Quatre buts viennent d'être retenus par un collège d'experts pour le magazine World Soccer, comme les quatre plus beaux de tous les temps (1). Dans l'ordre, ce sont ceux de : Diego Maradona en 1986 face à l'Angleterre, Marco van Basten en 1988 face à l'URSS, Zinedine Zidane en 2002 face à Leverkusen, et Saeed Oweiran face à la Belgique en 1994. J'ignore qui et combien furent les experts, et nous réagirons tous de façon différente en objectant que tel ou tel but, qui marqua nos esprits, eût mérité d'intégrer le quartet élu. Mais quoi qu'il en soit, le résultat est intéressant de deux points de vue.
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Quatre buts viennent d'être retenus par un collège d'experts pour le magazine World Soccer, comme les quatre plus beaux de tous les temps (1). Dans l'ordre, ce sont ceux de : Diego Maradona en 1986 face à l'Angleterre, Marco van Basten en 1988 face à l'URSS, Zinedine Zidane en 2002 face à Leverkusen, et Saeed Oweiran face à la Belgique en 1994. J'ignore qui et combien furent les experts, et nous réagirons tous de façon différente en objectant que tel ou tel but, qui marqua nos esprits, eût mérité d'intégrer le quartet élu. Mais quoi qu'il en soit, le résultat est intéressant de deux points de vue. Typologiquement, ce sont deux reprises de volée et deux longs slaloms sur plus d'un demi-terrain : preuve que le spectaculaire recueillant nos faveurs footeuses résulte davantage du one-man-show que des automatismes d'un onze ! Car plutôt qu'élaborés collectivement, ces deux genres de buts découlent de deux gestes individuels de haute technicité, et qui symbolisent en fait les deux extrêmes de la gamme des exploits solitaires : d'un côté le geste le plus bref, l'éclair d'une reprise en un temps, l'éternelle fulgurance de ces volées si prisées dans les top-buts quels qu'ils soient ; de l'autre l'effort le plus long, les touches de balles multiples, le contrôle gardé du cuir en dépit d'obstacles successivement surgis, la chevauchée arrivant miraculeusement à son terme sans qu'on l'ait un instant imaginé au départ... Par ailleurs, d'un point de vue plus belge, le 4e classé est intéressant : pour que le but d'un inconnu saoudien, lors d'un match d'il y a 13 ans qui était tout sauf une tête d'affiche internationale, soit resté dans les mémoires non belges au point de côtoyer les buts des trois superstars citées supra,... fallait-il qu'il soit beau ce but, bellissime même ! Eblouissant, sortant de l'extraordinaire encore plus que de l'ordinaire ! Et effectivement, si tu n'es pas belge d'une part, si tu compares d'autre part le slalom d'Oweiran à celui de Maradona en faisant tout pour oublier qu'il s'agit de Maradona, tu te dis qu'il s'agit de deux très, très beaux slaloms... très, très similaires ! Quoique celui de Diego me paraisse davantage en pleine course, mais c'est un détail. Or, chers compatriotes, pour nous tous qui avons ramassé ce but au fond de la gaïole de Michel Preud'homme, c'est un but qui fait bof. Chaque fois que nous en reparlons, d' Yves Leterme à José Happart, nous reparlons d'un but à la con : un but qui ne serait jamais arrivé si nous avions fait ce que nous devions faire, à savoir zingler le slalomeur dès la moitié de son slalom ! Je ne dis pas que le discours est moral, mais c'est le discours dominant d'Ostende à Athus, dès que le sujet revient une énième fois sur le tapis des buvettes... Ah ! Que le foot est équivoque... quand il n'incite pas carrément à la mauvaise fois : ce but aurait fait moins mal si Maradona nous l'avait planté, nous aurions ricané de bonheur si Oweiran l'avait planté aux Français ou aux Hollandais ! Tout beau but est exceptionnel quand nos couleurs l'inscrivent, reste remarquable quand nous sommes spectateurs neutres, et devient évitable quand nous l'encaissons. That's all folk ! World Soccer a aussi désigné les trois plus beaux matches de tous les temps : ce sont Italie-RFA (4-3) au Mundial 1970, Liverpool-AC Milan (3-3) en Ligue des Champions 2005 et Real Madrid-Francfort (7-3) de la Coupe des Champions 1960 dont quasi personne n'a jamais rien vu ! Moyenne de buts sur ces 3 matches : 7,6666 ! C'est dire que la définition d'un beau match est celle d'un match où sont inscrits plein de buts même s'ils sont moches ! D'où de grandes questions existentielles : pourquoi continuons-nous d'aller au foot (moyenne générale, du Groenland au Brésil et depuis 40 ans : grosso modo 2,5 buts par match...) alors que les beaux matches tels qu'on vient de les définir sont rarissimes ? ! Qu'attend-on pour donner des ordres afin de les multiplier ? Ou, tout au contraire, le grand bonheur d'un match à buts multiples n'est-il un grand bonheur que parce qu'il est rare ? ! Va-t-en savoir et moi aussi. (1) NB. Je les ai revus sur http://www.morefoot.com/actualite-7718.html par bernard jeunejean