Renato Sorriso. Son nom résonne comme un sourire. Profession : balayeur de rue. Domicile : Rio de Janeiro. Des dents blanches. Mondialement connu depuis la cérémonie de clôture des Jeux de Londres, il paraît régulièrement dans les magazines populaires. Il dansait la samba avec son balai, pour faire la promo de la prochaine olympiade. Le symbole du flair et de la couleur qu'allait conférer Rio aux Jeux. Ils allaient être différents, plus joyeux, moins coincés. Ils vont surtout être plus laxistes, à tous points de vue.
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Renato Sorriso. Son nom résonne comme un sourire. Profession : balayeur de rue. Domicile : Rio de Janeiro. Des dents blanches. Mondialement connu depuis la cérémonie de clôture des Jeux de Londres, il paraît régulièrement dans les magazines populaires. Il dansait la samba avec son balai, pour faire la promo de la prochaine olympiade. Le symbole du flair et de la couleur qu'allait conférer Rio aux Jeux. Ils allaient être différents, plus joyeux, moins coincés. Ils vont surtout être plus laxistes, à tous points de vue. Renato, toujours balayeur à Comlurb, continue à apparaître dans les campagnes médiatiques. Il est issu d'une famille pauvre de onze enfants. Sa mère, blanchisseuse, l'a souvent mis en garde. Avec raison mais sans imaginer qu'il deviendrait célèbre. Renato, qui dansait en balayant le sambadrome après le carnaval, passe souvent à la télévision brésilienne, où il vante la propreté de la ville et l'importance de son travail. Rio innove, de fait, en transformant un balayeur en produit de marketing. En 2005, la ville de Rio était déjà candidate aux Jeux 2012. Du moins sur papier car le CIO n'a pas accepté sa candidature, trop peu étoffée. Quatre ans plus tard, le Brésil a présenté un dossier beaucoup plus solide à Copenhague. Avec le soutien du président - Lula - et des rapports de la banque mondiale. Celle-ci prédisait qu'en 2016, le Brésil représenterait la cinquième économie mondiale. La crise l'en a empêché : il est septième, loin derrière la France et l'Angleterre. Copenhague n'a pas retenu que les arguments politiques et financiers. Le CIO a pris l'émotion en compte. Un an plus tôt, quelqu'un avait avancé l'idée d'une carte du monde, sur laquelle on indiquerait toutes les villes organisatrices des Jeux d'Eté et d'Hiver depuis Athènes 1896. 50 au total. Jamais l'Amérique du Sud n'en avait accueilli. Le CIO n'avait jamais été plus au sud que Mexico sur le continent américain. Ceci dit, l'Afrique reste aussi une tache blanche. Chicago, Tokyo, Madrid, tous ont perdu à Copenhague. Au dernier tour, l'Espagne s'est inclinée à 66 voix contre 32. Tout excité, Lula s'est écrié : " Le Brésil vient de se défaire de son statut de nation de second rang ! " La fête a battu son plein à Copacabana. Une des meilleures écoles de samba de la ville, Salgueiro, a organisé un show spécial avec Lulu Santos, une star dans son pays. Il était onze heures du matin au Brésil et les Cariocas ont délaissé le travail pour laisser éclater leur joie. Rêvent-ils toujours ? Oui et non. Rio 2016 est la clôture de dix ans de grands événements sportifs. La ville a accueilli les Jeux panaméricains en 2007, le Mondial 2014 avec la finale Allemagne-Argentine dans son légendaire Maracana et bientôt, ce sera au tour des JO. Pendant dix ans, Rio a été en chantier. L'argent est parti dans les grands travaux d'infrastructure, de routes, l'extension du métro, l'accessibilité de tous les quartiers. Celui qui naîtra à Rio en 2020 grandira dans une tout autre ville que ses parents. Dans une ville qui a fait beaucoup d'efforts pour rendre les favelas plus sûres. Elle n'a toutefois pu les supprimer : Rio est une des villes où l'inégalité sociale est la plus marquée. Tout le monde ne trouve pas que la pacification des quartiers pauvres est réussie : souvent, les problèmes de drogue et de violence se sont déplacés à l'extérieur et les fusillades restent légion. Toutefois, des organismes d'aide veillent au grain. Dix ans d'attention médiatique ont fait bouger les choses. Les événements sportifs ont accéléré la modernisation et libéré des budgets. Dans les mois à venir, le bourgmestre de Rio, Eduardo Paes, ne va pas manquer de le souligner. Rio, l'ancien centre du Brésil, a perdu son statut de capitale politique au profit de Brasilia et celui de coeur économique à celui de Sao Paulo mais il se rattrape. On dit que Paes se présentera contre la présidente Dilma Rousseff aux prochaines élections de 