Les Diables Rouges craignent-ils le syndrome des Balkans? Se souviennent-ils de la bande à Guy Thys qui, en décembre 1984, avait pris l'eau en l'espace de trois jours en Grèce (0-0) et en Albanie (défaite 2-0)? A l'époque, l'équipe belge avait enchaîné ces deux matches théoriquement abordables sans repasser par Bruxelles. Jan Peeters, le numéro 1 de l'Union Belge, sourit quand on lui parle des Balkans. En tout cas, il ne comprend pas que les Diables actuels aient insisté pour repasser quelques heures au pays entre les rendez-vous andorran et estonien.
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Les Diables Rouges craignent-ils le syndrome des Balkans? Se souviennent-ils de la bande à Guy Thys qui, en décembre 1984, avait pris l'eau en l'espace de trois jours en Grèce (0-0) et en Albanie (défaite 2-0)? A l'époque, l'équipe belge avait enchaîné ces deux matches théoriquement abordables sans repasser par Bruxelles. Jan Peeters, le numéro 1 de l'Union Belge, sourit quand on lui parle des Balkans. En tout cas, il ne comprend pas que les Diables actuels aient insisté pour repasser quelques heures au pays entre les rendez-vous andorran et estonien. "A la fédération, nous étions d'avis qu'il était préférable de prendre un vol Barcelone-Tallin", dit-il. Guy Thys partage tout à fait son avis: "Je ne comprends pas ce bref retour au pays. En 1986, le groupe a passé huit semaines au Mexique: je me demande comment réagiraient les internationaux d'aujourd'hui si on leur imposait un séjour pareil loin de chez eux. Mais bon: autres temps, autres moeurs".On jugera ce mercredi soir de l'état de fatigue des Diables. Une chose est sûre: la mission qui les attend dans la capitale estonienne sera méchamment plus consistante que la mise en bouche d'Andorre-la-Vieille. Certains risquent d'accuser le coup lorsque les échanges s'accéléreront, et cela ne serait que logique. Prenons l'exemple d'un expatrié comme Daniel Van Buyten. En l'espace de dix jours, il aura dû se farcir les vols Marseille-Bruxelles, Bruxelles-Barcelone, Barcelone-Bruxelles, Bruxelles-Tallin, Tallin-Bruxelles et Bruxelles-Marseille! Un Bart Goor, un Joos Valgaeren et un Didier Dheedene ne sont pas logés à meilleure enseigne. Un programme entrecoupé des inévitables attentes dans les halls d'aéroports et de deux fois trois heures de car dans les Pyrénées espagnoles. Ainsi que d'horaires complètement décalés, certains jours: retour d'Andorre dimanche dernier sur le coup de 5 heures du matin, retour de Tallin, la nuit prochaine, à 3 heures du mat'...Nos internationaux engagés en Coupe d'Europe risquent de comprendre, dans les semaines à venir, qu'ils ont imposé des efforts inutiles à leurs organismes. Et pourtant, une chose est sûre: dans leur état de forme actuel, nos Diables auraient bien besoin de mettre tous les atouts de leur côté. Car ils ont confirmé, face aux amateurs andorrans, les lacunes affichées lors du premier match éliminatoire, contre la Bulgarie: manque d'inspiration, une progression qui cesse d'être efficace à l'approche du rectangle, difficultés à la concrétisation. Des problèmes qui peuvent s'expliquer par de multiples raisons mais, à en croire Aimé Anthuenis, certainement pas par un manque de motivation. Le coach est on ne peut plus clair à ce propos: "Je n'accepterai pas qu'on parle d'une motivation déficiente dans cette équipe. Pas mal de joueurs ont de très bonnes raisons de donner tout ce qu'ils ont dans le ventre. Thomas Buffel et Olivier De Cock sont naturellement motivés parce qu'ils veulent prouver qu'ils méritent de faire leurs débuts internationaux. Didier Dheedene n'a pas joué en dilettante alors qu'il est resté longtemps en dehors de l'équipe. Walter Baseggio a une envie folle de démontrer qu'on a eu tort de le critiquer après la défaite contre la Bulgarie. Chacun a des raisons