Un hôtel, le long d'une route menant à Lokeren. Peter Maes s'y arrête presque tous les jours pour un café. Il a plusieurs escales de ce genre entre le Pays de Waes et la frontière entre le Limbourg et les Pays-Bas. Structure et clarté, ce sont ses mots d'ordre.
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Un hôtel, le long d'une route menant à Lokeren. Peter Maes s'y arrête presque tous les jours pour un café. Il a plusieurs escales de ce genre entre le Pays de Waes et la frontière entre le Limbourg et les Pays-Bas. Structure et clarté, ce sont ses mots d'ordre. Peter Maes : Je m'amuse partout pour autant que j'aie un objectif. Je veux aller de l'avant. Seul le jeu compte. Gagner et perdre. Les gens avaient l'impression qu'il était difficile de travailler avec le président. Le club était mal en point et, en effet, il représentait un fameux défi. J'aime bien atterrir quelque part dans une certaine incertitude, de voir jusqu'où je vais aller. Être embauché là où j'ai une grande chance de réussir n'est pas amusant. Je m'efface. Ce qui m'arrive n'est pas important. Tôt ou tard, je vais échouer mais il me suffit de savoir que j'ai tout fait pour réussir. L'effort est la clef de tout. Plus on se dévoue à un club, plus on a de chances de réussite. Jusqu'à présent, je n'ai jamais eu le sentiment de ne pas pouvoir m'en sortir. J'essaie de repousser cette impression le plus longtemps possible. Pour le moment, j'ai toujours pu convaincre les gens de suivre ma vision, dans tous mes clubs. Il est essentiel de progresser, pour cela. À tous points de vue. Avant tout, Lokeren a acquis de la stabilité en l'espace de quatre ans. Et de la clarté. Plus on est clair, mieux les gens fonctionnent autour de vous. Nos objectifs sont limpides : jouer les PO1 et gagner la Coupe de Belgique. Quand on est aussi bien placé pour atteindre ces deux objectifs, c'est qu'on a accompli un beau chemin en quatre ans, qu'on a posé des jalons pour les années à venir. Ça ressemble à un puzzle. On complète l'encadrement poste par poste. Je mets clairement les choses au point au départ et nous essayons de ne pas nous départir de cette ligne. Je sais comment je suis, comment je peux fonctionner. Sinon, ce n'est pas la peine de commencer un travail. A Geel, à Malines et à Lokeren, j'ai travaillé quatre ans avec une équipe qui avait le même objectif. Les joueurs ne sont pas bêtes. Ils vous suivent quand ils comprennent que vous avez une ligne de conduite. J'avais déjà un directeur sportif proche de moi à Geel, Dirk Gybels, qui a fait la grandeur sportive de Westerlo, en coulisses. Pendant quatre ans, j'ai tout fait là : veillé à ce qu'il y ait à manger, réglé les transferts avec Dirk, mis en place le scouting. J'avais tout en mains et c'est là que ma vision a pris forme. Puis je suis arrivé à Malines. Il y avait Fi Vanhoof, un homme avec lequel on peut réfléchir, qui décèle les problèmes, qui vous donne du poids par rapport à la hiérarchie. Ensemble, nous avons très vite mis en place une structure et déterminé les piliers sur lesquels bâtir. Tout s'est admirablement déroulé car nous n'avons cessé de grandir. Avant mon transfert à Lokeren, beaucoup d'entraîneurs avaient été évincés parce que Willy Verhoost avait trop de poids. Je l'ai immédiatement éliminé pour mettre Willy Reynders, qui s'occupait des jeunes, à sa place. Il faut rester vigilant. Nous restons un club du subtop par notre budget et nos infrastructures. Il faut voir l'ensemble. Nous avons évolué pour devenir une valeur sûre du top six ou huit mais nous devons travailler d'arrache-pied pour y rester. Gand est le plus bel exemple de la façon dont un club moyen peut grandir puis retomber. Lokeren ne peut pas se reposer sur ses lauriers, sous peine de descendre dans le top dix. Je lis parfois vos éditoriaux sur l'apport et l'importance d'un entraîneur dans l'ensemble. Je pense que le coach est très important pour montrer le chemin. Je n'ai pas peur d'un club qui attirerait davantage d'intérêt médiatique et je ne changerais pas grand-chose à mes méthodes. Mon voisin travaille dans une usine qui tourne 24 heures sur 24, en trois équipes. Avant, il faisait partie d'une équipe mais il a obtenu un poste de cadre. Quand une des équipes ne fonctionne pas bien, on l'y envoie et en un rien de temps, celle-ci travaille bien. Tout dépend de la personne qui donne les ordres. Elle peut amener une structure et des résultats. Il y a des gens qui peuvent obtenir le meilleur résultat possible dans leur travail : moi en sport, mon voisin dans son usine. C'est une affaire de passion. Elle permet de construire quelque