Antwerp-Charleroi : on avait parlé de match de la peur, de match à 1.000 points, de match de l'année, de match de la dernière chance. Robert Waseige, lui, avait calmé le jeu durant toute la semaine. " Si j'avais choisi l'approche du Ça passe ou ça casse, j'aurais pris le risque de briser complètement mes joueurs ", dit-il.

Mais la défaite des Zèbres dans ce duel des mal lotis ne risque-t-elle pas, cette fois, de les briser pour de bon ? Il y eut en tout cas des réactions épidermiques dans le vestiaire, après le coup de sifflet final. Le coach ne s'en inquiète pas. Pour lui, c'est même plutôt positif. " Ces engueulades prouvent que l'envie est toujours là. Des noms d'oiseaux se sont échangés. C'est peut-être une bonne chose que tout cela soit sorti une bonne fois. J'ai dit à mes joueurs : -Voilà, vous avez craché ce que vous aviez à dire, vous devez maintenant vous sentir mieux ".

Du dernier week-end, on retiendra que le Sporting a récupéré la lanterne rouge, mais aussi qu'il a de nouveau connu un passage à vide fatal après avoir bien négocié la première partie du match. Le mal est récurrent. Les Zèbres ont mené au score lors de leurs trois dernières rencontres : au Cercle, contre La Louvière et à l'Antwerp. Bilan : un seul petit point sur neuf ! A Deurne, c'est une double exclusion (Ibrahim Kargbo et Mustapha Sama) qui a fait pencher la balance.

" Nous nous sommes décapités en perdant notre bel axe central africain ", résume Waseige. " A 10 contre 11, je continuais à croire que tout était encore possible. J'essayais de repositionner les pions. Puis est venue cette deuxième faute bénigne de Sama. Si j'avais été arbitre, je ne lui aurais jamais donné une deuxième carte jaune pour si peu ".

Charleroi menait 0-1 à quelques secondes de la mi-temps, mais après 51 minutes, c'était 2-1. Une fois de plus, l'équipe a encaissé deux buts coup sur coup !

Robert Waseige : C'est le prix à payer dès qu'une certaine fragilisation s'est emparée du noyau. Dans des situations pareilles, son manque de vécu en D1 saute aux yeux. Certains joueurs ne parviennent pas à digérer en quelques secondes un but de l'adversaire, et nous en prenons très vite un autre. Je ne suis pas trop étonné : je suis occupé à recomposer une bonne petite équipe hétéroclite et il faut du temps pour rétablir le courant permanent. Nous avons, presque chaque semaine, des morceaux de match où le contact ne se fait plus. C'est un peu comme quand vous passez en voiture dans un tunnel : pendant quelques secondes, voire quelques minutes, vous ne parvenez plus à capter la radio...

" Pas le temps de préparer l'avenir "

Qu'est-ce qui vous fait croire que rien n'est perdu ?

Notre évolution. Au premier tour, cette équipe a subi des défaites incontestables. Dans ces matches-là, elle n'aurait rien pu revendiquer. Aujourd'hui, nous ne connaissons plus ce problème. Chaque semaine, nous avons notre mot à dire au moins pendant une partie de la rencontre. Pour moi, cela veut dire que l'équipe se stabilise peu à peu dans un système tactique qui ne lui convient pas mal. Beaucoup de joueurs du noyau se sentent relativement bien dans ce 4-4-2.

Mais vous encaissez beaucoup de buts depuis quelques semaines !

C'est vrai. Mais cela ne veut pas dire que nous sommes régulièrement enfoncés. Enlevez tous les buts bidons que nous avons pris et on y verrait déjà plus clair. Malheureusement, beaucoup de ces buts bidons ont eu des conséquences très lourdes. Il y a eu par exemple l'erreur d'arbitrage au Cercle mais aussi, avant cela, le goal victorieux du Standard dans les arrêts de jeu. Une grosse faute professionnelle du joueur qui était censé tenir Onder Turaci sur ce corner. Des erreurs pareilles se répètent et se payent cash en D1. Et pour nous, le cash, malheureusement, ce sont presque toujours des points qui s'envolent.

Vous avez déclaré que Charleroi devrait se sauver en y mettant la manière : n'est-ce pas trop ambitieux ?