personnelles de s'engager à 200%. Malheureusement, une motivation optimale n'est jamais une garantie de succès parce qu'un match de foot comporte un tas d'autres paramètres, plus difficiles à maîtriser que l'aspect purement mental". Test reporté pour deux duos inéditsLa Belgique est rarement à l'aise quand elle doit négocier un match contre un petit Poucet. A Andorre, l'environnement a aussi joué un rôle. "Ce n'est pas évident de donner le meilleur de soi-même quand on se retrouve dans un stade minuscule où il n'y a que quelques centaines de spectateurs", reconnaît Bart Goor. "On n'a pas ses repères habituels". Et l'environnement est devenu encore plus défavorable à l'échauffement, quand Bob Peeters a dû déclarer forfait. Aimé Antheunis avait tiré les leçons du couac bulgare et corrigé le jeu des Belges. Baseggio avait suffisamment souligné, après la défaite à Bruxelles, qu'il ne se sentait pas vraiment l'âme de l'animateur de l'équipe belge. Il préfère évoluer dans une position plus en retrait, bien voir le jeu et disposer d'un numéro 10 devant lui. Anthuenis croit l'avoir trouvéen Thomas Buffel. Le dernier prodige de notre foot était censé orienter la manoeuvre derrière le duo offensif inédit composé de Wesley Sonck et Bob Peeters. Les Belges avaient travaillé durant toute la semaine en fonction du jeu de Peeters. A quelques minutes du coup d'envoi à Andorre, il a fallu tout revoir. Plus question de miser sur un géant remiseur quand on se retrouve avec trois joueurs offensifs de petite taille comme Sonck, Van Houdt et Buffel. Il a fallu passer par le jeu au sol et Anthuenis soulignait, après le coup de sifflet final, toute la difficulté de cette entreprise quand il y a 20 joueurs sur un demi-terrain et de petites dimensions en plus. "Peeters aurait dû occuper un rôle clé dans notre jeu", explique Baseggio. "Nous nous doutions par exemple que les phases arrêtées seraient déterminantes dans ce match. Celui qui les donnait devait chercher sa tête dans le rectangle. Dès qu'il a déclaré forfait, l'entraîneur a désigné Joos Valgaeren pour le remplacer dans ce rôle. Mais, comme ça ne marchait pas très fort, j'ai pris le relais en cours de match. C'est comme cela que la rentrée en touche qui a amené notre but est passée par moi: Valgaeren a cherché ma tête et j'ai pu dévier pour Sonck, qui nous a libérés". On était curieux de découvrir, samedi dernier, la complémentarité de deux duos inédits: Sonck-Peeters devant, mais aussi Valgaeren- Simons dans l'axe de la défense. On ne peut malheureusement tirer aucune conclusion de ces essais puisque ces deux derniers n'ont jamais été mis en difficulté face au seul attaquant andorran. Par contre, l'expérience Buffel est concluante. Par moments, il a rayonné dans ce match fermé. Il a parcouru des kilomètres et est plus d'une fois venu rechercher des ballons devant la défense belge. En deuxième mi-temps, il faisait carrément office de troisième attaquant. Le seul bémol concerne la conclusion: il a hérité de deux bons ballons qu'il n'a pas réussi à exploiter. Anthuenis avait tenté une comparaison audacieuse, la semaine dernière, quand il avait déclaré que Buffel pourrait devenir le Stoica de l'équipe belge. Le coach aurait-il besoin d'un joueur pareil en sélection alors qu'il était souvent en froid avec le Roumain à Anderlecht? "Je suis sûr que Stoica est un joueur qui plaît à Anthuenis", confie Van Buyten. "A l'entraînement, il demande régulièrement des nouvelles de ce joueur aux internationaux brugeois". Anthuenis: "Vous savez, c'était le grand amour entre Stoica et moi, à Anderlecht, quoi qu'on en dise. Mais il est normal d'avoir des divergences de vues avec un joueur pareil dans un club comme le Sporting. Je disposais d'une vingtaine de titulaires potentiels, comme à Barcelone ou au Real même si c'est à un autre niveau. C'est