En prenant l'avion pour Porto, mardi dernier, Jérôme Rothen a vu de mauvais souvenirs défiler dans sa tête : ceux de la finale de Ligue des Champions perdue, contre Porto précisément, au stade de Schalke 04 à Gelsenkirchen avec Monaco.
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En prenant l'avion pour Porto, mardi dernier, Jérôme Rothen a vu de mauvais souvenirs défiler dans sa tête : ceux de la finale de Ligue des Champions perdue, contre Porto précisément, au stade de Schalke 04 à Gelsenkirchen avec Monaco. " Dans les jours qui ont suivi la finale, j'y ai énormément pensé ", avoue- t-il. " La déception fut très vive. Elle a occupé mes journées, mes nuits. Ce que je voyais ? J'en ai parlé avec d'autres joueurs qui ont affronté Porto et ils partageaient la même opinion que moi : contre cette équipe, on a l'impression de maîtriser les débats, mais ce n'est qu'une illusion car les joueurs d'en face sont hyperréalistes. Ils profitent de la moindre occasion. Monaco n'a pas très bien joué offensivement. Il a manqué certaines choses, qui étaient présentes dans les matches antérieurs, mais pas dans celui-là. Un peu de jus, notamment. On garde d'énormes regrets de ne pas avoir évolué sur notre vraie valeur. C'est valable pour moi comme pour les autres. J'admets que, moi non plus, je n'étais pas à mon meilleur niveau. Maintenant, il faut essayer d'oublier cela, tout comme le titre de champion de France perdu après avoir compté dix points d'avance. Ce n'est pas évident. Le fait de me retrouver avec les coéquipiers de l'équipe de France m'a permis d'évacuer la frustration, en pensant à autre chose. En outre, cet autrechose est magnifique : c'est un championnat d'Europe ". De là à imaginer une revanche lors d'un éventuel quart de finale contre le Portugal ? " Ce n'est pas la priorité. J'ai envie d'aller jusqu'au bout avec l'équipe de France, tout simplement. Cela me permettrait d'inscrire champion d'Europe à défaut de vainqueur de la Ligue des Champions, et d'ajouter une ligne à mon palmarès, car je n'étais pas présent lors de l'Euro 2000. Que l'on croise le Portugal ou pas sur notre route importe peu. En outre, on ne peut pas comparer un match France-Portugal avec un Monaco-Porto ". Jérôme Rothen ne devrait en principe pas rester à Monaco. Lui-même a déjà trouvé un accord avec le Paris Saint-Germain, reste aux deux clubs à s'entendre. Etre en négociations pour un transfert alors que l'on dispute un Euro, est-ce l'idéal ? " Actuellement, c'est l'équipe de France qui doit primer et pas mon avenir personnel ", rétorque-t-il. " Cette péripétie n'est pas de nature à me perturber. De toute façon, la décision finale, ce n'est pas moi qui la prendrai. Ce sont les dirigeants entre eux. On a parlé d'une somme située entre 10 et 12 millions d'euros, cela me paraît logique. Il me reste deux ans de contrat à Monaco, si l'affaire ne se concrétise pas, je ne serai pas à la rue. Personnellement, j'ai pris ma décision. Le fait que Didier Deschamps ait resigné en Principauté n'était pas susceptible de l'influencer. L'avenir d'un joueur et celui d'un entraîneur ne sont pas nécessairement liés. Chacun a ses objectifs personnels. En ce qui me concerne, après deux ans et demi au stade Louis II, j'estime avoir fait le tour de la question. J'ai beaucoup donné et j'ai envie de relever un autre défi. Celui de Paris m'intéresse, sportivement. Je connais l'équipe que le PSG est en train de monter et cela risque d'être intéressant. C'est une équipe qui monte et qui a retrouvé une certaine stabilité. Le fait que ce club disputera à coup sûr la Ligue des Champions me motive encore