Août 2000-août 2003 : trois ans de gestion d' Abbas Bayat au Sporting de Charleroi. Financièrement, le club n'a jamais été aussi mal en point qu'aujourd'hui. Faut-il accuser son patron ? L'homme a incontestablement réussi de bonnes choses. De moins brillantes aussi. Voici son bilan :
...

Août 2000-août 2003 : trois ans de gestion d' Abbas Bayat au Sporting de Charleroi. Financièrement, le club n'a jamais été aussi mal en point qu'aujourd'hui. Faut-il accuser son patron ? L'homme a incontestablement réussi de bonnes choses. De moins brillantes aussi. Voici son bilan : Faut-il parler d'obstination ou de masochisme ? Depuis trois ans, Bayat a pris une succession de coups sur la tête. Un homme d'affaires qui perd et se rend compte qu'il a peu de chances de gagner dans le futur tire généralement ses conclusions : il revend le produit qui lui coûte. Très tôt, le président du Sporting a dû comprendre que son défi serait terriblement compliqué. Mais, au lieu de laisser tomber en n'enregistrant qu'une perte financière limitée, il s'est accroché. Il a bien signalé, par moments, qu'il n'était pas certain de faire de vieux os à Charleroi, mais il n'a jamais été très convaincant quand il a soulevé l'idée d'un départ prochain. Diriger le Sporting, il aime ça. Abbas Bayat était déjà allé à la rencontre de supporters démontés, en fin de saison dernière. Devant 10.000 personnes, les caméras de la télévision et les objectifs des photographes. Il a récidivé lors du récent match amical contre Toulouse. Il savait qu'il allait en prendre plein la figure. Les têtes dures du kop ne l'ont effectivement pas épargné dans ces circonstances. Dans la majorité des clubs, c'est plutôt un second couteau (par exemple le manager ou le chargé des relations avec les supporters) que le boss envoie au feu quand tout va mal. Bayat, lui, prend ses responsabilités et montre qu'il n'a pas peur de l'affrontement. Les joueurs iraniens qui sont passés par Charleroi au cours des dernières années savent ce qu'ils doivent à Bayat : un contrat déraisonnable (! ) mais aussi un vrai sens de l'accueil. Le président en a hébergé dans sa maison d'Uccle pendant plusieurs semaines, avec leur famille. Le temps qu'ils trouvent un logement et s'adaptent à notre mode de vie. On se souvient aussi du geste posé par Bayat à l'égard de Rabbah. Le Français s'était broyé une jambe û dans un stupide accident avec la voiture du club û alors qu'il arrivait en fin de contrat, mais cela n'a pas empêché le patron de lui offrir un nouveau bail d'une saison. On se doutait que Rabbah reviendrait difficilement à son meilleur niveau. La suite a donné raison aux pessimistes, mais le joueur a continué à être payé régulièrement pour simplement faire nombre dans le noyau. Chaudfontaine sur les tenues des stewards de tous nos stades, c'est Bayat. L'important apport de Jupiler, c'est aussi Bayat. Il n'a pas que des amis dans les clubs rivaux, mais tous les dirigeants sont conscients de ce qu'ils lui doivent en matière de sponsoring. Idem au niveau des droits de retransmission. Certes, nos clubs ne touchent pas, aujourd'hui, les sommes citées par Bayat lorsqu'il fit son entrée tonitruante à la Ligue Pro, mais l'enveloppe distribuée aux équipes de D1 a quand même considérablement grossi dès le moment où le président de Charleroi a fait comprendre que les chaînes devaient arrêter de sous-payer. Abbas Bayat dans la tribune d'honneur, c'est beau à voir. Pour peu, on jurerait un adolescent qui n'a que le foot en tête. Il se lève, crie, applaudit, sourit. Il est à mille lieues de la plupart des autres présidents, impassibles et tristes, de D1. Il vit son trip à fond les manettes. Joli coup stratégique ! Au moment où l'équipe battait de l'aile avec Etienne Delangre, on évoquait l'abandon par K.O. de Bayat. Il était alors critiqué par le tout-Charleroi pour avoir osé mettre Dante Brogno au rancart. Il avait déclaré plus d'une fois qu'il était exclu de confier à nouveau la moindre responsabilité sportive à l'ancien numéro 11. Son revirement a étonné mais produit des effets très positifs : la presse locale s'est calmée, les supporters ont applaudi, la Ville a encore plus apprécié et Brogno a finalement maintenu le Sporting en D1. Ce n'était pas la première fois que Bayat sortait un lapin de son chapeau à un moment où on le croyait définitivement dans les cordes. Abbas Bayat avait transféré le siège social du Sporting à Bruxelles (à l'adresse de Chaudfontaine), pour des raisons pratiques. Mais, sur l'insistance de Jean-Jacques Cloquet, il a accepté de le ramener à Charleroi quand le manager Heiderscheid a annoncé son intention de traîner le club en justice, puis quand l'ONSS a décidé de demander sa mise en faillite. La même affaire jugée dans la capitale aurait