chose et d'entraîner les gens, de les placer en bonne voie. Nous avons déjà accompli la majeure partie du chemin quand nous sommes tous sur la même longueur d'ondes. Je serais malheureux si mes footballeurs jouaient sans montrer la nature de la bête. La bête, c'est moi et je dois être satisfait. J'éprouve un profond respect pour ceux qui travaillent avec moi car ils n'ont pas choisi la voie la plus facile mais je leur rends beaucoup. Juste. J'ai cherché un successeur à Ivan Leko pendant deux ans. Dès que je l'ai trouvé, nous avons encore progressé car Hans Vanaken est un autre homme, avec un autre style de jeu. Comme ce nouvel homme est encore jeune et inconnu, ça donne un énorme élan à l'équipe, qui fait encore plus confiance à sa direction. Ne vous y trompez pas. Les footballeurs réfléchissent et savent ce qui se passe. Ce processus est plus aisé chez nous que dans un club qui fait partie de l'élite depuis des années. Notre noyau est composé de manière à ce que chacun puisse s'exprimer et obtienne des minutes de jeu sans que je doive procéder à la rotation. Des problèmes se posent partout quand un groupe manque de clarté et de hiérarchie. En plus, il faut des joueurs possédant des qualités différentes. On ne peut pas décider qui aligner si tous les joueurs se ressemblent. Ça veut dire que le noyau a été mal composé. Oui. Mon équipe est forte quand Killian Overmeire et Koen Persoons se sentent forts. En effet, mais aussi à cause de leur force mentale, qu'ils transmettent aux autres. Ils sont les piliers. Les autres apprennent à leur contact. C'est une chaîne. Le président m'apprend des choses, j'en apprends aux joueurs, qui se communiquent aussi des savoirs. Tout le monde dépend des autres. Quand j'arrive au club, tout le monde doit le savoir. Je ne laisse personne en paix. Tout le monde doit rester vigilant. Je suis au-dessus de la mêlée. Peut-être mon noyau en a-t-il besoin. Cela varie en fonction des joueurs. Je fais dix fois plus de remarques à Harbaoui qu'à Vanaken. Je ne fonctionne pas de la même façon sur le terrain et dans le vestiaire. Il faut un équilibre. Dans le vestiaire, je fais partie du groupe. À mon entrée, personne ne se retourne. Mais une fois sur le terrain, ils doivent faire attention à ce que je dis. Là, je suis au-dessus de la mêlée. Je manie sans doute plus le bâton que la pommade mais j'utilise celle-ci à temps. J'exagère même, sans doute. Non, avec le bâton. Je veux qu'on progresse, qu'on avance sans cesse. Il faut placer les gens en situation de progresser, pas de reculer. Donc, je frappe quand ça va bien et je passe la pommade quand c'est moins bon. En améliorant le club. Qu'est-ce qui va rendre Gand meilleur à terme ? Le stade. La croissance se crée. Nous sommes passés d'une assistance moyenne de 3.500 à 6.500 spectateurs. L'ambiance est excellente mais si nous gagnons la Coupe, nous devrons disputer nos matches européens à Bruxelles. Ce n'est pas marrant. Zulte Waregem connaît le même problème. Nous rivalisons avec les grands clubs sur le plan sportif mais le volet extra-sportif ne suit pas. Nous ne parvenons pas à franchir une frontière à cause des infrastructures. C'est à ça que je travaille. Chacun a de l'ambition. Je ne fais pas exception. Je veux voir jusqu'où peut aller l'apport de Peter Maes dans d'autres clubs. Je l'ai toujours dit : quand j'ai le sentiment de ne plus pouvoir progresser, je clos le chapitre. Je ne peux fonctionner que quand je décèle une marge de progression. Je suis malheureux quand j'atteins mon plafond et ce jour-là approche. Ma passion et ma motivation ne se satisfont pas de l'ordinaire. Je suis ainsi fait. Je suis extrême. Un jour, je me suis rendu à Anderlecht avec une fracture de la jambe. C'était déjà très spécial. Je n'avais jamais quitté Lommel mais j'ai joué au Racing Malines en D2 puis en D1 et de là, j'ai rejoint Anderlecht, avec une jambe cassée. J'y suis resté six ans, j'y ai trouvé mes marques, j'y ai survécu. Alors que j'étais gardien réserve... Il y a eu le Standard entre les coups, un fameux choc culturel pour moi car l'ambiance était très différente. C'est ainsi qu'évolue quelqu'un qui n'a pas peur de se fixer de nouveaux objectifs et pour lequel aucune montagne n'est trop haute. J'ai pris mon temps mais je sens que je suis prêt. J'ai posé mes propres jalons, je sais ce que représente le travail à long terme, comment obtenir des résultats durables. Je ne travaille pas en ne pensant qu'au match suivant.PAR FRANÇOIS COLIN ET JACQUES SYS - PHOTOS: BELGAIMAGE" Je suis malheureux quand j'ai atteint mon plafond. Et ce jour-là approche à Lokeren. "