Dimanche à Groningue, les Espoirs ont commencé le championnat d'Europe par un partage contre le Portugal (0-0). C'est toujours mieux que les Diables, mais certains nourriront sans doute des regrets au vu des occasions créées. AnthonyVandenBorre a été titularisé sur le flanc droit de l'entrejeu dans un système en 4-2-3-1. Il s'est beaucoup dépensé et a donné l'impression de devoir puiser dans ses réserves en fin de match lorsqu'il a cédé le relais à Kilian Overmeire.
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Dimanche à Groningue, les Espoirs ont commencé le championnat d'Europe par un partage contre le Portugal (0-0). C'est toujours mieux que les Diables, mais certains nourriront sans doute des regrets au vu des occasions créées. AnthonyVandenBorre a été titularisé sur le flanc droit de l'entrejeu dans un système en 4-2-3-1. Il s'est beaucoup dépensé et a donné l'impression de devoir puiser dans ses réserves en fin de match lorsqu'il a cédé le relais à Kilian Overmeire. Lorsque Jean- FrançoisdeSart a décidé de retenir Vanden Borre dans sa sélection Espoirs, beaucoup de gens se sont posé des questions : lui, qui n'avait jamais joué avec cette catégorie d'âge puisqu'il était passé directement chez les Diables Rouges, allait-il se fondre dans le groupe ? Son caractère, que l'on dit parfois renfermé, n'allait-il pas déteindre sur l'ambiance ? La greffe allait-elle prendre ? " Au départ, lorsque j'ai annoncé ma présélection de 30 joueurs, j'ai ratissé large ", rappelle de Sart. " On y trouvait à peu près tous les meilleurs joueurs qui avaient l'âge requis, qu'ils aient ou non joué en Espoirs par le passé, comme VincentKompany et StevenDefour. Je considère toujours que le talent est la qualité la plus importante pour un footballeur, et à ce sujet-là, personne n'a jamais douté des qualités d'Anthony. Après, tous les autres paramètres entrent évidemment en ligne de compte. Il avait été convenu qu'Anthony nous accompagnerait en stage au Maroc. C'était une sorte d'accord que l'on avait passé ensemble : une sorte de test, pour évaluer où il se situait. Après ce stage, il m'appartenait de décider si je le maintenais dans la sélection, en fonction de son état physique et de ce qu'il apportait au groupe. Et, de son côté, il devait me dire s'il avait envie de continuer ou pas. Tous les doutes, pour autant qu'il y en ait eu, ont rapidement été dissipés. J'ai senti un Anthony très épanoui, très bien dans sa peau. Il a témoigné d'un comportement irréprochable, comme les autres joueurs d'ailleurs. Je crois qu'il a été très heureux de rejoindre ce groupe. Cela lui a permis de se ressourcer, de se retrouver en compagnie de jeunes de son âge avec lesquels il partage les mêmes passions, les mêmes préoccupations, les mêmes envies. Depuis trois ans, il a été plongé dans le monde des adultes, avec tout ce que cela comporte comme contraintes. Tout le monde croit qu'il a 25 ans. En fait, il a à peine 19 ans et demi. Il figure même parmi les plus jeunes de ma sélection : il est de 1987 alors que plusieurs joueurs sont nés en 1984. Ce Championnat d'Europe offre à Anthony une occasion de rebondir. C'est un challenge win-win : le groupe, grâce à tout ce qu'Anthony peut lui apporter, et lui-même, qui va peut-être se relancer. Il a été très bien accepté par tout le monde. En ce qui me concerne, je considère que mon rôle, en tant que sélectionneur des Espoirs, est d'aider les jeunes talents à rebondir lorsqu'ils traversent une situation difficile, qu'elle qu'en soit la raison. Si j'ai pu aider Anthony, ce sera déjà une victoire. Mon regret, c'est que RenéVandereycken l'ait appelé pour le déplacement en Finlande. Ce n'était pas prévu, puisqu'il ne figurait pas dans la sélection des 24 Diables Rouges annoncée au départ. Ce minitrip de trois jours a empêché Anthony de poursuivre sa remise en condition physique que l'on avait entamée avec MarioInnaurato ". L'adjoint de De Sart, Jean- FrançoisRemy, tient à peu près le même langage. Mais il nuance malgré tout : " Vandereycken a été confronté à des blessures de dernière minute. Il n'avait pas trop le choix pour compléter son noyau, puisque la plupart des autres footballeurs sont en vacances et avaient arrêté leurs activités depuis deux ou trois semaines. Anthony avait déjà fait partie des Diables Rouges précédemment et était resté mobilisé. Vandereycken, qui est constamment resté en contact avec De Sart, avait sans doute eu vent du bon comportement d'Anthony. Son appel chez les Diables Rouges peut aussi être considéré comme une récompense pour le travail effectué. Même si, c'est vrai, il aurait peut-être été préférable de le laisser continuer à se régénérer. Lorsqu'on affirme qu'Anthony est passé directement des -19 au