uniquement pour cela que je ne pouvais pas mettre Stoica chaque semaine dans l'équipe".Buffel a en tout cas marqué des points à Andorre. Pour Anthuenis, il constitue la plus grande satisfaction de la soirée, outre les trois points. Pour le moment, il croit visiblement plus en Buffel qu'en Blondel, qu'il juge encore un peu jeune pour assumer un rôle de patron du jeu dès le coup d'envoi. "Buffel a trois ans de plus et une expérience plus importante: deux paramètres déterminants à ce niveau", signale l'entraîneur. "C'est fou: personne ne le connaissait il y a deux mois, mais aujourd'hui, on peut déjà dire que c'est un vrai renfort pour les Diables Rouges". Baseggio semblait, lui aussi, soulagé par le rôle qu'assume désormais le joueur de Feyenoord dans l'équipe belge: "Il a fait du très bon boulot alors que les circonstances n'étaient sûrement pas idéales pour lui. Un défenseur venait au contact dès qu'il recevait le ballon et chacun de nos attaquants avait systématiquement deux adversaires sur le dos. Malgré cela, Buffel a su orchestrer plusieurs actions dangereuses". Sonck met lui aussi l'accent sur l'apport du nouveau venu et le cerne déjà mieux depuis une semaine: "On voit directement que Buffel n'aime pas la profondeur, qu'il est surtout à l'aise dans un rôle de soutien d'attaque". L'adjoint d'Anthuenis, Eddy Snelders, abonde dans le même sens: "Il y a un futur pour Buffel dans cette équipe. Je prévois qu'il sera encore beaucoup plus dangereux dans les matches où il aura de l'espace devant lui. Il est vraiment doué pour donner des ballons de but". Bref, Buffel semble déjà installé pour un bon moment dans cette équipe, après un seul match.Anthuenis veut cinq ou six incontournablesL'autre néophyte, Olivier De Cock, a aussi réussi son baptême du feu. Il a bien fait tout ce que l'entraîneur lui demandait: couvrir le flanc droit en cas d'attaque adverse et progresser en possession de ballon. Il faut dire qu'il n'y avait rien de bien compliqué à cela... En effet, il n'y a eu qu'une seule réelle offensive andorrane, tandis que les Belges pouvaient avancer sans résistance jusqu'à l'approche du rectangle adverse, où on trouvait un double rideau défensif. De Cock avait constamment de l'espace devant lui et cela lui a permis d'expédier quelques centres bien placés. Il a en ce moment la préférence sur Eric Deflandre au back droit mais il devra confirmer dans des matches plus compliqués pour entrer dans les cinq à six certitudes qu'Anthuenis voudrait dégager pour l'ensemble de la campagne éliminatoire. "Je voudrais pouvoir compter sur cinq ou six leaders que j'appellerais systématiquement chaque fois qu'ils ne seraient pas blessés ou suspendus", dit le coach. "Je suis prêt à laisser ces guides dans l'équipe même s'ils traversent des périodes de moins bonne forme". Le coach n'a pas cité de noms mais il n'est pas difficile de lire dans ses pensées: De Vlieger, Valgaeren, Simons, Vanderhaeghe, Baseggio, Englebert, Goor et Sonck figurent en tête de liste pour devenir les incontournables de l'équipe belge. Il ne faudra en tout cas pas traîner en chemin. Battre l'Estonie ce soir est une obligation pour rester dans la course à la qualification. Plus que probablement via les barrages...Dans ce groupe, la Bulgarie semble en effet évoluer sur une autre planète. Anthuenis refuse de dire que nos bourreaux du premier match ont déjà pris une option sur la première place mais avoue que: "Les Bulgares sont incontestablement plus doués, plus techniques et plus expérimentés que les Belges". La victoire bulgare contre la Croatie diminue fortement les chances de qualification directe de ceux-ci. C'est plus que probablement contre eux que nous devrons forcer les portes de l'EURO 2004. Pierre Danvoye, envoyé spécial à AndorreTrois satisfactions à Andorre: la victoire, De Cock et Buffel