Actuellement en Norvège avec l'équipe nationale des -19 ans, qui dispute le Championnat d'Europe de la catégorie, Jonathan Blondel aura à peine le temps de défaire ses valises qu'il repartira pour Londres où il est attendu dès le début de la semaine prochaine pour la reprise des entraînements à Tottenham.
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Actuellement en Norvège avec l'équipe nationale des -19 ans, qui dispute le Championnat d'Europe de la catégorie, Jonathan Blondel aura à peine le temps de défaire ses valises qu'il repartira pour Londres où il est attendu dès le début de la semaine prochaine pour la reprise des entraînements à Tottenham. Cela faisait un moment que le jeune milieu de terrain originaire de Ploegsteert était suivi par les grands clubs étrangers. Voici deux ans, déjà, des équipes comme le Borussia Dortmund et Vitesse Arnhem s'étaient intéressées à lui. L'an passé, il avait été invité par Manchester United à s'entraîner une semaine dans les Iles. Souffrant d'une entorse, il avait dû écourter le séjour. A peine revenu en Belgique, c'est Schalke 04 qui le conviait à visiter les installations de Gelsenkirchen. Conscient que ces incessants voyages pouvaient le perturber, il avait ensuite décidé de couper court aux sollicitations afin de se concentrer sur la conquête d'une place de titulaire à l'Excelsior Mouscron.Mais les recruteurs internationaux ne le perdirent pas de vue pour autant. Il ne se passait quasiment pas une semaine sans que des émissaires de clubs prestigieux étaient annoncés au Canonnier. Parmi eux, figuraient évidemment ceux de Tottenham. Les dirigeants des Spurs ont été séduits par l'Excel. Une collaboration avait même été envisagée entre les deux clubs, à la demande des Britanniques précisons-le: les Hurlus s'étaient contentés d'écouter, et après la visite d'une délégation à White Hart Lane, avaient poliment décliné l'offre car ils tiennent à leur indépendance. Avant de s'envoler pour la Corée du Sud et le Japon, où il a officié comme consultant durant la Coupe du Monde, le manager David Pleat avait toutefois laissé entendre qu'il était intéressé par Jonathan Blondel et qu'il ferait, dès son retour, une proposition honnête pour l'acquisition du joueur. Dès l'instant où les deux clubs étaient d'accord sur le montant du transfert, on pouvait se douter que l'affaire se concrétiserait et que le voyage que Jo effectua en Angleterre à la fin juin, durant la semaine où les entraînements étaient interrompus à Mouscron, serait cette fois davantage qu'un simple périple de reconnaissance. "Au départ, pourtant, je n'avais pas traversé la Manche avec plus d'idées derrière la tête que lorsque je m'étais rendu à Manchester en août 2OO1", précise Jonathan Blondel. "J'avais été convié à visiter le club et les infrastructures, et j'ai répondu à l'invitation, tout simplement. J'étais d'ailleurs revenu en Belgique sans avoir signé. C'est lors d'un deuxième voyage à Londres que j'ai apposé ma signature au bas d'un beau contrat de quatre ans".Plutôt sur le banc à Manchester qu'à LommelQuels éléments ont-ils fait pencher la balance en faveur de l'exil? Un ensemble de facteurs, en vérité. L'aspect financier en est un. "Il est clair que, si c'était pour percevoir le même salaire qu'à Mouscron, je serais resté", reconnaît Jo. L'aspect sportif en est un autre. "Lorsque je m'étais rendu à Manchester, le club voulait m'intégrer à son équipe des -19 ans", poursuit le joueur. "A choisir entre les catégories de jeunes en Angleterre et la D1 en Belgique, j'avais fait mon choix. A Schalke 04, c'était déjà un peu mieux. J'aurais pu m'entraîner avec le noyau A, mais on m'avait précisé que je risquais d'osciller entre l'équipe Première et l'équipe Réserve. A Tottenham, le discours fut clair: je ferais partie du noyau A, sans ambiguïté".Mais, dans un club anglais de Premier League, un noyau A se compose souvent de 40 joueurs. "J'en suis conscient, mais on m'a précisé que lorsque le championnat commencera, le noyau sera élagué et réduit à 25 éléments. J'ai obtenu la garantie de ne pas faire partie des joueurs évincés". Un autre élément a influencé le choix de Jonathan Blondel: le sentiment, confus mais perceptible, de ne pas jouir d'une confiance absolue en Belgique. "La saison dernière, pour ma première campagne en D1, j'ai disputé 18 matches. Ce n'est pas mal et je m'en serais volontiers contenté si l'on m'avait proposé cela au départ. Mais je ne suis pas dupe. L'essentiel de mes sélections remontent au premier tour, lorsque l'équipe avait été décimée par les blessures. Durant le deuxième tour, lorsque l'effectif était au complet, j'ai pu compter mes apparitions sur les doigts d'une main. Je n'étais ni blessé, ni fatigué. Hugo Broos avait simplement opté pour deux demis défensifs et un