noyau A, ce n'est pas tout à fait exact : il avait déjà accompagné les Espoirs en Serbie, l'an passé. Il connaissait donc déjà beaucoup de gens du noyau, et a été très content de les retrouver. Les retrouvailles se sont très bien passées. Anthony s'est montré adorable. Il fut un exemple, il s'est même parfois érigé en meneur vis-à-vis des autres. Tout le monde est très content. Le pari que l'on a pris en l'incorporant au groupe est en train d'être gagné. Anthony est l'un des meilleurs jeunes de sa génération, chacun en est convaincu. La seule inconnue, c'était le paramètre physique, mais cette donnée a été très bien gérée ". Anthony considère l'Euro comme une bonne préparation à ce qui l'attend à la Fiorentina. " En soi, ce n'est pas illogique ", estime Remy. " Après une demi-saison délicate, il va retrouver la compétition du haut niveau. Ensuite, une deuxième échéance l'attendra en Italie. L'Euro peut constituer un merveilleux tremplin pour lui. Cela l'aidera à redevenir compétitif plus tôt, grâce à la préparation mentale, physique et psychologique qu'il aura eue avec les Espoirs ". Ancien entraîneur de l'école de jeunes du Standard, Mario Innaurato avait ensuite suivi Marc Wilmots à Saint-Trond. A la demande de Jean-François de Sart, il a rejoint le groupe des Espoirs depuis février. Il s'occupe de la préparation physique. " Des tests avaient été effectués avec les joueurs le mardi 22 mai au stade Roi Baudouin ", explique-t-il. " A partir de là, le programme a pu être individualisé. Je n'ai pas constaté de retard particulier chez Vanden Borre : c'est un bel athlète, mais son temps de jeu a été très réduit lors du deuxième tour. Si mes statistiques sont exactes, il n'aurait pas joué plus de 113 minutes en championnat. Il avait donc besoin de travailler davantage que les autres pendant les deux stages, au Maroc et à La Panne. Alors que, pour ceux qui sortaient d'une longue saison de 60 matches, le travail a surtout été axé sur la qualité et sur la récupération, avec Anthony on a beaucoup travaillé en quantité. Il a très bien réagi, n'a jamais rechigné à l'effort. Je ne peux qu'être satisfait du travail fourni. Vanden Borre s'est comporté de manière exemplaire. Il a joué les deux matches amicaux contre le Maroc et le Luxembourg de façon très satisfaisante. Pendant les entraînements, on formait souvent des petits groupes, en fonction des aspects qu'il fallait travailler en priorité. Anthony a presque formé un petit groupe à lui tout seul. Au fitness, ou sur le terrain, il restait presque toujours 10 ou 15 minutes de plus que les autres. J'ai senti le garçon très motivé. Si j'ai pu l'aider à retrouver une condition physique acceptable avant son départ pour l'Italie, tant mieux. Mais je ne peux que proposer, c'est au joueur à accepter. L'effort devait surtout venir de lui, et il a donné une réponse positive à ce que je lui demandais. Il sait qu'en Italie, il devra s'attendre à une préparation corsée et a envie d'être bien préparé. Je l'ai senti très enthousiaste à l'idée de participer au Championnat d'Europe et très heureux de retrouver des joueurs de son âge, qu'il connaît bien ". Le frère aîné d'Anthony, Frank, est forcément bien placé pour évaluer ses états d'âme. Comment vit-il tout ce qui lui arrive : sa sélection chez les Espoirs, son appel chez les Diables Rouges, son transfert vers la Fiorentina ? " D'abord, je trouve qu'Anthony a effectué un bon choix en optant pour la Fiorentina ", estime Frank. " C'est un club moins médiatisé que les ténors du Calcio, comme la Juventus, l'Inter ou l'AC Milan. Il y retrouvera aussi beaucoup de jeunes joueurs de sa génération. Et puis, la Toscane est une belle région. Tout cela devrait lui convenir, je ne vois que des aspects positifs. J'espère qu'il fera une bonne préparation. Après, le reste devrait couler de source. Mais on ne placera pas la barre trop haut. Personnellement, je m'estimerai déjà satisfait s'il pouvait jouer une dizaine de matches. Il vaut mieux y aller calmement, et retenir les leçons du passé. A Anderlecht, on a peut-être brûlé les étapes. Tout a été très vite, peut-être trop vite. Idem en équipe nationale : alors qu'une sélection aurait déjà dû être une fierté en soi, on en attendait monts et merveilles à chaque fois qu'il jouait. C'était peut-être trop pour lui. Ses six derniers mois furent difficiles, sur et en dehors du terrain. Beaucoup de gens ont tourné autour de lui avec le transfert en toile de fond. Certaines personnes, qui voyaient leur intérêt personnel avant celui de mon frère, furent parfois envahissantes. On ne pouvait pas toujours leur fermer la porte et c'était ennuyant. On a aussi laissé penser qu'Anthony avait 40 managers. Or, il n'en a jamais eu qu'un : DidierFrenay. Ce