme n'était pas prévue quand nous sommes arrivés. Mais ça ne change rien. Nous nous étions donné trois saisons pour rejoindre la D1. Si on fait partie du Top 8, on pourra considérer que c'est une demi-montée ", livrait Josselin Croisé en début de saison. Sans ça, l'entité brabançonne n'aura plus trop d'intérêt pour la boîte asiatique et il y aura de quoi s'inquiéter pour le futur du Stade Leburton. Du coup, hors de question de reproduire un championnat comme l'an passé. La nouvelle direction a déjà parcouru pas mal de chemin depuis son arrivée il y a 14 mois. Aujourd'hui, tout le travail accompli en coulisses et à l'entraînement se voit au classement. Mais cela n'a pas été un long fleuve tranquille. Suite à l'arrivée de Sportizen, le club est passé d'un esprit très familial à une gestion bien plus professionnelle. Les dirigeants ont également pris des décisions qui ont fait jaser. Le licenciement du T1 Dante Brogno, l'éviction progressive du directeur technique Philippe Saint-Jean ou la non-prolongation de contrat de la légende Grégoire Neels malgré 15 saisons dans la ligne médiane tubizienne. Que dire alors des jeunes, fiertés du club Sang et Or, mais qui ne sont plus la priorité désormais ? Puis, le nouveau coach, Colbert Marlot, devait composer avec un noyau qui ne se connaissait pas. Au milieu d'un conflit entre les anciens et les joueurs amenés par les nouveaux patrons, l'enfant du RC de Lens déclarait en mars dernier que " son groupe, c'était 95 % d'emmerdes " et exigeait que " ce ne soit pas le même bordel la saison prochaine. " Et Philippe Liard, au club depuis 2012, de compléter : " Il y avait des clans et des garçons très orgueilleux. Des tacles et des coups volontaires se perdaient à l'entraînement. Certains incidents n'auraient jamais dû avoir lieu. L'ensemble de l'effectif arrivait en fin de contrat. Ça a aussi créé des tensions. Le staff n'a pas tout pu maîtriser. " Sur le terrain, aucun fond de jeu. Aucune envie. Aucune âme. L'Ivoirien Amara Diané (ex-PSG), arrivé plus pour le buzz que pour son talent, jouait à la carte durant sa pige de trois mois. Souvent titulaire, le Sud-Coréen Hwang n'était même pas à 80 % à cause d'un genou en carton. Ses compatriotes Lim et Chan n'étaient alignés que pour faire de la bonne pub en Corée. Enfin d'autres comme Diarra se prenaient pour ce qu'ils n'étaient pas. " On ne pouvait pas faire mieux que cette 8e place finale ", confiait Colbert Marlot au quotidien " La Voix du Nord ". Le vestiaire a donc beaucoup changé pour parvenir à ce gros début de saison. 22 éléments sont partis. Dix sont arrivés. Critère principal de recrutement : la mentalité. " Ce sont toujours les intérêts du club qui priment ",martèle Colbert Marlot. Clément Fabre, Mamadou Diallo, Yohan Betsch et Ibrahima Ba ont débarqué avec en moyenne 90 matchs de Ligue 2 dans les jambes mais surtout avec un excellent état d'esprit. " Ce sont tous de bons gars et de grands professionnels ", ajoute Liard. " Ils sont là 45 minutes avant chaque entraînement. Ils donnent des conseils. Même s'il est blessé(retour prévu en mars), Yohan Betsch envoie des SMS toutes les semaines pour nous encourager. " Philippe Saint-Jean, hors circuit à Tubize depuis août, confirme la qualité du mercato. " Le groupe est bien balancé avec un bon banc tant qu'il n'y a pas de blessé. Sur ce que j'ai vu, c'est typiquement un jeu à la Française. Ils relancent proprement, jouent au sol et ne donnent pas beaucoup d'occasions. Derrière, Clément Fabre a la classe et pourrait s'imposer dans un club comme Charleroi. Devant, leur efficacité est digne de la Pro League. C'est ça qui fait la différence. Je ne serais pas étonné de les voir finir dans le Top 3. " Bien entendu, Sportizen a allongé pour recruter même si deux éléments de qualité sont prêtés gratuitement. Elle a aussi dû payer pour assainir les finances de l'AFC Tubize mais également afin de proposer aux joueurs des conditions de travail idéales. La salle de musculation a été rénovée et un espace détente avec TV et PlayStation aménagé. Les Tubiziens mangent aussi ensemble plus régulièrement. De quoi créer une cohésion indispensable à toute équipe ambitieuse. Autour du club aussi, un boulot considérable a été fourni. La promotion inédite des abonnements annuels aux prix de 20 et 30 € a eu le succès attendu puisque 1300 supporters ont payé ce forfait. " Ça revenait au même d'en vendre 200 à 45 € plutôt que 45 à 200 € comme l'an dernier ", livre Josselin Croisé, comblé par l'augmentation de 2500 % du nombre d'abonnés. " Sauf que les gradins sont plus remplis. " Normal quand on dénombrait 47 abonnés pour 2014/2015. Restait à fidéliser un public qui n'aura pas de scrupules à louper une rencontre qui lui revient à environ 1,56 €. Les prestations des Sang et Or devaient donc être séduisantes. Jusqu'à présent, mission accomplie. L'AFC joue bien, vainc et convainc. En coulisse aussi, ça se développe. La direction ramène de nouveaux sponsors en tentant un maximum de collaborer avec des gens de la région. À l'image de ses tribunes, tout Tubize retrouve des couleurs. Mais le plus dur reste à venir. PAR VALENTIN THIÉRY - PHOTOS TUBIZE / FRED MOISSEUne rencontre pour un supporter tubizien revient à environ 1,56 €.