Barcelone-Arsenal fut une rencontre placée sous le signe du suspense mais pas la toute grande finale de rêve attendue. Et cela s'explique par différents facteurs.
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Barcelone-Arsenal fut une rencontre placée sous le signe du suspense mais pas la toute grande finale de rêve attendue. Et cela s'explique par différents facteurs. L'homme en noir, le Norvégien Terje Hauge a exprimé des choix qui ont eu un impact sur le déroulement de ce choc. A-t-il opté pour la bonne sanction en montrant la carte rouge au gardien de but d'Arsenal, Jens Lehman, après 18 minutes de jeu. L'intervention sur Samuel Eto'o a généré des tas d'avis. Et c'est ce qui me dérange. Il y a le règlement et beaucoup avancent qu'on peut arbitrer " pour " et " contre " le jeu. Etait-ce une option réglementaire mais contre l'esprit du jeu ? Le débat fait rage et la sentence a considérablement influencé cette finale. Des éminences ont ainsi estimé que l'arbitre n'avait pas interprété intelligemment l'ensemble de la phase. Après l'accrochage, le ballon arriva dans les pieds de Ludovic Giuly qui le propulsa dans les filets d'Arsenal. N'était-il pas plus indiqué de laisser l'avantage aux attaquants de Barcelone ? En principe, on en revient à la faute initiale quand elle désavantage les auteurs de la phase offensive. Cette fois, la décision défavorisa les attaquants. La suite entraîna l'exclusion de Lehman mais aussi un coup franc qui ne donna rien. Arsenal était handicapé mais Barcelone avait le sentiment d'avoir été floué. Moi, j'aurais accordé le but avant d'exclure Lehman pour antijeu. Robert Jeurissen, de la CCA, aurait préféré le but accordé et la carte jaune. A ses yeux, le fait d'accorder l'avantage l'emportait sur la nécessité de sanctionner Lehmann. Mais Jeurissen a aussi estimé que Hauge n'était pas blâmable car il avait appliqué le règlement. Même les arbitres ne sont pas d'accord entre eux et ce n'est pas normal. Il y a la loi mais on autorise plusieurs interprétations. La norme ne doit pas varier en fonction des événements : la même chose pour tout le monde et tout le temps, voilà ce qu'il faut. Le but de Sol Campbell à la 37e est discutable pour d'autres raisons : Emmanuel Eboué a forcé un coup franc qui n'en était pas un à un endroit important. Cette triche est condamnable... et le juge du match n'était pas dans la forme de sa vie. Dommage... L'équipe d' Arsène Wenger a joué comme on s'y attendait. En début de rencontre, les Anglais ont étonné en monopolisant le ballon, exploitant la mise en place hésitante d'un Barcelone gêné par le placement inhabituel de plusieurs de ses pions. Même à 11 contre 11 on n'aurait pas tardé à voir un Arsenal fidèle à son jeu en contres. C'est sa marque de fabrique et c'est très bien ainsi. Même si cette équipe jouait avec d'autres maillots, on la reconnaîtrait mais Thierry Henry masque une bonne partie des richesses d'Arsenal. L'attaquant français pèse mais il ne serait rien sans deux joueurs remarquables : Alexander Hleb et Frederik Ljungberg. Henry s'exprime en profondeur mais ses deux équipiers abattent bien plus de travail que lui. Au départ de la ligne médiane, ils vont et viennent, bossent offensivement et défensivement, coulissent vers l'avant, les flancs, l'arrière. Cela exige une débauche d'efforts qui mérite plus d'estime. Arsenal a bien préparé le match. Les Anglais ont englué Ronaldinho. Leur comportement sur les phases arrêtées prouve qu'ils avaient tout soigné jusque dans les derniers détails. En cas de coup franc catalan devant leur grand rectangle, un de leurs arrières se plaçait à côté du montant droit du but. Ce n'était un hasard. Cette trouvaille a gêné Ronaldinho. Il n'avait plus ses repères habituels. Un élément inhabituel perturbait un geste répété à l'entraînement jusqu'à la perfection. Le Brésilien a loupé ses balles arrêtées. Les Anglais ont réussi les leurs. Sur leur but, ils n'ont pas placé un monde fou devant Victor Valdès. Ils savaient que le Barça négociait mal ses phases en marquage individuel. Henry aurait pu être le héros mais ce ne fut pas le cas. Il a deux occasions en or qu'un grand buteur aurait exploitées. A 0-2, le match aurait été plié. Je n'ai pas aimé sa suffisance, son arrogance. Il fut régulièrement question d'un transfert en Espagne. A mon avis, il aurait commis une erreur de casting. Thierry Henry avait échoué en Italie où personne ne lui offrait d'espace. Cela aurait aussi été le cas en Espagne. Henry n'est pas un joueur de combinaisons : il a besoin d'espace comme de pain. A 11 contre 10, on sait que l'équipe complète finit le plus souvent par présenter la facture à son adversaire. Arsenal a tenu tant qu'il a pu avant de s'effondrer en fin de match. Frank Rijkaard dispose d'un noyau somptueux mais ses choix de départ ont été étonnants. Eto'o n'est pas totalement à l'aise sur la gauche. Son apport est plus important dans l'axe. C'est son domaine d'expression préféré même s'il bouge beaucoup. Ronaldinho était le plus souvent en pointe alors qu'il est plus à l'aide dans une position décentrée. Cela a donné naissance à une recherche collective et individuelle étonnante en finale de la LC : Ronaldinho portait trop la balle car il n'était pas à l'aise dans un rôle inhabituel. Ce n'était pas le moment de procéder à des recherches. J'y vois la preuve que le Barça ne s'était pas préparé de façon aussi attentive qu'Arsenal. Je n'ai guère vu MarkVan Bommel et Presas Oleguer, qui est d'abord un élément défensif, n'a pas su animer le flanc droit derrière Giuly. A la mi-temps, Rijkaard avait un problème. Son 4-3-3 ne répondait pas à l'attente. Il avait pris un gros risque en se passant d' Andrès Iniesta qui remplaça Edmilson. L'importance d'Iniesta fut lumineuse car l'entrejeu trouvait enfin la jonction avec l'attaque. JulianoBelletti et Henrik Larsson ont aussi changé la donne : le premier a marqué le but du succès, le Suédois a réalisé deux passes décisives. Avec eux, Barcelone passa d'un 4-3-3 peu efficace à un 4-4-2 saignant. L'occupation du terrain avait évolué, pas la tactique : elle restait très offensive avec deux attaquants dans le rectangle au lieu d'un. Barcelone a méritoirement gagné : c'est la meilleure équipe européenne. Mais elle doit tirer une leçon de l'effondrement du Real Madrid : une équipe n'est pas une addition de vedettes mais un assemblage de talents. l PROPOS RECUEILLIS PAR PIERRE BILIC