n'est parce que la Fiorentina mandate une personne pour négocier avec Anthony qu'elle est subitement devenue son agent ". Un changement d'air peut faire du bien à Anthony, selon son frère. " Il est surtout très triste de la manière dont tout s'est terminé avec Anderlecht. Il a tout connu au Sporting : il y a débuté chez les Diablotins, et à l'exception de Kompany, je ne vois pas beaucoup d'autres joueurs qui ont fait toutes leurs classes à l'ombre de Saint-Guidon. Quoi qu'en pensent certains, il s'est toujours entraîné avec beaucoup de conviction. Il n'a jamais été un tire-au-flanc. Il aurait mérité une autre sortie. Ici, on a l'impression qu'il part par une porte dérobée ". Son passage chez les Espoirs lui redonne du moral. " En fait, je retrouve Anthony comme je l'avais toujours connu : simplement content de pouvoir jouer au football ", témoigne Frank. " Pour mon frère, même si le football est devenu un métier, il est resté avant tout un jeu. A Anderlecht, l'ambiance était peut-être trop professionnelle pour lui. Ses équipiers étaient essentiellement des collègues de travail. C'était parfois très froid. Chez les Espoirs, il retrouvé des garçons de son âge, avec lesquels il peut discuter de choses qui l'intéressent. Anthony est encore un gamin, parfois perdu au milieu des adultes. Il a aussi trouvé en Jean-François de Sart et Jean-François Remy deux entraîneurs qui lui parlent beaucoup. Cela le change aussi d'Anderlecht. Il avait besoin de ce dialogue : sous ses allures de grand costaud, c'est un garçon très sensible, qui a besoin de se sentir soutenu et encouragé. Lorsqu'il se sent bien dans sa peau, il est capable de faire beaucoup de choses sur un terrain, chacun en est convaincu. En outre, chez les Espoirs, il évolue à sa place de prédilection : dans l'entrejeu. C'est là qu'il a été formé, et il préfère de loin évoluer à ce poste plutôt qu'à l'arrière droit, où il a régulièrement été aligné avec Anderlecht. Anthony est ultra motivé par ce Championnat d'Europe Espoirs. Il a envie de le gagner, tout simplement. Beaucoup estiment qu'une qualification pour les JO de Pékin serait déjà très bien, mais il a envie d'aller plus loin. Et pourquoi pas, après tout ? Sa convocation par René Vandereycken pour accompagner les Diables Rouges en Finlande ? Anthony a été content d'être appelé, mais je crois qu'il aurait préféré rester avec les Espoirs, pour poursuivre sa préparation et rester au contact de ses copains. Il trouve l'ambiance géniale. Ce voyage en Finlande fut plutôt perturbant pour lui ". Un autre paramètre a peut-être influencé négativement les prestations d'Anthony ces six derniers mois : la grave maladie dont souffre sa maman. " On s'était refusé d'en parler, mais aujourd'hui tout le monde est au courant, alors il ne sert plus à rien de l'occulter. Cela a-t-il influencé ses prestations ? On a beau dire qu'il faut séparer sa vie privée de sa vie professionnelle, un footballeur reste avant tout un être humain. Bien sûr qu'Anthony a été affecté. C'est logique, je pense ". Ecarté au dernier moment de la sélection des Espoirs, pour des raisons que lui-même a du mal à comprendre, IbrahimMaaroufi est bien placé pour expliquer ce qui attend Vanden Borre à la Fiorentina : il est lui-même un ancien d'Anderlecht, qu'il a quitté dès l'âge de 11 ans pour le PSV, avant d'évoluer à l'Inter Milan cette saison. " D'abord, je trouve qu'Anthony a effectué le meilleur choix possible en optant pour la Fiorentina. Qu'on ne s'y trompe pas : c'est un très grand club, qui s'appuie sur une longue tradition et qui est fortement respecté en Italie. C'est aussi un club qui, ces dernières années, a souvent fait confiance aux jeunes. En outre, TomasUjfalusi va partir : cela laisse beaucoup de chances à Anthony d'être titularisé. Je l'ai côtoyé pendant le stage des Espoirs au Maroc. Je l'ai senti très bien dans sa peau. Nous avons un peu discuté de ce qui l'attend en Italie. Je crois que le Calcio peut lui convenir. Là-bas, on aime les joueurs de son style. Techniquement, lorsqu'on a été formé à Anderlecht, on dispose en principe d'une très bonne base. Et physiquement, Anthony est costaud. Il devra surtout s'accrocher lors de la période de préparation, qui est toujours très exigeante au-delà des Alpes. Durant la première semaine, on ne voit pas le ballon : on part à la montagne, où l'on fait du vélo, des sprints en côte et d'autres exercices qui mettent les joueurs sur les genoux. A ce moment-là, il faut surtout ne pas lâcher. Lorsqu'on a franchi ce cap, le plus dur est passé. Après, l'intensité des entraînements décroît. On adopte un rythme de travail plus normal. Mais cela reste évidemment du très haut niveau ". par daniel devos - photos : reporters/ gouverneur