L'entraînement matinal du Bayern est terminé. Robert Lewandowski (29) est descendu dans le centre de Munich en vêtements de loisirs afin de répondre aux questions dans le cadre tranquille de l'Hotel Vier Jahreszeiten Kempinski, où il dit aimer faire sauter les bouchons de champagne dans les grandes occasions. Mais aujourd'hui, il commande un verre d'eau.
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L'entraînement matinal du Bayern est terminé. Robert Lewandowski (29) est descendu dans le centre de Munich en vêtements de loisirs afin de répondre aux questions dans le cadre tranquille de l'Hotel Vier Jahreszeiten Kempinski, où il dit aimer faire sauter les bouchons de champagne dans les grandes occasions. Mais aujourd'hui, il commande un verre d'eau. Vous avez inscrit 45 buts en 67 matches de Ligue des Champions. Atteindrez-vous le cap des 50 cette saison ? ROBERT LEWANDOWSKI : Ce serait bien. Dans ce cas, je vous fixe rendez-vous ici et nous boirons du champagne, pas de l'eau. Vous vous fixez chaque saison un objectif en termes de buts à inscrire en Ligue des Champions ? LEWANDOWSKI : Non. On peut livrer une bonne campagne de Ligue des Champions sans marquer. L'objectif principal n'est pas de marquer mais de franchir chaque tour, même si je sais que mes buts peuvent aider à atteindre cet objectif et couronnent une bonne prestation. Un buteur n'est-il vraiment heureux que lorsque son équipe a gagné et qu'il a marqué ? LEWANDOWSKI : Tout le monde attend d'un centre-avant qu'il marque. Je suis content quand nous gagnons mais quand je marque, je suis heureux. C'est logique : marquer, c'est mon job et je suis fier de bien faire mon travail. Un véritable attaquant peut-il jouer en équipe ou doit-il automatiquement être égoïste ? LEWANDOWSKI : J'essaye de trouver l'équilibre entre les deux, c'est-à-dire de ne pas toujours vouloir conclure quand je suis devant le but. Bien sûr, je dois être égoïste mais pas au point d'ignorer consciemment un équipier. Sauf si je vois une occasion que les autres n'ont pas vue. Là, la soif de marquer prend le dessus. C'est ce que j'appelle un sain égoïsme. Par rapport à votre première saison au Bayern, vous avez changé, vous êtes plus un finisseur. C'est au club que vous avez appris cela ? LEWANDOWSKI : Oui mais c'est aussi dû au fait qu'ici, je dois davantage me concentrer uniquement sur cette tâche. Cela me donne encore envie de marquer davantage car je sais que, plus je marque, plus j'aide l'équipe. Comment faites-vous pour vous placer parmi toutes ces stars qui veulent toutes marquer ? LEWANDOWSKI : Mes équipiers savent que mon job consiste à marquer. Si un médian défensif ne pense plus qu'à marquer, ce n'est pas bon car ce n'est pas son rôle. Chez nous, cela ne pose pas de problème car chacun connaît sa tâche et celle des autres. Lionel Messi inscrit un but toutes les 103 minutes en Ligue des Champions, Cristiano Ronaldo marque toutes les 110 minutes et vous, toutes les 129 minutes. Les dribbleurs et les individualistes marquent-ils plus facilement qu'un attaquant de pointe qui dépend des ballons qu'on lui donne ? LEWANDOWSKI : Vous citez des super talents, pas des numéros 9 classiques. Pour un attaquant de pointe, c'est plus difficile parce que, la plupart du temps, il joue dos au but. Il faut donc garder le ballon, regarder autour de soi, se retourner et avancer balle au pied. C'est un peu plus facile quand on a le jeu devant soi. Je ne dis pas que c'est plus difficile pour moi dans l'axe que pour Ronaldo ou pour Messi mais c'est différent : en pointe, on se bat beaucoup plus pour avoir le ballon. Messi et Ronaldo sont-ils plus égoïstes que vous ? LEWANDOWSKI : Non. Sur le terrain, Messi n'est pas égoïste. Cristiano non plus. Bien sûr, ils doivent être un peu égoïstes, sans quoi ils ne marqueraient pas. Lors de la phase de qualification pour la Coupe du monde, vous avez inscrit 16 buts en 10 matches. Personne n'a fait mieux. Est-il plus facile de marquer dans ce genre de rencontres qu'en Ligue des Champions ? LEWANDOWSKI : Je ne pense pas car on se déplace loin, il y a du décalage horaire, comme en Arménie ou au Kazakhstan. Il faut pouvoir vivre avec cela et avec le fait que ces équipes se retranchent dans leur rectangle. Si on ne se donne pas à 100 % dans ce genre de matches, on perd des points. Si on tient compte