Deux semaines. Le temps pour Nasser al-Khelaïfi, le président du Paris Saint-Germain, de donner une interview au Parisien et d'acter la fin d'une époque. Le 3 juin dernier, le président du PSG indique que son club va entamer " un nouveau cycle " et annonce " de gros changements ". Quatorze jours après la fin de saison francilienne, conclue par une Coupe de France, Laurent Blanc est débarqué.
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Deux semaines. Le temps pour Nasser al-Khelaïfi, le président du Paris Saint-Germain, de donner une interview au Parisien et d'acter la fin d'une époque. Le 3 juin dernier, le président du PSG indique que son club va entamer " un nouveau cycle " et annonce " de gros changements ". Quatorze jours après la fin de saison francilienne, conclue par une Coupe de France, Laurent Blanc est débarqué. A l'inverse, trois semaines après la finale victorieuse de l'Europa League, sa troisième de rang (performance inédite), le FC Séville perd son skipper, Unai Emery (44 ans), arrivé en janvier 2013. Une sorte de magicien en costume : minutieux comme PepGuardiola ; habité par l'organisation comme José Mourinho ; obsessionnel de l'entraînement comme Marcelo Bielsa. Dingo, comme les trois. Nasser al-Khelaïfi n'a pas digéré l'élimination contre Manchester City (2-2, 0-1) en mars dernier. La quatrième de rang pour les Parisiens, celle qui laisse le plus de regrets. Pendant que l'Atlético dégageait le Bayern et le Barça dans l'autre partie du tableau, le Real traçait sa route en éliminant la Roma, Wolfsburg puis les Citizens. De quoi laisser un goût amer dans la bouche des dirigeants. " Le sort de Blanc était scellé après le match à l'Etihad Stadium ", lâche un membre du staff administratif, anonyme. " Les décisions tactiques prises (participation au match aller de Serge Aurier, alors qu'il sortait d'un mois de suspension, suite à ses déclarations sur Périscope et l'organisation en 3-5-2 au retour) lors de ce match et l'état d'esprit de l'équipe ont déplu en haut lieu. " La victoire en Coupe de France (le onzième trophée en trois saisons), le 21 mai dernier, n'y changera rien. Pas plus que la prolongation de contrat de l'ancien central des Bleus, initiée par al-Khelaïfi, juste avant les rencontres contre Chelsea en 1/8e de finale de la C1. Blanc et ses adjoints s'en vont avec vingt-deux millions d'euros d'indemnités. Le prix (pharaonique) payé par le club pour acheter le silence de ses cadres. Paris avait procédé de la même façon quand il s'était agi de licencier Antoine Kombouaré, alors T1 du club et leader du championnat, en décembre 2011. Outre son coach, le PSG a perdu Zlatan Ibrahimovic, sa star, ou plus exactement sa tête de gondole. Omniscient à l'échelle hexagonale, indigent (ou presque) sur l'échiquier continental, comme l'a encore prouvé son EURO avec la Suède. Ce départ annonce peut-être des lendemains qui (en)chantent. Edinson Cavani va enfin pouvoir jouer à sa vraie place, dans l'axe et ses coéquipiers vont enfin pouvoir se libérer du joug despote de l'ancien joueur de Malmö. Mieux, Nasser al-Khelaïfi n'a pas encore cédé pour l'instant à sa manie d'enrôler des stars chaque saison : Javier Pastore (2011), Thiago Silva et Ibra (2012), Cavani (2013), David Luiz (2014) ou Angel Di Maria (2015). Avant la nomination d'Unai Emery courant juin, il rêvait encore de Neymar ou de CR7, il a changé de discours depuis. " Ce sera une saison de transition ", clame-t-il un peu partout. On n'est pas obligé de le croire tant la patience n'est pas une vertu inscrite dans l'ADN de Qatar Sport Investment, l'actionnaire du PSG. " Pour Unai Emery, la star c'est l'équipe ", assure Benoît Trémoulinas, le latéral français, qui vient de passer deux saisons sous les ordres du technicien sévillan. Pas de recrue super star donc mais Thomas Meunier (dont le profil offensif lui convient à merveille), Hatem Ben Arfa (qui allait signer à...Séville avant qu'Emery ne le rattrape par la manche), Grzegorz Krychowiak (un des hommes de base du FC Séville), en attendant une doublure pour Cavani (qui pourrait être Jesé du Real Madrid) ou Alexandre Lacazette (OL). Emery promet aussi de s'appuyer sur les jeunes, que ce soit Giovani Lo Celso (20 ans, qui arrivera de Rosario Central en janvier prochain) ou ceux comme Jean-Kevin