"Laissez le charme agir " ... Ce slogan pourrait s'appliquer à la directrice générale de l'Olympic, vénérable club carolo qui respire la forme depuis la reprise d'un championnat de D2, pourtant bien chancelant. Ce petit bout de femme de 57 ans a l'art de charmer son interlocuteur pour faire passer son message et ses idées. Une main de fer dans un gant de velours, en quelque sorte.
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"Laissez le charme agir " ... Ce slogan pourrait s'appliquer à la directrice générale de l'Olympic, vénérable club carolo qui respire la forme depuis la reprise d'un championnat de D2, pourtant bien chancelant. Ce petit bout de femme de 57 ans a l'art de charmer son interlocuteur pour faire passer son message et ses idées. Une main de fer dans un gant de velours, en quelque sorte. Son club soulève la curiosité par un parcours presque sans failles mais c'est dans l'adversité - le bras de fer avec le Sporting pour le partage des installations - que cette Corse est née médiatiquement. Quelques mois plus tard, cette guerre de tranchée n'a pas laissé de traces chez elle : " Nous n'avons pas de problèmes avec le Sporting, c'est la Ville et le Sporting qui ont des problèmes ". La directrice générale des Dogues s'est en tout cas imposée sur le devant de la scène : " J'ai prouvé que l'on pouvait s'exprimer avec respect et modération dans une négociation. On n'est pas obligé d'être grossier ". Une pique pour les Bayat ? " C'est vrai que j'ai participé à des réunions à la limite de l'odieux. J'ai trouvé assez choquant leur façon de traiter une dame comme Ingrid Colicis. Mais il n'y a jamais eu de mots entre les Bayat et moi. D'ailleurs, Mogi m'a prévenu de la naissance de sa deuxième fille. C'est bien. Il forme une famille. Il va gagner en maturité ! ". Pourtant, ce qui fut frappant dans cette affaire, c'est de voir que le petit ne se faisait pas manger par le grand : " Je le concède. Il y a eu de la condescendance à notre égard. Quand on a connu un problème avec notre stade, on pensait que la fraternité allait jouer. Ce ne fut pas le cas. Certains n'acceptent pas notre réussite. Mais c'est la vie ". Voilà pour les rapports de bon voisinage. Aujourd'hui, l'Olympic tient son rang en D2 et Julie Taddeï peut savourer sa réussite : " Cela ne nous surprend pas du tout. On savait qu'on possédait des joueurs de qualité et que plus on montait, plus cette qualité allait s'exprimer. De plus, on a fait un recrutement judicieux. On a pris des éléments qui correspondaient à notre mentalité. Danny Ost, notre entraîneur, avait dressé une liste de renforts. On a rencontré ces joueurs en les soumettant à un entretien d'embauche. Cela les a surpris mais il fallait qu'ils conviennent à la mentalité du groupe et qu'ils puissent le faire évoluer ". Car Julie Taddeï compte plus d'une corde à son arc. Dans sa première vie, elle a quitté sa Corse natale pour rallier Nice. Le temps d'y passer un doctorat en histoire de l'art (sur l'évolution de l'économie pastorale en Corse et sur ses implications économiques et culturelles) et de prendre la tête de l'Opéra de Nice. Dans cette fonction, elle côtoiera les grands noms de la scène musicale comme Gérard Mortier, l'ancien directeur de la Monnaie. Dans sa seconde vie, elle s'est occupée de la communication d'un grand groupe industriel, composé d'une trentaine de sociétés dont une active dans le commerce du cacao. Dans sa troisième, elle s'est prise de passion pour le football grâce à sa rencontre avec Jean-Marc Guillou avec lequel elle a fondé l'Académie à Abidjan. Aujourd'hui, leurs chemins se sont séparés. L'Académie a été scindée en deux branches. L'une d'elles est devenue Ivoire Académie et a été reprise par l'homme d'affaires iranien Aziz Alibhai. Celui-ci, recherchant une équipe européenne pour une collaboration Nord-Sud, a jeté son dévolu sur l'Olympic, nommant Julie Taddeï directrice générale d'un club qu'elle ne connaissait pas : " J'aime m'imprégner des endroits dans lesquels je me rends. Je suis d'une nature curieuse. Quand je suis arrivé à l'Olympic, on m'a donné le livre du centenaire. Je l'ai lu en une nuit ". Son amour pour le foot a donc commencé en 1977 : " Je suis tombé sur un homme, Jean-Marc Guillou, qui m'a fait aimer le foot. Il a une approche très philosophique de ce sport. Cela m'a plu. Vous savez, dans le football, on trouve autant d'intensité dramatique que dans un spectacle d'opéra. C'est même encore plus fort dans le football car on ne connaît pas l'épilogue ". Entre toutes ses vies, il y a eu quelques coups durs mais aussi beaucoup de joie. " J'ai tendance à toujours voir le verre à moitié plein ", ajoute-t-elle. Il y a aussi la rencontre avec le continent africain. Elle s'y établira même en 1992, du côté d'Abidjan. " L'Afrique m'a tout apporté. J'y suis arrivé à une période charnière de ma vie. J'avais besoin de me retrouver. Mes valeurs ont évolué au contact de ce continent. Combien de temps suis-je resté en Afrique ? Mais je suis encore là-bas ". D'esprit car son corps est désormais lié à l'Olympic. Pourtant, l'Afrique lui trotte toujours dans la tête. " J'ai adopté deux enfants. Je suis une femme africaine. Vous savez, en Afrique, c'est la femme qui porte la famille. Cela me ressemble. Là-bas, on