Attention, la priorité absolue reste d'assurer le maintien. Si on peut y ajouter la manière, ce sera une cerise, la petite crème dans le café. Dans un premier temps, ce sont les résultats bruts qu'il faut viser. Je n'ai pas assez de temps devant moi pour me concentrer sur autre chose, pour viser le beau jeu ou préparer l'avenir. Ce serait aberrant de parler aujourd'hui d'un plan triennal à Charleroi : une chose à la fois !

Qu'espériez-vous en secouant le cocotier après le nul contre La Louvière ?

J'estimais utile de mettre le doigt sur certaines choses qui me dérangeaient. C'est pour cela que j'ai un peu griffé autour de moi. J'ai signalé que mes joueurs devaient arrêter d'écouter tous les bons conseils qu'ils entendaient à gauche et à droite. Il faut réinstaurer une pensée unique dans ce club, remettre tout le monde sur la même longueur d'onde. Le joueur qui manque de vécu se laisse plus facilement déstabiliser que celui qui a une longue carrière derrière lui, il est plus sensible et plus fragile. Alors, c'est dangereux de le bombarder de conseils en tous genres. Il faut un fil rouge dans un noyau. Et pas d'interférences. Il y a un élément indispensable pour qu'un footballeur puisse s'épanouir : l'environnement. Vous savez, il y a des plantes qui ne poussent pas dans certaines maisons... On ne rend pas service à certains joueurs en les interpellant trop régulièrement, parce qu'ils ne sont pas nécessairement capables de faire la part des choses, le tri entre ce que le staff technique leur dit et ce qu'on leur raconte à d'autres étages du club. Chacun son job. Un footballeur professionnel est, presque par définition, quelqu'un de fragile. S'il joue trois matches sur quatre dans une équipe du haut du classement, il sera normalement solide. Mais si sa place n'est pas assurée dans un club qui joue le maintien, il sera probablement fragilisé. De quoi avons-nous surtout besoin, pour le moment, à Charleroi ? De sérénité et de positivisme. C'est le message que j'ai essayé de faire passer après le nul contre La Louvière.

" Le maintien possible si le mental suit "

Dans quel état d'esprit vos joueurs sont-ils aujourd'hui ?

L'état d'esprit est bon. Les joueurs savent se faire discrets après un résultat décevant. Je n'ai pas un groupe de fanfarons. Je l'aime bien, ce noyau ! Je travaille avec des gars attentifs et qui montrent de la bonne volonté. J'ai quelques vrais hommes : Bertrand Laquait, Frank Defays, Grégory Dufer, Victor Ikpeba. Même Mustapha Sama a tout ce qu'il faut pour devenir un bon leader, mais il est anglophone et ne sait donc malheureusement pas rameuter avec la même efficacité qu'un Marc Wilmots.

Vous avez quand même épinglé la mentalité de certains joueurs après le match contre La Louvière !

Je veux seulement que ceux-là arrêtent de considérer le Sporting de Charleroi comme une fin. Mais bon, ce n'est pas nécessairement de leur faute s'ils raisonnent comme ça. Si certaines personnes de leur entourage essayent de leur faire croire qu'ils sont arrivés...

Ce groupe a-t-il assez de qualités pour se sauver ?

Si le mental suit, le maintien est tout à fait envisageable. Même s'il est clair que ce noyau n'est pas un exemple d'équilibre ou de complémentarité. Quand vous avez cinq joueurs pour évoluer à la même place, sur la gauche de l'entrejeu, ils peuvent finir par se neutraliser ! Je n'ai pas assez de temps pour transformer certains de ces garçons, pour les former afin qu'ils puissent occuper dès demain un autre poste. Il y a des qualités intéressantes dans chacun de mes joueurs, mais encore faut-il qu'ils correspondent au puzzle que j'essaye de mettre en place.

Vous allez maintenant jouer trois matches contre des équipes de milieu de classement : Gand, St-Trond et Beveren. N'est-ce pas le moment de faire la différence ?