des matches joués avec Dortmund ou avec le Bayern à partir des quarts de finale de la Ligue des Champions, vous avez inscrit 10 buts en 15 matches mais, dans 9 de ces 15 matches, vous n'avez pas marqué. À quoi est-ce dû ? LEWANDOWSKI : Sans doute au fait que je marque moins en déplacement. C'est un point sur lequel je dois encore progresser. Que peuvent faire les autres joueurs du Bayern pour vous aider à marquer davantage ? LEWANDOWSKI : Je me pose la question inverse : je me demande toujours d'abord ce que je peux faire pour progresser. Le 4-3-3 avec deux numéros 8 prôné par Jupp Heynckes est-il le système qui vous convient le mieux ? LEWANDOWSKI : Cela dépend des joueurs qui occupent les trois positions centrales. Si ce sont des joueurs défensifs, cela veut dire qu'il n'y a que trois joueurs qui montent. Si nous affrontons une défense à cinq, il faut alors qu'un des joueurs défensifs suive le mouvement. Si c'est Thomas Müller ou James Rodríguez, ils cherchent de l'espace et attirent l'attention des défenseurs, ce qui me facilite la tâche. Beaucoup d'équipes jouent en 4-2-3-1 avec un numéro 10, une sorte de meneur de jeu. Ça vous convient mieux ? LEWANDOWSKI : La question n'est pas de savoir si on joue avec un 8 ou 10. Le principal, c'est de savoir qui peut me soutenir en pointe. S'il n'y a personne, je gagne peu de duels car je lutte chaque fois contre deux ou trois adversaires directs. Ribéry, Robben, Neuer, Vidal et Rafinha ont tous trente ans ou plus. Boateng, Hummels et vous les aurez cette année. Est-ce la dernière opportunité, pour cette génération, de remporter la Ligue des Champions avec le Bayern ? LEWANDOWSKI : Le meilleur âge pour un footballeur, c'est 29 à 33 ans. Nous avons beaucoup de joueurs de cet âge dans le groupe et nous sommes donc au top. Ribéry et Robben ont 34 ans mais ce n'est pas un problème car ils livrent encore des matches fantastiques. Le Bayern est-il suffisamment fort pour remporter la Ligue des Champions ? LEWANDOWSKI : La saison dernière, avant les quarts de finale face au Real, nous étions en grande forme et on faisait de nous les favoris à la victoire finale. Puis je me suis blessé, nous avons commis deux erreurs au match aller à domicile, pris un carton rouge et perdu 1-2. À Madrid, nous avons bien joué mais je n'étais pas à 100 %. Je ne sais pas comment les choses se seraient passées si j'avais été prêt pour les deux matches. En tout cas, vous n'auriez pas manqué le penalty face au Real. Vous savez quel effet ça fait de rater un penalty ? LEWANDOWSKI : Oui. Le tout premier avec le Bayern, je l'ai raté. C'était en 2014, à la dernière minute du match de Coupe contre Preussen Münster, au premier tour. Nous avions gagné 4-1. Comment faites-vous pour être si sûr de vous au moment de tirer ? LEWANDOWSKI : Tout dépend de ce à quoi on pense quand on pose le ballon sur le point de penalty. Quand il rate, le tireur est le grand perdant. Le gardien, lui, a tout à gagner. Sauf quand c'est vous qui tirez. Quel est votre secret ? LEWANDOWSKI : Il faut être concentré à 100 %. À la moindre hésitation, à la moindre erreur, on rate. Vous avez répété plusieurs fois que vous vouliez remporter la Ligue des Champions cette année. Parce que le temps passe et que ça vous tracasse ? LEWANDOWSKI : Non, je resterai le même si je ne la gagne pas. J'ai déjà un beau palmarès : une finale de Ligue des Champions avec Dortmund, deux demi-finales avec le Bayern, cinq titres de champion d'Allemagne et deux Coupes d'Allemagne. Je ne me mets donc pas de pression supplémentaire. Que ferez-vous si vous ne remportez pas la Ligue des Champions avec le Bayern cette saison ? Nous vous posons la question car votre nom a été cité au Real Madrid. LEWANDOWSKI : Je ne pense pas encore à cela. Notre ambition, cette saison, c'est de tout gagner. Un grand joueur peut-il laisser passer l'occasion de porter le maillot du Real ? LEWANDOWSKI : Jouer au Bayern et penser à la possibilité de jouer au Real, ce n'est pas bon, ça déconcentre. Pour le moment, seul le Bayern compte et je donne tout pour mon club. Ces dernières années, beaucoup d'argent circule en Angleterre et à Paris. Cela rendrait-il une victoire du Bayern en finale exceptionnelle ? LEWANDOWSKI : Pas exceptionnelle, non. Mais ce sera sans doute plus difficile à l'avenir. La Bundesliga doit veiller à conserver