Augustin qui viennent de gagner l'EURO des U19. " Il a un oeil sur tout et tous ", s'emballe Timothée Kolodziejczak, depuis Séville. " Il traite tout le monde de la même façon. Il est performant dans son management des hommes et ceux qui s'inquiètent pour sa capacité à gérer les stars ont tort. Il sait le faire aussi. " Unai Emery a entamé sa nouvelle vie le 4 juillet avec quatre adjoints dans un staff qui compte une quinzaine de membres au quotidien. " Le coach est très exigeant et méticuleux et il communique beaucoup ", raconte un administratif du club. La saison n'est pas entamée mais il vit une sorte d'état de grâce. Il prend soin de saluer tout le monde au club et communique déjà en français avec ses joueurs. Il a bien entendu englouti tous les matchs du PSG de la saison dernière en vidéo. D'emblée, il a posé ses marques en s'opposant à un nouveau prêt d'Alphonse Areola (à Villarreal, l'an passé). La concurrence sera donc terrible. Un des arguments qui a séduit les dirigeants parisiens concerne sa capacité à faire progresser ses joueurs. Tous ceux passés par la Ligue 1 (Rami, Gameiro, Kolodziejczak, Trémoulinas, Mbia, Feghouli, Krychowiak...) qui ont opéré sous ses ordres à Valence (2008-2012) ou à Séville (2013-2016) se sont améliorés. " Tout ce qu'il fait à l'entraînement ou dans la préparation des matchs est tellement précis et rigoureux que tu deviens meilleur de jour en jour. Tu ne t'en aperçois pas tout de suite, tu le remarques au bout d'un moment avec tes coéquipiers et puis, tu finis par comprendre que toi aussi, t'es beaucoup plus fort qu'avant ", rigole Stéphane Mbia, qui était encore au FC Séville il y a un an. Avant de s'envoler pour un stage en Autriche, puis pour l'International Champions Cup aux Etats-Unis, Unai Emery a appris la nomination de Patrick Kluivert comme directeur du football du club. Un poste de manager laissé vacant depuis le départ de Leonardo, il y a trois ans. " Les deux conversent en espagnol et s'entendent à merveille. On dirait des gamins qui complotent en vue d'un coup pendable en préparation ", poursuit l'administratif du PSG. " Je ne sais pas profiter de l'instant présent, je suis trop cérébral pour ça. Quand j'étais petit on m'appelait 'fesses inquiètes' ", reconnaissait Emery à So Foot, en 2011. Depuis, ça ne s'est pas arrangé. Comme Mourinho ou Bielsa, il est devenu un entraîneur compulsif, monomaniaque du football, comme pour compenser la brillante carrière de joueur qu'il n'a pas eue. " Sa vie est consacrée aux trois-quarts au football mais ce n'est pas un autiste. Il est dans l'échange et donne envie de se déchirer pour lui ", soutient Trémoulinas. Une de ses marottes concerne la vidéo. Il peut revoir jusqu'à quinze fois un match pour trouver le détail qui tue. Timothée Kolodziejczak : " Les joueurs du PSG peuvent s'attendre à moult séquences vidéo, sur leur organisation et celle de l'adversaire. Après, il vous questionne, il en fait quelque chose de ludique. Il vous interroge, teste votre capacité d'adaptation et au final, ça devient enrichissant. " Même son de cloche du côté de Stéphane Mbia, aujourd'hui en Chine. " C'est parfois pénible, toujours ingrat, mais souvent payant. De toute façon, si tu n'appliques pas ses consignes sur le terrain, il te trouvera un remplaçant. Comme il est inspiré dans ses analyses, les joueurs adhèrent. " Le PSG de Laurent Blanc ne transigeait jamais avec son 4-3-3 des familles (sauf lors du fameux match retour contre City) avec un milieu de terrain quasi immuable : Marco Verratti-Thiago Motta-Blaise Matuidi. Appelé à Paris pour changer les choses en profondeur, le barbier de Séville a emmené dans ses bagages un système différent, un 4-2-3-1 qui pourrait laisser sur le carreau une des trois vaches sacrées du club francilien. Le (nouveau) barbier de Belleville est là pour décoiffer les certitudes parisiennes. Il a déjà remarqué qu'il y avait trop de gauchers au milieu (Motta, Rabiot, Matuidi...). Ce dernier, qui rêve de Premier League, pourrait partir. Au milieu, Pastore pourrait mener le jeu comme un numéro dix old fashion, entendu que Di Maria et Ben Arfa peuvent occuper tous les postes de la ligne de trois. Mais le point essentiel des équipes d'Emery (de Lorca à Almeria, de Valence à Séville en passant par le Spartak