davantage. Dans cette compétition, on vit des sensations tellement incroyables qu'on a envie de les revivre chaque année ". Le Championnat d'Europe, c'est un autre type de sensation. Même si Jérôme Rothen sait qu'il ne le disputera pas en qualité de titulaire. " Certains ont affirmé que j'étais le 23e joueur appelé. Moi, je vois surtout que je fais partie du groupe. Et, si Jacques Santini m'a appelé, c'est qu'il attend quelque chose de moi. J'espère pouvoir participer aux rencontres, en ayant le plus de temps de jeu possible, même si je sais qu'avec un certain Zinédine Zidane sur le côté gauche de l'entrejeu, cela risque d'être difficile. Zizou, c'est clair, est le titulaire indiscutable. Mais, dans un match, on peut effectuer des changements tactiques. Jacques Santini pourrait, par exemple, lui demander de passer plus dans l'axe. Et, pourquoi pas, me demander d'occuper le flanc gauche, d'autant que je suis le seul gaucher en milieu de terrain. Il se pourrait aussi que l'équipe de France soit qualifiée au bout de deux matches et que le sélectionneur décide de faire tourner son effectif pour le troisième. On verra bien. J'essayerai de donner le maximum lorsque l'on fera appel à moi. J'ai sans doute plaidé ma cause lors du match de Monaco à Chelsea, en demi-finale de la Ligue des Champions, mais je doute qu'un sélectionneur choisisse d'appeler un joueur, ou pas, sur la base d'un seul match. Je crois que toutes les rencontres de Ligue des Champions m'ont aidé à rejoindre la sélection ". Une sélection au sein de laquelle il a débuté le 29 mars 2003, à Lens, contre Malte. Un match remporté 6-0. Il avait remplacé son ancien camarade du centre de l'INF Clairefontaine, Thierry Henry, à la 81e minute. " Je ne suis pas du tout surpris par le parcours qu'a réalisé Thierry Henry. Il fait partie des meilleurs attaquants du monde. Il a un talent fou. Il mériterait de recevoir le Ballon d'Or. Il l'aurait d'ailleurs déjà mérité précédemment. J'espère qu'il aidera la France à remporter le Championnat d'Europe. On se connaît depuis longtemps et les souvenirs d'autrefois ne s'oublient pas. On a vécu énormément de choses ensemble, tout comme avec William Gallas qui faisait partie de la même promotion, et se retrouver maintenant ensemble au Portugal procure énormément de plaisir. Ce n'est pas un hasard si l'INF Clairefontaine est très bien représenté en équipe de France, c'est le fruit de tout le travail accompli là-bas ". Jérôme Rothen a connu une progression fulgurante. " Si l'on m'avait dit, il y a deux ans et demi, lorsque je portais le maillot de Troyes, un club aujourd'hui relégué en National û NDLA : l'équivalent de notre D3 û, que je disputerais l'Euro 2004, je ne l'aurais sans doute pas cru. A l'époque, j'étais surtout à la recherche d'un club ambitieux. Mes débuts à Monaco n'avaient pas été sensationnels. Depuis, tout est allé très vite. Le regard des autres a-t-il changé à mon égard ? Avec l'épopée de Monaco cette saison, le respect est sans doute plus grand. Mais je ne pense pas que les autres joueurs me considèrent toujours de la même manière. De toute façon, ce n'est pas cela qui me préoccupe le plus ". Au Portugal, Jérôme Rothen porte le numéro 14. Un numéro symbolique, car c'était celui qui avait été attribué à Ludovic Giuly, son coéquipier de Monaco, qui s'est malencontreusement blessé à Gelsenkirchen le 26 mai et a dû renoncer, la mort dans l'âme. Le numéro 22, qui devait être celui de Jérôme Rothen, est finalement revenu à Sidney Govou, le dernier appelé. " En fait, ce numéro 14, c'était celui que je portais lors de ma première sélection. Par la suite, Ludo