Je le pense, mais je ne parle pas comme cela devant le groupe. Si je dis qu'il faut prendre six points sur neuf dans ces trois matches mais que nous perdons ce week-end contre Gand, la pression deviendra déjà terrible car mes joueurs se diront qu'ils n'ont plus droit à l'erreur. Il faut absolument éviter un stress pareil à un groupe devenu fragile à cause de toutes les cicatrices qui restent à guérir. Il n'empêche que, moi, j'espère effectivement y voir plus clair après ces trois matches. Rien ne sera simple, mais les chants les plus beaux sont les plus désespérés.

Pierre Danvoye

" Les engueulades prouvent que L'ENVIE EST TOUJOURS Là "

" L'état d'esprit est bon : je n'ai PAS UN GROUPE DE FANFARONS "

Antwerp-Charleroi : on avait parlé de match de la peur, de match à 1.000 points, de match de l'année, de match de la dernière chance. Robert Waseige, lui, avait calmé le jeu durant toute la semaine. " Si j'avais choisi l'approche du Ça passe ou ça casse, j'aurais pris le risque de briser complètement mes joueurs ", dit-il. Mais la défaite des Zèbres dans ce duel des mal lotis ne risque-t-elle pas, cette fois, de les briser pour de bon ? Il y eut en tout cas des réactions épidermiques dans le vestiaire, après le coup de sifflet final. Le coach ne s'en inquiète pas. Pour lui, c'est même plutôt positif. " Ces engueulades prouvent que l'envie est toujours là. Des noms d'oiseaux se sont échangés. C'est peut-être une bonne chose que tout cela soit sorti une bonne fois. J'ai dit à mes joueurs : -Voilà, vous avez craché ce que vous aviez à dire, vous devez maintenant vous sentir mieux ". Du dernier week-end, on retiendra que le Sporting a récupéré la lanterne rouge, mais aussi qu'il a de nouveau connu un passage à vide fatal après avoir bien négocié la première partie du match. Le mal est récurrent. Les Zèbres ont mené au score lors de leurs trois dernières rencontres : au Cercle, contre La Louvière et à l'Antwerp. Bilan : un seul petit point sur neuf ! A Deurne, c'est une double exclusion (Ibrahim Kargbo et Mustapha Sama) qui a fait pencher la balance. " Nous nous sommes décapités en perdant notre bel axe central africain ", résume Waseige. " A 10 contre 11, je continuais à croire que tout était encore possible. J'essayais de repositionner les pions. Puis est venue cette deuxième faute bénigne de Sama. Si j'avais été arbitre, je ne lui aurais jamais donné une deuxième carte jaune pour si peu ". Robert Waseige : C'est le prix à payer dès qu'une certaine fragilisation s'est emparée du noyau. Dans des situations pareilles, son manque de vécu en D1 saute aux yeux. Certains joueurs ne parviennent pas à digérer en quelques secondes un but de l'adversaire, et nous en prenons très vite un autre. Je ne suis pas trop étonné : je suis occupé à recomposer une bonne petite équipe hétéroclite et il faut du temps pour rétablir le courant permanent. Nous avons, presque chaque semaine, des morceaux de match où le contact ne se fait plus. C'est un peu comme quand vous passez en voiture dans un tunnel : pendant quelques secondes, voire quelques minutes, vous ne parvenez plus à capter la radio... Notre évolution. Au premier tour, cette équipe a subi des défaites incontestables. Dans ces matches-là, elle n'aurait rien pu revendiquer. Aujourd'hui, nous ne connaissons plus ce problème. Chaque semaine, nous avons notre mot à dire au moins pendant une partie de la rencontre. Pour moi, cela veut dire que l'équipe se stabilise peu à peu dans un système tactique qui ne lui convient pas mal. Beaucoup de joueurs du noyau se sentent relativement bien dans ce 4-4-2. C'est vrai. Mais cela ne veut pas dire que nous sommes régulièrement enfoncés. Enlevez tous les buts bidons que nous avons pris et on y verrait déjà plus clair. Malheureusement, beaucoup de ces buts bidons ont eu des conséquences très lourdes. Il y a eu par exemple l'erreur d'arbitrage au Cercle mais aussi, avant cela, le goal victorieux du Standard dans les arrêts de jeu. Une grosse faute professionnelle du joueur qui était censé tenir Onder Turaci sur ce corner. Des erreurs pareilles se répètent et se payent