sans aucun doute connu une issue catastrophique. Mais le fait qu'elle soit traitée à deux pas du Mambourg permet d'espérer un verdict favorable. Une justice carolo pour les Carolos ? Au Sporting, on préfère parler d'une sensibilité carolo dans la salle d'audience. Nuance... Le Sporting s'est sauvé sur le terrain grâce à quelques joueurs qui portaient û et portent toujours aujourd'hui û son maillot pour des clopinettes. Des anonymes de séries inférieures en France ou d'ailleurs. En décembre 2002, qui avait jamais entendu parler de Laquait, de Macquet ou de Sama ? Aujourd'hui, les nouveaux inconnus se nomment Oulmers, Chabaud et Reina. Ils n'ont pas encore passé le gros test du championnat mais ce qu'ils ont montré lors des matches de préparation est prometteur. Derrière tous ces transferts se cache Mogi Bayat, le neveu du président. Il n'a cessé de monter en puissance au cours des derniers mois et est aujourd'hui le vrai responsable du recrutement.n C'est évidemment le plus gros reproche que l'on puisse faire à Abbas Bayat. Le club n'était pas sain quand il est arrivé. Si cela avait été le cas, la Ville n'aurait pas mis la pression sur Spaute pour qu'il quitte la présidence. Mais, entre la dette laissée par l'ancienne direction (environ 4,5 millions d'euros ?) et celle que l'on cite aujourd'hui (15 millions ?), il y a un gouffre. Creusé en trois ans seulement. Comment Bayat a-t-il pu laisser aller les choses aussi loin alors que ses qualités de chef d'entreprise sont vantées dans tous les magazines économiques ? Il se défend en disant qu'il a trop fait confiance et vise, en évitant de les citer, Scifo et Gallinella. Ces deux hommes n'avaient aucune expérience de la gestion sportive et/ou financière. Mais cela, Bayat le savait. C'était à lui de contrôler de plus près ses gestionnaires par procuration. Il est coresponsable des dérives. Pourquoi le Sporting n'a-t-il pas cherché à retenir, au cours des derniers mois, quelques joueurs qui avaient envie d'aller voir ailleurs ? Les internationaux iraniens notamment ? S'il ne l'a pas fait, c'est parce qu'ils étaient devenus impayables pour un club dans la dèche. Leur chance avait été de signer leur contrat à une période où Charleroi proposait pour ainsi dire aux joueurs susceptibles de le renforcer, de fixer eux-mêmes leur salaire. Heureusement, presque tous les gros contrats ont aujourd'hui quitté le club. Mais il en reste quand même l'un ou l'autre. Des casseroles qu'il faudra continuer à traîner pendant un petit temps. Ces salaires et l'une ou l'autre extravagance du président (comme les luxueuses Mercedes de leasing mises à la disposition de tous les joueurs du noyau pendant un an) expliquent en partie les pertes accumulées depuis l'été 2000. Abbas Bayat a fait fermer le forum du site Internet officiel du club et interdit le déploiement de banderoles réclamant son départ, lors du match contre Toulouse, il y a dix jours. Jean-Claude Van Cauwenberghe a déclaré récemment, dans nos colonnes : " Le conseil d'administration du Sporting, c'est Bayat + Bayat + Bayat ". C'est un bon résumé de la situation. Dès le départ de Scifo, Abbas Bayat a détenu 100 % des actions du club. Et cela ne lui déplaisait nullement. Quand des industriels régionaux ont proposé d'investir au Mambourg, tout récemment, ils n'ont pas été pris en considération par le président parce qu'ils exigeaient de devenir majoritaires au CA. Bayat a ainsi prouvé une nouvelle fois qu'il entendait rester le seul patron, quitte à mettre l'avenir du club en danger. Il y eut, dans l'ordre, Ferrera, Gallinella, Scifo, Cloquet. Tous des hommes qui avaient hérité de compétences (extra)sportives importantes mais ont dû débarrasser le plancher après avoir connu des problèmes avec le président. Gallinella, Scifo et Cloquet sont û selon la version officielle û partis en bons termes. Selon la version officielle seulement... On peut en dire autant de Maître Schlögel, qui défendait le Sporting lors de la première comparution face à l'ONSS. Jugé, par Bayat, trop proche de Van Cauwenberghe, de Cloquet et de Despiegeleer, il a été proprement éjecté. Heiderscheid (agent de joueurs), Foguenne (joueur), Hudsin (commercial), Franklin (comptable), EFI (société française qui devait lancer le Sporting en Bourse), Ferrera (entraîneur) : le club n'a pas perdu tous ces procès, mais en avoir autant sur les bras en aussi peu de temps indique une gestion déficiente de certains dossiers. Les Red Devils, c'est la référence de Bayat. Dès son arrivée, il a rêvé de faire du Sporting un Man. Utd à l'échelle belge. Il visait un merchandising florissant comme là-bas, un stade continuellement comble comme là-bas, un club coté en Bourse comme là-bas, un site Internet développé comme là-bas. Tous des domaines dans