De mémoire de journaliste anglais, on a rarement vu autant de monde à chaque match de Chelsea. Ils ne sont pourtant pas attirés par le jeu, encore plus triste que lorsque José Mourinho inondait l'Europe de sa projection vers l'avant calculée et cynique. Ils avaient pourtant espéré revoir le Chelsea flamboyant de début de saison passée. Mais ils ont vite été rattrapés par la réalité. Non, s'ils se pressent aux grilles de Stamford Bridge ou du centre d'entraînement de Cobham, c'est pour assister aux conférences de Mourinho, ces sommets de mauvaise foi ou de cynisme.
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De mémoire de journaliste anglais, on a rarement vu autant de monde à chaque match de Chelsea. Ils ne sont pourtant pas attirés par le jeu, encore plus triste que lorsque José Mourinho inondait l'Europe de sa projection vers l'avant calculée et cynique. Ils avaient pourtant espéré revoir le Chelsea flamboyant de début de saison passée. Mais ils ont vite été rattrapés par la réalité. Non, s'ils se pressent aux grilles de Stamford Bridge ou du centre d'entraînement de Cobham, c'est pour assister aux conférences de Mourinho, ces sommets de mauvaise foi ou de cynisme. Car, lui, contrairement à ses joueurs, il est en forme. Enfin, pas vraiment, il est dans les cordes, et donc, c'est toujours dans ces moments-là qu'il donne le meilleur (ou le moins bon) de lui-même. La dernière en date, c'était après le match contre Arsenal, la deuxième victoire seulement de la saison en Premier League. Ce jour-là, Diego Costa, cet attaquant espagnol si fourbe qu'il en est presque l'incarnation de son entraîneur, avait offert au monde son plus laid visage, en insultant les défenseurs d'Arsenal, en les griffant, en les provoquant, en les poussant à la faute. Pour lui, l'impunité parfaite (corrigée par après en trois matches de suspension suite au visionnage des images). Pour Gabriel Paulista, le défenseur d'Arsenal, la porte. Les réseaux sociaux s'étaient déchaînés sur l'attaquant de Chelsea, estimant qu'il avait dépassé la limite. La presse anglaise aussi. Pas Mourinho qui avait poussé encore un peu plus loin le sens de la provocation : " Tu ne gagnes pas un derby sans contrôler tes émotions (...) Je pense que vous devriez parler de Gabriel Paulista (sous-entendu : et pas de Diego Costa). Je pense que vous devriez parler de lui et de ses erreurs. Si vous voulez parler de Diego Costa avec moi, c'est juste pour dire qu'il a joué comme il devait le faire. C'est pour cela que vous avez des stades pleins, que vous vendez des droits de télévision partout dans le monde pour des millions et des millions, parce que le jeu doit être joué de cette façon. Je l'aime. Fantastique Diego. L'homme du match pour moi ! " Provocation, controverse, contrepied et défense de ses joueurs. " Ce que Gabriel Paulista a fait à Eden Hazard, c'est permis au rugby mais pas au football. Au rugby, c'est fantastique ; au football, c'est faute ! ", a-t-il continué après le même match. José Mourinho a repris ses recettes préférées. Celles qu'il avait pourtant promises d'abandonner en arrivant à Chelsea, lui qui clamait à qui voulait bien le croire qu'il avait changé, mûri et qu'il s'était assagi. Dans les cordes, disions-nous. Pourtant, tout semblait rouler. Un titre de champion, malgré une deuxième partie de saison très inférieure à la première (voire indigne d'un candidat au titre). Un mercato résumé à sa partie congrue mais bien réfléchi et peu coûteux (Radamel Falcao comme deuxième attaquant derrière Diego Costa ; Pedro au nez et à la barbe des autres clubs anglais). Mais Mourinho a l'art aussi de se compliquer la vie. Et cela a débuté dès l'entame du championnat. En partageant face à Swansea (2-2), Chelsea démarrait certes lentement mais surtout ouvrait sa première crise. Car le match était complètement éclipsé par les propos d'après-match du manager portugais, expliquant son emportement et sa colère vis-à-vis de son staff médical dans les arrêts de jeu. " Quand vous êtes un docteur, vous devez comprendre le jeu. Si vous allez sur le terrain pour soigner un joueur, vous devez être sûr que le joueur a un problème sérieux. " Le hic, c'est que le médecin est une femme et que cela donne tout de suite à ses propos une connotation machiste et misogyne. Sous-entendu : si le docteur n'a pas compris qu'il fallait gagner du temps, c'est parce que c'est une femme. Eva Carneiro est sanctionnée par le Portugais et privée de banc. Le Carneirogate est lancé. L'association des médecins de Premier League est outrée et dans une lettre ouverte, prend la défense de Carneiro en affirmant qu'elle n'a fait que son métier. " Ce n'est pas faux ", dit Martin Samuel, éditorialiste au Daily Mail. " Elle