Moscou) concerne le travail des backs. Il les veut haut sur le terrain et en même temps capables d'arpenter leur couloir respectif, tels des coureurs de 400 mètres. Il entend aussi les soumettre à une concurrence maximale. D'où le recrutement de Meunier, à son avantage en Amérique, pour challenger Aurier et qui possède le profil recherché. Sur le côté gauche, Maxwell devra vraiment prouver qu'il est meilleur que Layvin Kurzawa, au contraire de la saison dernière. " Comme les Brésiliens des vingt dernières années, il considère que les latéraux font la différence. Ils viennent de l'arrière, créent du mouvement, provoquent le surnombre et sont donc décisifs, essentiels ", développe Trémoulinas. Outre sa prédilection pour le travail sur les côtés, Emery est omniprésent à l'entraînement. Loin des méthodes de manager " à l'anglaise " de Blanc, qui déléguait à ses adjoints. " Il s'investit physiquement, il crie, encourage, fait répéter longuement la relance à ses défenseurs ", promet l'administratif du PSG. L'ancien T1 est aussi un geek passionné par la technologie (les joueurs s'entraînent maintenant avec des lunettes pour obturer la vue, comme les gardiens de Chelsea le font depuis longtemps) et il fait filmer les entraînements, à la recherche de nouvelles trouvailles. Une autre de ses " fixettes " concerne les coups de pieds arrêtés. " Il pense à tout, ne délègue pas la tactique et le travail sur coups de pied arrêtés. Les combinaisons, les angles de passes, les circuits préférentiels, il ne s'arrête jamais ", affirme Kolodziejczak. A l'entraînement, il impose à ses hommes d'énormes rallyes en phase défensive, afin d'annihiler le pouvoir destructeur de leur adversaire. " Il est très fort dans l'organisation défensive et pour limiter l'équipe en face. Il demande constamment à ses hommes de réfléchir, d'interdire la bonne passe au mec d'en face mais on ne peut pas le limiter à ça. Il est aussi performant dans le travail psychologique, pour faire croire aux joueurs qu'ils sont meilleurs qu'ils ne sont. Il n'y a qu'à voir comment Rami et Banega sont revenus dans le game ", aiguille Stéphane Mbia. De fait, Adil Rami en difficulté au Milan et Ever Banega en perdition à Valence sont devenus des éléments essentiels de la troisième Europa League du FC Séville. Son obsession pour le cerveau de ses joueurs l'a même poussé à coécrire un fascicule Mentalité gagnante, lorsqu'il était à Valence. En Espagne, beaucoup le comparent sur ce point à Diego el Cholo Simeone, la référence ultime en la matière. Le premier du choix du PSG aussi en cette intersaison. Il n'empêche, malgré des états de service impeccables, personne n'est sûr qu'Unai Emery réussira à Paris. On pense à André Villas-Boas, auteur d'une saison stratosphérique avec Porto (vainqueur d'une...C3) en 2010-2011 parti se cramer trop tôt à Chelsea puis à Tottenham avant de se perdre au Zenit Saint-Pétersbourg. Pire : la seule expérience à l'étranger du natif du Pays Basque s'est soldée par un échec au Spartak Moscou et un limogeage au bout de six mois. " Qu'est-ce qui nous dit qu'Emery est un bon entraîneur ? En Espagne, tout le monde peut se classer troisième derrière le Barça et le Real ", prophétise Aleksandr Mostovoï, l'ancien joueur de Strasbourg et du Celta Vigo dès son arrivée. Dans un club à problèmes, où dirigeants et joueurs russes lui savonnent la planche, Emery ne peut imposer ses méthodes. " Produire du jeu, tenir la possession et bâtir depuis la défense ", synthétise Kolodziejczak. Pour Stéphane Mbia, pas de doute, l'ancien cornac sévillan saura y faire : " Il parle beaucoup, tout le temps et à tout le monde de la même façon. C'est sa façon de faire. Il est attentionné, ouvert et attachant. On parle là d'un gars qui a ressuscité deux fois la carrière de Banega. " Pour Benoît Trémoulinas, c'est encore plus évident. " Il va faire comme toujours : imposer doucement ses idées, établir un nouveau mode de fonctionnement, une nouvelle façon de jouer, de travailler, de communiquer. Et là, il a un challenge à la hauteur de son talent, immense ! " PAR RICO RIZZITELLI - PHOTOS EPATous les joueurs qui ont opéré sous ses ordres à Valence ou à Séville ont progressé. " Il pense à tout, ne délègue pas la tactique et le travail sur coups de pied arrêtés. " TIMOTHÉE KOLODZIEJCZAK