m'appelle Mafitini, ce qui signifie petite maman en malinke, la langue des marchands. L'Afrique m'a amené a plus de spiritualité. Et pour une femme comme moi, passionnée d'art, je n'oublie pas que c'est également le berceau de la civilisation ". Ces deux enfants, ce sont Marco Néet Venance Zezeto, deux anciens joueurs du championnat belge, actifs aujourd'hui respectivement à l'Olympiacos en Grèce et à Kharkov, en Ukraine. " Je suis aussi grand-mère trois fois et je considère la s£ur de Youssouf Fofana, l'ancien attaquant de Monaco, comme ma fille ". Et puis, il y a l'Académie. " C'est un projet avant tout social. Avant de former des footballeurs, on veut en faire des hommes. Le terrain n'est que la concrétisation de tout cela. Quand je vois aujourd'hui l'équipe nationale de Côte d'Ivoire, j'éprouve un réel plaisir car ce sont mes enfants qui jouent. Monsieur Alibhai a un mérite extraordinaire car, malgré les quatre années de guerre, il a continué et développé Ivoire Académie. Il a gardé tous les cadres historiques, ceux qui avaient façonné les Aruna Dindane et autres joueurs avant la scission. Vous savez, 85 % du contingent de l'équipe Espoirs qui va aller aux Jeux Olympiques de Pékin vient de l'académie. Deux joueurs de l'Olympic en font partie : Niangbo et Hervé Kambou ". C'est cette guerre de quatre ans qui eut raison de Julie Taddeï : " Ce n'était pas facile. Mes deux enfants appartiennent à deux ethnies différentes. Et moi, leur mère, je suis blanche et en plus, française, ce qui n'arrangeait rien puisque la France était honnie ". C'est à cette époque (2002) qu'elle rentre en Europe et que sa destinée la pousse à Charleroi, en mars 2004. Aujourd'hui, l'Olympic doit à la paire Alibhai-Taddeï une grande partie de sa reconstruction. Dans les trois ans, ce tandem veut atteindre la D1. Pourtant, le travail ne manque pas. A commencer par le stade. Le dossier brûlant des mois d'été a été résolu grâce à l'élan de sympathie suscité autour de l'Olympic. Des supporters bénévoles ont mis la main à la pâte pour rendre la Neuville conforme aux exigences de la l'Union Belge. Mais ce stade ne passera pas la rampe des ambitions présidentielles. " C'est vrai. Mais on peut très bien construire une tribune avec des places assises juste derrière le but. Et puis, il y a le projet du grand stade à Gosselies. Il serait partagé par les deux équipes de la région et construit dans l'optique de l'organisation de la Coupe du Monde 2018. Car, rester à la Neuville, c'est bien mais on a conscience qu'il y a des problèmes de parking et de bureaux ". En attendant, il faudra gérer ce drôle de championnat à 19 : " Tout le monde est un peu chamboulé. Nous, on avait programmé un stage en hiver. On était reçu par Sedan dans le cadre du transfert d' Arnaud Monney mais cela tombe à l'eau. On se demande même si les joueurs disposeront de quelques jours pour se retrouver en famille. Dans les grands clubs européens, ils sont habitués à jouer le mercredi. Mais nous, on vient de D3. Certains de nos garçons sont encore étudiants. Nicolas Pedini mène des études de médecine. Raïm Alibhai - NDLR : le fils de Aziz -doit aller chaque jour à Paris pour ses études de commerce. Et puis, il faut aussi penser aux supporters : savent-ils, économiquement, se permettre d'aller au foot le mercredi et le samedi ?". Vous la lancez et le caractère revient. " J'ai une personnalité forte, c'est vrai ", concède-t-elle un brin malicieuse. " Dans ma vie, j'ai souvent été confrontée à des milieux masculins. Je suis très féminine dans ma façon d'être mais dans la vie, on est une fonction avant d'être une femme. Je suis responsable d'un club et je me comporte comme telle. Si on a des convictions et qu'on se bat pour, il n'y aucune raison qu'on ne nous écoute pas. Surtout si nos argumentations sont à la hauteur. Qu'on soit une femme ou pas. J'ai une devise : si dieu m'a donné de marcher debout, c'est pour me permettre de regarder droit devant. Moi, je vais de l'avant avec mes arguments, mes opinions et mes convictions. Et je fais en sorte de fédérer les forces vives qui m'entourent ". C'est dans cette optique qu'elle se lance dans de multiples combats, telle une Croisée sur le chemin du Saint-Sépulcre. " Il faudrait que la Ligue 2 ( sic) devienne une ligue à part entière. En termes de marketing, il faudrait trouver un sponsor qui nous accompagne comme Jupiler le fait avec la Ligue 1 ( re-sic). Nos droits TV s'élèvent à 41.000 euros. C'est une vaste plaisanterie ! ". Quand on vous disait qu'elle a les crocs. Elle qui baigne dans le football depuis plusieurs années. Elle qui a côtoyé Pelé ou Michel Platini. Elle qui a vu le football quitter l'amateurisme. " J'aime le jeu. Comme lorsque j'ai assisté récemment au match entre le Real et l'Olympiacos. Mais l'aspect économique me met mal à l'aise dans la mesure où le tiers de la planète meurt de faim. Vous allez me demander pourquoi je porte des pulls en cachemire alors. OK, mais je trouve que c'est devenu un peu excessif. L'aspect financier prime maintenant sur les qualités du jeu. C'est dommage ", termine-t-elle d'un air un peu déprimé. Mais l'air ne fait pas la chanson. Un court moment plus tard, elle a retrouvé toute son énergie... par stéphane vande velde - photos: reporters- buissin