l'a repris. En équipe de France, c'était soit lui le 22 et moi le 14, ou l'inverse. D'un commun accord, nous avons décidé que je prendrais le 22. Son forfait m'a permis de reprendre le 14. Cela peut paraître symbolique, mais j'aurais préféré pouvoir le laisser à Ludo. Il était très déçu de louper l'Euro. J'en ai parlé un peu avec lui avant de partir. En un instant, il a quasiment tout perdu. Il n'a joué que 20 minutes de la finale de Ligue des Champions et a, dans la foulée, perdu l'Euro. J'essayerai, lorsque je serai sur le terrain, de jouer pour lui et de représenter au mieux l'AS Monaco, car lui aussi aurait mérité de vivre cet événement. Ce n'est malheureusement pas sa première blessure, dans sa carrière. Il a toujours su rebondir et je ne me fais pas trop de soucis pour lui ". Après l'Angleterre dimanche, ce sera la Croatie demain. " Je croiserai la route de mon ami Dado Prso. Ce sera un immense plaisir pour moi. Mais il faudra se méfier, car si la Croatie joue à son image, elle ne lâchera rien. Et, si j'en crois ce que m'a dit Dado avant l'Euro, elle est actuellement en bonne condition. La Croatie, c'est un peu l'outsider dans notre groupe. C'est une équipe difficile à man£uvrer. Dado, lui, s'en ira aux Glasgow Rangers la saison prochaine. Il avait gardé un très bon souvenir des matches qu'il avait disputés là-bas. Je crois qu'il avait besoin de sentir un public chaud, et même si le championnat d'Ecosse n'est pas le plus relevé d'Europe, cette équipe des Rangers a fière allure ". Si la France se qualifie pour les quarts de finale, elle pourrait rencontrer l'Espagne. Et Jérôme Rothen, donc, retrouverait un autre copain, Fernando Morientes. " C'est vraiment un bon mec, et rien que pour lui, j'ai envie que l'Espagne aille très loin. Je souhaite donc la rencontrer en finale, plutôt qu'en quart de finale ". L'équipe de France s'est préparée différemment d'il y a deux ans, avant la Coupe du Monde 2002 : cette fois, ce fut une semaine à la Grande Motte, puis une semaine à Clairefontaine. Pas de montagne au programme. " Je serais bien en peine de comparer, de dire si c'était mieux maintenant, car je n'étais pas là, voici deux ans. D'après ce que l'on m'a dit, l'équipe de France avait souffert alors d'une trop grande fatigue des jours durant. Cette saison, apparemment, la leçon a été retenue car on a joué moins de matches. La fraîcheur semble supérieure et la motivation est bien présente, car ceux qui ont vécu la Corée et le Japon ont une revanche à prendre. Ils ont envie montrer que ce qui était arrivé en Asie était un accident. La France est le tenant du titre et tient à le défendre avec bec et ongles. On sait que ce ne sera pas facile. Il faudra un peu de réussite également. Mais il y a tellement de talent dans cette équipe qu'on espère que cela passera. L'essentiel sera de ne pas avoir de regrets. Si on est battus par plus fort, on acceptera ". Du Portugal, Jérôme Rothen a aussi eu une pensée pour le club de Caen, celui de ses débuts comme professionnels et qui monte en Ligue 1 sous la houlette de Patrick Remy, l'ancien entraîneur de Gand. " Cette montée me fait très plaisir. Je l'attendais depuis longtemps. Chaque année, j'espérais. Plusieurs fois, elle a été loupée de peu. Et, cette année, c'est enfin arrivé. C'est bien, car cela me permettra d'aller rejouer là-bas ". Ce qui sous-entend qu'à défaut de rester à Monaco, Jérôme Rothen restera dans le championnat de France. Daniel Devos, envoyé spécial au Portugal" Si Jacques Santini m'a appelé, c'est qu'il attend QUELQUE CHOSE DE MOI " " Je me verrais bien rencontrer FERNANDO MORIENTES EN FINALE "