quatre places dans les poules de la Ligue des Champions. C'est pourquoi il serait bien qu'en plus du Bayern et de Dortmund, un troisième club allemand dispute l'épreuve chaque année. Vous vous apprêtez à fêter un sixième titre de champion d'Allemagne et pouvez rêver d'un troisième doublé (titre et Coupe). Quels objectifs poursuivez-vous encore en championnat ? LEWANDOWSKI : Tant qu'il n'est pas terminé, je ne relâche pas l'attention. Après, je ferai le point sur ce que j'ai gagné ou pas, sur ce qui était bon et sur ce qui aurait pu être meilleur. On s'ennuie un peu dans le foot allemand. La question n'est pas de savoir si le Bayern sera champion mais quand il sera champion. LEWANDOWSKI : Cela ne me pose pas de problème : un titre, c'est un titre. Beaucoup de bons joueurs rament pendant toute une carrière pour être une seule fois champion. Pouvez-vous entrer dans l'histoire du Bayern en étant au moins six fois champion mais sans remporter la Ligue des Champions ? LEWANDOWSKI : La dernière fois que le Bayern a été champion d'Europe, c'était il y a cinq ans. Quand on évoque l'histoire du Bayern, c'est toujours de cette victoire de 2013 qu'on reparle. Donc... Aubameyang a quitté Dortmund pour Arsenal. La lutte que vous lui meniez pour le titre de meilleur buteur va vous manquer ? LEWANDOWSKI : C'était chouette et ça nous stimulait tous les deux mais, concurrence ou pas, un attaquant doit être suffisamment fort mentalement pour faire son boulot. Avant vous, seul Gerd Müller a dépassé au moins deux fois la barre des 30 buts en Bundesliga. Vous accordez de l'importance à ces chiffres ? LEWANDOWSKI : En Bundesliga, on joue quatre matches de moins par an qu'en Angleterre, en Espagne ou en Italie. Trente buts par saison, ici, c'est beaucoup. Il suffit de louper quelques matches sur blessure ou par option du coach pour ne pas atteindre ce nombre. Gerd Müller a toutefois dépassé cinq fois les trente buts. Son record est de 40 buts : vous voulez le battre ? LEWANDOWSKI : Dans le football actuel, il est pratiquement impossible d'encore inscrire 40 buts en Bundesliga. Pour cela, il faudrait jouer chaque match et inscrire six buts de plus que le nombre de journées. Avec la phase par élimination directe en Ligue des Champions et quelques matches internationaux, il faut puiser dans ses réserves. Avant, il était plus facile de disputer tous les matches parce qu'il y en avait moins. Être meilleur buteur du championnat d'Allemagne, ce n'est plus un défi pour vous. Surveillez-vous le nombre de buts marqués par vos concurrents dans les autres grands championnats en espérant décrocher le Soulier d'Or européen ? LEWANDOWSKI : Non car en Bundesliga, il y a quatre matches de moins. Et parce que 90 % des équipes allemandes jouent très défensivement, sortent peu et spéculent sur le contre. Cela complique la tâche de ceux qui veulent jouer offensivement et marquer. En septembre, vous avez accordé une interview remarquée à Der Spiegel : vous y critiquiez la politique des transferts du Bayern. Le club vous a-t-il demandé des comptes ? LEWANDOWSKI : Nous en avons parlé, bien entendu. Et j'ai dit clairement ma façon de penser. Je trouve qu'il est important qu'un club sache ce que ses joueurs pensent. Je ne dis pas les choses pour faire plaisir si je pense le contraire. Pourquoi le ferais-je ? Lors d'autres interviews, où on évoque votre contrat qui court jusqu'en 2021, vous dites aussi que dans le sport de haut niveau, les résultats et l'argent passent avant l'amour du maillot. Pensez-vous toujours la même chose ? LEWANDOWSKI : Si nous ne remportons pas la Ligue des Champions cette année, tout le monde dira que le Bayern a loupé sa saison. Personne ne dira que c'était super et personne ne s'intéressera à nous, les joueurs. Vous êtes le capitaine de l'équipe de Pologne. Et au Bayern, vous êtes aussi un leader ? LEWANDOWSKI : J'essaye d'être un pilier, d'utiliser mon expérience du rôle de capitaine avec la Pologne. Je le fais par mon comportement, mon état d'esprit sur le terrain et aussi en paroles. Mais pas seulement en paroles. Au Bayern, on parle beaucoup de la succession de Jupp Heynckes. Qu'en pensez-vous ? LEWANDOWSKI : Jupp est un super entraîneur et un homme formidable. C'est à lui de décider ce qu'il va faire. Pour le moment, je suis surtout très heureux de travailler avec lui.