Un joueur qui marche sur les traces de son père en D1, c'est déjà une denrée rare. Mais quand le phénomène se vérifie par deux fois dans un seul et même club, simultanément, c'est vraiment exceptionnel. Pourtant, il en va ainsi au FC Brussels où les Andersen, père et fils, côtoient les Jonckheere.
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Un joueur qui marche sur les traces de son père en D1, c'est déjà une denrée rare. Mais quand le phénomène se vérifie par deux fois dans un seul et même club, simultanément, c'est vraiment exceptionnel. Pourtant, il en va ainsi au FC Brussels où les Andersen, père et fils, côtoient les Jonckheere. Jean-Luc Jonckheere (28 matches en D1) : " A l'instar de Michaël, je peux dire que j'ai évolué, à mon époque, au sein du seul vrai club bruxellois d'alors, le Racing Jet Bruxelles. J'y ai même eu comme coach, au début des années 80, un certain Johan Vermeersch (il rit). Je m'en souviens fort bien, même si à l'heure de la négociation du premier contrat de mon fils, lui-même ne s'en souvenait guère. Il est vrai que je ne me suis pleinement réalisé, au pied de l'Atomium, qu'en 1987-88, au moment où les Jaune et Bleu étaient entraînés par Daniel Renders et Raymond Goethals, celui-là même qui a une tribune à son nom au stade Edmond Machtens. Comme quoi, l'histoire repasse les plats ". Michaël Jonckheere : " Mon père m'a poussé à la pratique du sport dès mon plus jeune âge. Dans un premier temps, alors que je n'étais pas plus haut que trois pommes, c'est le judo qui a recueilli mes faveurs. Après quelques mois, toutefois, j'ai troqué mon kimono contre un équipement de footballeur. Je ne supportais tout simplement pas d'être resté ceinture blanche plus longtemps que quelques autres compagnons d'âge. Je me suis dès lors inscrit à La Hulpe, où mon père s'était épanoui avant moi. A 12 ans, à la faveur d'un tournoi, j'ai été repéré par Patrick Thairet, directeur de l'école des jeunes du RWDM à ce moment-là. Et j'ai fait le grand saut à destination de la capitale ". Jean-Luc : Oui et non. Oui, dans la mesure où nous avons tous deux commencé à la pointe de l'attaque avant de reculer dans le jeu : au milieu d'abord, puis à l'arrière, en position centrale ou latérale. Non, car nos tempéraments et nos profils sont tout de même différents. J'étais un joueur des plus hargneux, aux antipodes de Michaël pour le moment. D'ailleurs, le surnom dont Raymond Goethals m'avait affublé, lisez la bête, est assez éloquent à ce sujet (il rit). Michaël, lui, est sûrement plus beau à voir jouer. Toutes proportions gardées, il me fait songer dans son rôle bivalent de défenseur à Georges Grün, dont j'ai croisé à l'une ou l'autre reprises la route jadis. Michaël : L'actuel présentateur s'était surtout signalé autrefois comme arrière latéral. Personnellement, je préfère évoluer au stopper, qui est ma place de prédilection. J'y joue depuis mes 15 ans quand, à l'occasion d'un match au Germinal Beerschot, l'entraîneur Daniel Puterie m'a titularisé à ce poste au lieu de me confier une mission à l'attaque. Ce fut une permutation des plus judicieuses car je ne pense pas que j'aurais percé à l'avant. Par rapport à mes années à La Hulpe, où je marquais facilement à la parade, j'éprouvais plus de mal à conclure au RWDM, face à une opposition forcément plus huppée. Mais dès l'instant où je me suis retrouvé dans le secteur défensif, je n'ai plus eu les mêmes difficultés d'expression. Petite cause, grand effet. Jean-Luc : Un autre parallélisme entre nous concerne peut-être la personne qui nous a réellement lancés dans le grand bain. Pour moi, il s'agissait du coach Rik Geertsen, une figure paternaliste exceptionnelle. Cet homme-là m'aura réellement marqué comme nul autre. Et je n'étais pas le seul dans le cas. Chez nous, tout le monde le portait aux nues. Une anecdote en dit d'ailleurs long à ce sujet : quand le club a accédé pour la première fois parmi l'élite, Geertsen a estimé qu'il en avait fait assez et qu'il était temps de passer la main. Vous le croirez ou non mais toute l'équipe a alors fait le pied de grue devant son domicile, à Louvain, afin de le faire revenir sur sa décision. Un tel élan de solidarité envers un coach, c'est quand même peu banal. Michaël : Moi aussi je dois énormément à une personne qui présente le même profil : Robert Waseige. J'avais déjà goûté aux joies d'une incorporation dans le noyau de la Première à l'âge de 16 ans, au moment où Emilio Ferrera l'entraînait. Mais c'était en période de vacances scolaires, essentiellement, car j'effectuais toujours mes études en section langues modernes à l'athénée de Rixensart et je tenais à les mener à bonne fin. Quand le mentor liégeois a repris les rênes, il a toutefois requis de ma part une présence plus assidue aux séances de préparation du club. On peut donc considérer que c'est lui qui m'a vraiment donné ma chance au FC Brussels. Et je lui en serai à jamais reconnaissant. Jean-Luc : Je me souviens de l'épisode qui a précédé la véritable incorporation de Michaël dans le noyau professionnel. C'était à l'occasion d'un match des doublures à Saint-Trond. Waseige, qui ne me connaissait ni d'Eve ni d'Adam, avait pris place à mes côtés dans la tribune pour la bonne et simple raison que je