lesquels ses attentes sont loin d'avoir été rencontrées. Les maillots se vendent au compte-gouttes, Charleroi attire du monde û dont pas mal de supporters qui entrent gratuitement û mais les assistances ne sont plus comparables à ce qu'elles étaient il y a dix ans, le projet boursier est tombé à l'eau et le site Internet est anémique depuis le licenciement de l'employé qui l'alimentait. En évoquant, à son arrivée, une qualification européenne rapide et même la Ligue des Champions, Bayat a créé des attentes élevées auprès des supporters. Ils se sont pris au jeu et vite impatientés. Le président aurait été mieux inspiré en parlant d'une stabilisation en milieu de classement, dans un premier temps. Rappelons aussi ses grands projets d'une école des jeunes à la française. On attend toujours la pose de la première pierre. Une fois sa carrière de joueur terminée, Scifo aurait dû devenir l'ambassadeur du Sporting, et pas son entraîneur. Son image s'est abîmée dans cette reconversion, et le club y a aussi beaucoup perdu. Efficace dans ses opérations de transferts, le neveu du boss a aussi dérapé en traitant les supporters carolos de racistes. Il est à présent obligé de multiplier les bons achats pour se refaire une image positive dans les tribunes. Abbas Bayat n'est pas toujours très ponctuel dans le paiement des salaires. Idem quand il s'agit d'honorer des plans d'apurement. L'ex-administrateur GastonColson (qui détient toujours une créance) et Scifo en savent quelque chose. Et quelques créanciers qui en ont assez des vaines promesses (un traiteur attend depuis pas mal de temps les 100.000 euros que le Sporting lui doit !) devraient se manifester prochainement. Nouveaux procès en vue ? On ne peut pas parler d'un lien solide entre Abbas Bayat et les employés du Sporting. Normal à partir du moment où le président se manifeste au Mambourg tout au plus une fois par semaine. Il lui arrive de ne pas voir son personnel entre deux matches à domicile. Les idées énoncées par Bayat à la Ligue Pro avaient du bon. Mais il aurait atteint des résultats encore plus appréciables s'il s'était abstenu d'entrer à la fédération comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. En attaquant de front les bonzes des grands clubs belges, il s'est isolé et on l'a pris pour un furieux au lieu de le considérer comme un importateur d'excellentes idées. Autre erreur : avoir demandé û et obtenu û que l'arbitre Allaerts ne siffle aucun match du Sporting en 2003-2004. Pour tous les autres sifflets belges, Allaerts, c'est le top. Eprouveront-ils une quelconque sympathie pour les Zèbres, dans les mois à venir ? C'est improbable. Chaudfontaine est apparu sur les maillots durant les deux premières saisons du règne Bayat. Un semi-échec, car ce n'était pas l'ambition du président au départ. Il cherchait un sponsor extérieur. Et, pour cette saison, les maillots sont toujours vierges. Du côté de la Ville, on signale qu'un sponsor a été trouvé. Mais Bayat ne cherche pas à en savoir plus. Ne pas chercher à entrer dans les grâces des gros bonnets de la politique locale (Despiegeleer, Van Cauwenberghe, Van Gompel), c'est prendre un gros risque quand on est président du Sporting. Souvenez-vous : fin 1999, Spaute fut dégommé alors qu'il était, lui aussi, actionnaire majoritaire et donc û théoriquement û intouchable. Le Sporting restera toujours un club particulier, où le PS carolo aura toujours son mot à dire. Aujourd'hui, le clan Bayat s'oppose clairement aux politiciens qui multiplient les contacts pour sauver le club. Il y a un an, Cloquet était engagé avec l'assurance qu'il serait prochainement nommé directeur général du club. La semaine dernière, son contrat a été résilié. De commun accord. Cloquet ne supportait plus de n'être que la marionnette du président : il cherchait et trouvait des solutions financières systématiquement balayées ensuite, en haut lieu. Bayat déclarait encore récemment, dans notre magazine, qu'il attendait du soutien des forces vives de la région. Le duo Van Cauwenberghe-Cloquet a trouvé près de 3,5 millions d'euros (une partie de l'argent est déjà sur un compte bloqué). Le jour où ces investisseurs ont été présentés, Bayat a dit qu'il avait d'autres solutions, prioritaires à ses yeux. Il a alors montré que, si la sympathie était du côté de Van Cau, le pouvoir était toujours entre ses mains. Pour combien de temps encore ? La justice risque-t-elle û comme le rapporte une rumeur û de s'en mêler et de le priver de la gestion du Sporting, au nom de la nécessité de sauver un monument du patrimoine local ? n Pierre DanvoyeNon, le président n'a pas peur de l'affrontement avec les supporters Bayat dans la tribune d'honneur, c'est beau à voir. On jurerait un adolescent qui n'a que le foot en tête.