duo d'attaque composé de Mbo Mpenza et Marcin Zewlakow. Il n'y avait plus de place pour moi. Ni pour Dejan Mitrovic, d'ailleurs, puisque le demi offensif a été sacrifié. Cette formule a donné des résultats et tout laisse penser que Lorenzo Staelens la reconduira. Alors, si c'est pour me retrouver sur le banc, autant l'être lors d'un déplacement à Old Trafford plutôt qu'à Lommel ou à Beveren". On connaît le conservatisme d'Hugo Broos. L'intéressé répondra qu'il veut protéger les jeunes et leur éviter de brûler les étapes. Mais une question se pose: les jeunes sont-ils trop impatients ou les entraîneurs belges sont-ils trop frileux lorsqu'il s'agit de leur faire confiance? Le départ de Jonathan Blondel pour Tottenham rappelle celui de Trésor Empoké pour le Lierse. Avec une différence essentielle: cette fois, tout s'est passé dans les règles de l'art, en parfait accord entre les deux clubs. Mais le raisonnement des deux joueurs, d'ailleurs très copains dans la vie, est le même: ils sont partis parce qu'ils avaient l'impression de ne recevoir leur chance qu'en cas de défection. Le championnat de Belgique perd régulièrement ses vedettes. Mais ses jeunes les plus prometteurs partent également de plus en plus tôt. Dans l'équipe nationale des -19 ans, qui tente actuellement d'obtenir son billet pour le prochain Championnat du Monde qui se tiendra aux Emirats Arabes Unis, ils sont déjà plusieurs à évoluer à l'étranger: Jérôme Collinet, le compagnon de chambre de Jonathan Blondel, est à Roda JC; Jelle Van Damme est à l'Ajax Amsterdam et Silvio Proto est en passe de concrétiser son passage à Vicenza. Aujourd'hui, Jonathan Blondel quitte donc Mouscron après une seule saison en D1, au cours de laquelle il ne fut jamais un titulaire incontestable. Son seul but chez les professionnels, il l'a inscrit en finale de la Coupe de Belgique, contre Bruges. "Sur le coup, ma joie fut indescriptible", se souvient-il. "J'ai pensé à mes parents, à tous les sacrifices qu'ils avaient consentis. A mon grand-père aussi, qui m'a conduit tous les jours à l'entraînement. Mais cette joie avait été de courte durée: elle fut gâchée par l'homme en noir. C'est le passé. La page est tournée. J'ai d'autres défis à relever".Deux ans pour réussirJonathan Blondel a fêté ses 18 ans le 3 avril dernier. Il n'a toujours pas passé son permis de conduire. Ses premiers cours, il les prendra vraisemblablement avec le volant à droite. Est-il prêt pour ce changement de vie radical? "Je le pense, oui. Ce n'est pas la première fois que je me rends à l'étranger. Durant les 15 premiers jours, je logerai à l'hôtel. Ensuite, on me fera visiter des appartements parmi lesquels je pourrai faire mon choix. On m'a proposé de m'héberger dans une famille, mais je préfère conserver une certaine indépendance. Mon père a accueilli ce transfert avec un petit pincement au coeur. Cela lui procurera une drôle d'impression de ne plus me voir tous les jours. Mais il a déjà eu l'assurance d'obtenir des billets d'Eurostar et, de mon côté, j'essayerai de revenir en Belgique lorsque je bénéficierai d'un jour de congé. Finalement, c'est sans doute ma mère qui est la plus inquiète. Elle craint que je me sente seul là-bas et que je ne pourrai pas me débrouiller. Elle ne doit pas se tracasser".D'un point de vue sportif, le défi est de taille également. Hugo Broos s'est déjà montré sceptique quant aux chances de réussite de son ancien poulain. Il craint qu'il ne supporte pas le poids des entraînements, bien plus lourd encore qu'en Belgique. "On verra bien", se contente de répondre Jonathan. "De toute façon, s'entraîner en compagnie aussi relevée est aussi une bonne manière d'apprendre. Je me suis donné deux ans pour m'imposer. D'ici là, je suis prêt à prendre mon mal en patience sur le banc ou même dans la tribune. A l'heure qu'il est, je suis persuadé d'avoir fait le bon choix. La Premier League est un championnat mythique qui m'a toujours fasciné. Il y a des stars dans tous les clubs, du premier au dernier du classement. Les stades sont pleins. Le style de jeu de Tottenham devrait me convenir. Il est assez technique, ce n'est pas le kick and rush rudimentaire. Je sais qu'en Angleterre, les tackles sont monnaie courante, mais cela ne m'effraye pas. Je n'ai pas peur de mettre le pied, moi aussi". Avec son 1m72 et ses 72 kilos, Jonathan Blondel n'a pas vraiment un physique de déménageur. Mais il a du caractère. Tottenham n'a pas acheté un chat dans un sac. "Ils sont venus me visionner 15 fois", précise le joueur. En signant pour les Spurs, Jonathan Blondel a en tout cas réussi un transfert dont beaucoup de joueurs belges, à la valeur bien plus affirmée, ne peuvent que rêver. Et si, malgré toutes les mises en garde, il réussissait à s'imposer? Daniel Devos"Je sais mettre le pied aussi"