cash en D1. Et pour nous, le cash, malheureusement, ce sont presque toujours des points qui s'envolent. Attention, la priorité absolue reste d'assurer le maintien. Si on peut y ajouter la manière, ce sera une cerise, la petite crème dans le café. Dans un premier temps, ce sont les résultats bruts qu'il faut viser. Je n'ai pas assez de temps devant moi pour me concentrer sur autre chose, pour viser le beau jeu ou préparer l'avenir. Ce serait aberrant de parler aujourd'hui d'un plan triennal à Charleroi : une chose à la fois ! J'estimais utile de mettre le doigt sur certaines choses qui me dérangeaient. C'est pour cela que j'ai un peu griffé autour de moi. J'ai signalé que mes joueurs devaient arrêter d'écouter tous les bons conseils qu'ils entendaient à gauche et à droite. Il faut réinstaurer une pensée unique dans ce club, remettre tout le monde sur la même longueur d'onde. Le joueur qui manque de vécu se laisse plus facilement déstabiliser que celui qui a une longue carrière derrière lui, il est plus sensible et plus fragile. Alors, c'est dangereux de le bombarder de conseils en tous genres. Il faut un fil rouge dans un noyau. Et pas d'interférences. Il y a un élément indispensable pour qu'un footballeur puisse s'épanouir : l'environnement. Vous savez, il y a des plantes qui ne poussent pas dans certaines maisons... On ne rend pas service à certains joueurs en les interpellant trop régulièrement, parce qu'ils ne sont pas nécessairement capables de faire la part des choses, le tri entre ce que le staff technique leur dit et ce qu'on leur raconte à d'autres étages du club. Chacun son job. Un footballeur professionnel est, presque par définition, quelqu'un de fragile. S'il joue trois matches sur quatre dans une équipe du haut du classement, il sera normalement solide. Mais si sa place n'est pas assurée dans un club qui joue le maintien, il sera probablement fragilisé. De quoi avons-nous surtout besoin, pour le moment, à Charleroi ? De sérénité et de positivisme. C'est le message que j'ai essayé de faire passer après le nul contre La Louvière. L'état d'esprit est bon. Les joueurs savent se faire discrets après un résultat décevant. Je n'ai pas un groupe de fanfarons. Je l'aime bien, ce noyau ! Je travaille avec des gars attentifs et qui montrent de la bonne volonté. J'ai quelques vrais hommes : Bertrand Laquait, Frank Defays, Grégory Dufer, Victor Ikpeba. Même Mustapha Sama a tout ce qu'il faut pour devenir un bon leader, mais il est anglophone et ne sait donc malheureusement pas rameuter avec la même efficacité qu'un Marc Wilmots. Je veux seulement que ceux-là arrêtent de considérer le Sporting de Charleroi comme une fin. Mais bon, ce n'est pas nécessairement de leur faute s'ils raisonnent comme ça. Si certaines personnes de leur entourage essayent de leur faire croire qu'ils sont arrivés... Si le mental suit, le maintien est tout à fait envisageable. Même s'il est clair que ce noyau n'est pas un exemple d'équilibre ou de complémentarité. Quand vous avez cinq joueurs pour évoluer à la même place, sur la gauche de l'entrejeu, ils peuvent finir par se neutraliser ! Je n'ai pas assez de temps pour transformer certains de ces garçons, pour les former afin qu'ils puissent occuper dès demain un autre poste. Il y a des qualités intéressantes dans chacun de mes joueurs, mais encore faut-il qu'ils correspondent au puzzle que j'essaye de mettre en place. Je le pense, mais je ne parle pas comme cela devant le groupe. Si je dis qu'il faut prendre six points sur neuf dans ces trois matches mais que nous perdons ce week-end contre Gand, la pression deviendra déjà terrible car mes joueurs se diront qu'ils n'ont plus droit à l'erreur. Il faut absolument éviter un stress pareil à un groupe devenu fragile à cause de toutes les cicatrices qui restent à guérir. Il n'empêche que, moi, j'espère effectivement y voir plus clair après ces trois matches. Rien ne sera simple, mais les chants les plus beaux sont les plus désespérés. Pierre Danvoye" Les engueulades prouvent que L'ENVIE EST TOUJOURS Là " " L'état d'esprit est bon : je n'ai PAS UN GROUPE DE FANFARONS "