m'étais muni d'une composition d'équipe. A la mi-temps, il s'était exclamé : -Franchement pas mal ce petit latéral, hein ? Je pensais qu'il parlait du back gauche des Trudonnaires, effectivement très bon à cette occasion. Eh bien non, c'est Michaël qu'il avait en tête. Dans la foulée, il a alors été lancé au plus haut niveau. Jean-Luc : Pas vraiment. En matière de notoriété, il se situait loin derrière Anderlecht, le RWDM, voire même l'Union alors que le FC Brussels est clairement le deuxième club de la capitale aujourd'hui. D'autre part, le RJB était plus artificiel aussi et faisait la part belle, au plus haut niveau, à des joueurs venus essentiellement d'ailleurs. Hormis Michel Ngongé et moi, il n'y avait pour ainsi dire pas d'autres jeunes issus des entrailles du club, alors qu'au FC Brussels, on dénombre pas mal d'éléments formés en classes d'âge. Les époques ne sont plus les mêmes non plus. Personnellement, j'ai encore joué aux côtés de garçons comme Joseph Baros ou Laszlo Bölöni, qui étaient quand même des internationaux tchécoslovaque et roumain. De nos jours, des joueurs avec un tel renom ne se rencontrent plus en Belgique. Je ne prétends pas que j'ai eu d'autant plus de mérite de percer mais le contexte, pour un jeune, n'était sûrement pas plus évident. Une autre différence encore concerne le statut du club. Le Racing Jet était semi-professionnel. Hormis les étrangers, qui exerçaient leur métier à plein temps, la plupart des Belges avaient un emploi. Le capitaine Luc Demeurisse, qui allait devenir à un moment donné entraîneur par la suite, travaillait à la BBL. Moi, j'ai fini par aboutir à la police de Molenbeek. Michaël a un peu plus de chance, car il a pu faire de sa passion son métier. De plus, il évolue dans un club qui joue résolument la carte des jeunes. Michaël : J'ai pleinement conscience d'être un privilégié, en ce sens que le président, Johan Vermeersch, préfère manifestement tabler sur le blé en herbe plutôt que de se tourner vers une main d'£uvre étrangère. J'espère qu'il maintiendra le même cap, même si son discours a changé ces derniers temps, suite au fléchissement de l'équipe. Je reste cependant persuadé que jamais cette rentrée dans le rang ne se serait produite si, comme au tout début de saison, les jeunes, chez nous, avaient pu continuer à s'appuyer sur des joueurs d'expérience tels qu'Alan Haydock ou Christ Bruno, pour ne citer que ces deux-là. Leur absence conjuguée a indéniablement pesé de tout son poids sur les résultats que nous avons forgés ces deux derniers mois. Avec eux dans l'équipe, nous nous situerions toujours dans la première moitié du tableau, j'en suis convaincu. Jean-Luc : Johan Vermeersch a toujours été un adepte de la méthode forte. A l'époque où il nous entraînait au Racing Jet Bruxelles, je me rappelle que nous avions été soumis à quatre séances par jour lors du stage de préparation d'avant saison en Allemagne. Pas mal, non, pour de gentils amateurs (il rit). Personnellement, je comprends qu'il soit très exigeant. L'homme a beaucoup donné pour ce club, en s'investissant comme nul autre. Il est normal qu'il attende énormément en retour aussi. Moi, j'ai été, et je suis d'ailleurs toujours, un père sévère pour Michaël. Je passe avec lui chacun de ses matches au crible et je ne manque jamais de lui li-vrer le fond de ma pensée. Parfois de manière très crue également. Sans esprit critique, il n'y a pas moyen de progresser. Michaël : C'est toujours la même rengaine avec mon père. Dans ses commentaires, il y a toujours un " mais ". Du genre : -C'était pas trop mal, mais... (il rit). J'ai appris à m'en accommoder et je tiens compte de ses remarques et de celles de l'entraîneur pour avancer. Je suis d'accord avec eux quand ils disent que je dois être plus intransigeant et impitoyable dans le marquage sur l'homme. Il faut aussi que j'apprenne à devenir plus entreprenant, surtout quand j'occupe un rôle dans le couloir et j'ai la possibilité de monter. Je suis encore trop timoré en la matière. La peur de mal faire, sans doute. Jean-Luc : C'était Johan Vermeersch, surtout, qui avait insisté sur une cession temporaire, sur base locative, sous prétexte que Michaël bénéficierait peut-être de plus de temps de jeu en D2 que cette saison en D1. Après concertation avec l'entraîneur, Albert Cartier, qui avait soutenu que mon fils aurait de toute façon sa chance cette saison, j'ai conseillé à Michaël de jurer fidélité au Brussels. Avec le recul, je me dis que c'était un choix pertinent. En 2005-06, Michaël avait été titularisé à 4 reprises. Au cours de la présente campagne, il a déjà été repris une douzaine de fois dans le onze de base. Il n'y a donc pas de quoi faire la fine bouche. Michaël : L'appétit venant en mangeant, j'espère à présent prolonger mon bail au sein de l'équipe-type. Je souhaite également confirmer en sélection nationale, où je fais partie actuellement des moins de 19 ans. Mon but, à terme, est d'arriver en Espoirs, histoire de faire aussi bien que mon père (il rit). A la maison, il ne manque jamais de me montrer des photos de cette époque, sur lesquelles il côtoie entre autres Marc Degryse et Stéphane Demol. Il va de soi que j'aimerais m'inspirer de son exemple à cet échelon-là aussi... BRUNO GOVERS