2018. Des Jeux réussis constitueraient un bel atout. Il est clair qu'on travaillera jusqu'en dernière minute. On n'a même pas encore attribué la construction de l'Arena de Copacabana, qui organise le tournoi de beach volley. Les installations électriques de tous les halls restent un point d'interrogation mais c'était pareil il y a un an avant le Mondial. Pourtant, tout a fonctionné. Il n'en ira pas autrement à Rio. D'après les porte-paroles, 85 % des travaux sont achevés. Le reste est fait en vitesse, de jour comme de nuit, ce qui fait flamber les coûts. Normalement, Rio aurait dû dévoiler un budget revu et corrigé mais elle a repoussé l'annonce à la fin du mois. Il serait équivalent à celui de Londres, soit environ 13 milliards d'euros. Il pourrait aussi augmenter. Le gouvernement brésilien pensait que le secteur privé investirait mais la crise et plusieurs scandales ont joué un rôle négatif (voir encadré). Aux yeux des économistes, Los Angeles et Barcelone sont les modèles des Jeux les mieux organisés des dernières décennies. Los Angeles parce que le privé a assumé la majorité des risques, Barcelone parce que les JO ont revalorisé des quartiers. Rio l'espère aussi. Pas pour Barra, le quartier des riches, mais pour Deodoro, où cavaliers, spécialistes du VTT et du BMX vont se disputer les médailles. Jusqu'à présent, les Cariocas le considéraient comme une base militaire, synonyme de dictature. Le quartier n'a pas d'attractions touristiques mais il va peut-être devenir viable. La plupart des villes olympiques ont perdu leur pantalon et n'ont pas réussi à exploiter les stades après les Jeux. Le prestigieux Nid d'oiseau de Pékin, théâtre du Mondial d'athlétisme à partir du 22 août, n'est plus qu'une attraction touristique depuis les Jeux 2008. Il accueille rarement un événement sportif. Londres a également eu du mal à reconvertir son stade : West Ham n'y emménage qu'en 2016. A Rio aussi, après les Jeux panaméricains, beaucoup d'infrastructures n'ont plus été utilisées, à moins qu'on n'ait relevé tellement de fautes de construction qu'il a fallu y effectuer des travaux - on pense au stade d'athlétisme utilisé par Botafogo. Des études circulant sur le net révèlent que les organisateurs sous-estiment systématiquement les coûts et le return. L'économiste américain Andrew Zimbalist appelle ça le Cirque Maxime. Le PNB d'une ville ou d'un État n'augmente pas grâce à ces deux semaines de folie et on surestime le nombre de touristes attirés par l'événement. De ce point de vue, Rio a un atout : Ipanema, Copacabana, le Christ Rédempteur restent des noms mythiques. Il y a aussi le coût social. Les différents stades aménagés coûtent leur logement à quelque 20.000 familles. Barra est le théâtre d'une lutte féroce entre police et irréductibles de Vila Autodromo, qui refusent de quitter leurs maisons. Récemment, il y a eu six blessés. Vila Autodromo est une favela de Barra. Elle est née faute de place plus près du centre mais elle est relativement épargnée par la violence et la drogue. Les gens y ont construit leur logement sur le terrain de la commune, sans permis, mais on a fermé les yeux. Jusqu'à maintenant. Ils n'occupent la place d'aucun stade mais ils gâchent la vue. Ils sont une tache dans un quartier chic. Ils estiment que la ville profite des Jeux pour se débarrasser d'eux. Une grande partie des 500 logements a déjà été détruite. A un an des Jeux, Rio organise des événements-tests un peu partout. Dimanche passé, il y avait un tournoi de qualification pour le triathlon olympique. Dès demain, les cavaliers testent leur piste à Deodoro et le 16 août, il y a une grande course cycliste. Des routes sont fermées, les plans de circulations revus. Les Cariocas s'adaptent en râlant. Un événement a déjà révélé un gros problème : la pollution de Guanabara Bay, où les voiliers vont slalomer entre plastiques et autres déchets. Rio est en retard sur le traitement des eaux usées. La ville n'en recycle que 30 % et ça se remarque par fortes pluies. L'eau ruisselle des collines où sont installées les favelas. Le bourgmestre Paes a promis que 80 % de la baie serait purifiée mais en vain. Les voiliers passeront donc par le côté le plus propre de la baie. Car Renato Sorriso ne peut pas tout balayer.PAR PETER T'KINT - PHOTOS BELGAIMAGELes JO de 2016 sont le 3e grand événement sportif organisé par Rio en l'espace de 10 ans. Rio fait office de pionnière car jamais, depuis 1896, une ville d'Amérique du Sud n'avait obtenu l'organisation des Jeux olympiques.