n'a fait que ce pourquoi elle est payée : assister les joueurs blessés. Elle n'est pas payée pour sentir le jeu, ni gagner du temps. Mais pour soigner. " Mais là où le Carneirogate aurait pu être un énième combat de Mourinho face à la presse et à l'opinion publique, il a aussi atteint son propre vestiaire. Carneiro et le physio, John Fearn, lui aussi sanctionné par Mourinho, avaient tissé des liens avec certains joueurs qui avaient une confiance aveugle dans le staff médical. Mourinho sort fragilisé d'une histoire qu'une partie du vestiaire a mal vécue. La division du vestiaire sera renforcée par la mise à l'écart du capitaine emblématique, et un des artisans majeurs du titre de la saison dernière, John Terry, fautif à Swansea. Et l'histoire de balbutier, puisque c'est déjà une brouille avec Terry qui avait conduit au limogeage du Special One en 2007. " Terry, c'est une légende dans les travées de Stamford Bridge, plus forte encore que celle de Mourinho. S'aliéner son capitaine, après avoir clairement perdu une partie de l'opinion publique suite au Carneirogate, lui fait perdre encore un peu plus de sa superbe. Vous rajoutez des résultats décevants et maintenant la défense de Diego Costa et vous comprenez pourquoi Mourinho fait plus de mal que de bien à l'image de Chelsea ", explique Rory Smith, journaliste au Times. Sauf que, justement, c'est parce qu'il a écorné son image dans le vestiaire que Mourinho a défendu autant Diego Costa. Pour montrer qu'il était toujours le rempart efficace, le complice, même des mauvaises actions. Pour garder la main sur un vestiaire qu'il avait pourtant montré du doigt en pointant l'insuffisance de certaines pointures (sans les nommer). " Tout le monde sait de qui il voulait parler : Branislav Ivanovic, Nemanja Matic, Cesc Fabregas, Diego Costa et peut-être Eden Hazard. Mais il n'a finalement écarté aucun de ces joueurs. Il ne pouvait tout simplement pas le faire après avoir déjà mis Terry sur le banc ", explique Simon Johnson du London Evening Standard.Pourtant, Mourinho n'a pas encore tout perdu. Même s'il a fait du Mourinho après la victoire face à Arsenal (2-0), il n'en a pas moins convaincu certains, relevant que la guerre psychologique avait de nouveau tourné en sa faveur. Les agneaux d'Arsène Wenger s'étaient de nouveau écroulés et le mérite en revenait à Mourinho lui-même. " Les moyens utilisés pour gagner n'étaient pas très honnêtes mais il a de nouveau triomphé de Wenger. Et qui fait basculer la rencontre ? Diego Costa par son comportement et Kurt Zouma, le remplaçant de Terry, par son but ", expliquait Jamie Carragher sur Skysports. Car si Mourinho tire autant la couverture à soi, en inventant chaque semaine un nouveau show, c'est pour marquer l'indigence de sa formation en ce début de saison. Toutes les statistiques montrent une équipe en déclin (ou en panne occasionnelle). Lorsque Mourinho avait été licencié en 2007/2008, son équipe encaissait un but par match. Cette saison, les Blues ont encaissé une moyenne de deux buts par match. Avant sa blessure, Thibaut Courtois avait un pourcentage d'arrêts de 66,7 % (contre 71,2 % la saison d'avant) ; JohnTerryavait écopé de deux cartes en quatre matches (soit autant qu'en 38 matches la saison dernière) ; Nemanja Matic a effectué deux fois plus de fautes que lors de la défunte campagne ; Diego Costa, outre son manque d'efficacité, s'est procuré deux fois moins d'occasions. Derrière ce naufrage collectif pointe le spectre de la fameuse 3e saison de Mourinho. Le technicien portugais est réputé pour monter une machine de guerre dans tous les clubs dans lesquels il est passé en deux ans. Par contre, n'évoquez pas avec lui la notion de 3e saison, il n'appréciera pas. Elle fut ratée à Chelsea lors de son premier passage. Ratée au Real Madrid. Et à Porto et à l'Inter, il n'y eut jamais de 3e saison ! Certains expliquent cette panne par l'implication qu'il demande à ses joueurs. Elle est telle que ceux-ci n'arrivent pas à suivre le rythme au-delà de deux ans. Or, comme Mourinho a dit qu'il voulait rester dix ans à Chelsea, il va falloir qu'il efface très vite ce spectre. Sa communication - parfois si efficace - est aujourd'hui remise en cause. Car toutes ses dernières sorties se sont retournées contre lui. Comme lorsqu'il avait qualifié Everton de " petit club " alors qu'il était en pleine négociation pour débaucher le défenseur John Stones. On a connu mieux pour convaincre un club de vendre son joueur... PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTOS BELGAIMAGE" S'aliéner Terry après avoir perdu une partie de l'opinion publique suite au Carneirogate, a fait perdre à Mourinho encore un peu plus de sa superbe. " RORY SMITH, JOURNALISTE AU TIMES