Derrière les casernes...L'appellation n'est plus de mise car les bâtiments de la Grande Muette ont été rasés depuis belle lurette. Mais pas loin des installations du dernier vainqueur belge de la Coupe des Coupes (1988), il y a toujours une prison et un cimetière où le FC Malinois peut enfermer ou carrément enterrer ses illusions.
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Derrière les casernes...L'appellation n'est plus de mise car les bâtiments de la Grande Muette ont été rasés depuis belle lurette. Mais pas loin des installations du dernier vainqueur belge de la Coupe des Coupes (1988), il y a toujours une prison et un cimetière où le FC Malinois peut enfermer ou carrément enterrer ses illusions. Le stade est traversé par une ligne Maginot imaginaire où les armées des clans malinois échangent des propos explosifs et autres coups vaches depuis des mois. L'ancien président Willy Van den Wijngaert, épuisé, naïf, dégoûté , a déposé les armes. En revenant de vacances à Malte, Rosie, sa compagne, l'ex- First Lady du FC Malinois a déclaré: "Nous avons été traînés dans la boue après avoir tout donné à ce club. Willy y a investi 12.250.000 euros. Je ne sais pas si nous reverrons ces sous: c'est un problème pour les avocats. Pour nous, le football, c'est fini. Nous avons d'ailleurs décidé de ne plus parler à la presse". Le fabricant de biscuits et Rosie étaient devenus des stars de tous les talk shows des télévisions flamandes. On les voyait parfois avec leur célèbre perroquet qui doit en savoir des choses. Le rêve fou de la rédaction de Sport-Foot Magazine était de l'interviewer: - Mais, Paco,tu nous excuseras: pas moyen de trouver ton numéro de GSM, c'est partie remise, promis, juré. Malines est donc devenue une véritable volière et Stéphane Demol n'en a que plus de mérite. Malgré les tuiles et un avenir incertain, il garde le cap et prône un football de qualité. "Pourtant, ce n'est pas facile tous les jours", affirme Alex Czerniatynksi, son adjoint. "Il doit régler tous les problèmes de la terre". Czernia était revenu il y a deux ans à Malines (où il joua de 1993 à 1996) après avoir entraîné les jeunes du Standard. Un jour, Alphonse Costantin lui annonça qu'il était trop cher pour les Rouches. Pas de problèmes pour Alex qui quitta le club la tête haute, sans faire de bruit. Après avoir consulté son ami Michel Preud'homme, Aad de Mos lui confia alors le blé qui lève à Malines. En fin de saison passée, Fi Van Hoof quitta son poste d'entraîneur afin de vivre plus calmement. Malines engagea Stef Demol qui exprima le désir d'avoir Alex à ses côtés. Ce dernier n'a pas changé. Il pète la forme mais grille toujours autant de cigarettes. Le football restera toujours son Francorchamps. Pas de conseils à donner au Standard A 42 ans, il conduit prudemment sa carrière. "Je ne serai pas éternellement adjoint ou entraîneur des jeunes mais je me donne un peu de temps", dit-il. Même si c'est dur car, dans son cas, il ne gagne pas plus qu'un salaire d'employé et encore. "J'espère me retrouver un jour à la tête d'un club de D1", raconte Alex. "J'apprends patiemment mais si on m'avait offert le Standard, Charleroi ou le GBA sur un plateau d'argent, comme ce fut le cas pour Michel Preud'homme, Enzo Scifo et Franky Vander Elst, je n'aurais pas refusé". En attendant, Czernia y va mollo. Un tout autre scénario que sa carrière de joueur où tout éclata en 1981-82: transfert de Charleroi à l'Antwerp, débuts en équipe nationale, Coupe du Monde en Espagne, arrivée à Anderlecht, etc. Les jeunes coaches affirment souvent qu'ils ont retenu l'une ou l'autre chose de leurs anciens entraîneurs. "J'ai toujours trouvé cela amusant", sourit-il. "J'ai fréquenté beaucoup de joueurs qui sont devenus entraîneurs. Je n'en ai vu qu'un qui notait soigneusement la façon de travailler d'un entraîneur: Franky Vercauteren". C'est à un Malines dans l'inquiétude que le Standard rendra visite. Alex a évidemment gardé des attaches dans la Cité Ardente. "Quand on me dit que le Standard est un club à notre portée, je ne peux que rigoler et hausser les épaules", avance Czernia. "Le Standard n'est pas à sa place et a entamé sa remontée au classement général. Je n'ai pas de conseils à donner mais je sais que la pression peut y être intense. Je l'ai vécue en tant que joueur et elle baissera le jour où ce club aura remporté un trophée. Il n'y a pas d'autres façons de vaincre les vieux démons. Le Standard, c'est tout ou c'est rien, le gris, ça ne dit rien aux supporters. Ils le font savoir. Cela fait aussi la magie de ce club. Personnellement, j'y ai disputé deux finales de Coupe de Belgique et terminé une fois troisième, tout en marquant 46 buts en quatre championnats. Ce n'est pas si mal et je ne considère donc pas que mon passage là-bas, en tant que joueur, ait été un échec, au contraire. Un jour, le Standard finira par concrétiser ses ambitions.Je vois régulièrement Michel Preud'homme, dont le fils fréquente les équipes de jeunes de Malines, et je le trouve heureux dans ses fonctions au Standard. Le groupe de Dominique D'Onofrio a visiblement digéré ses énormes problèmes du début de saison. Tout s'est remis en place et le talent ne manque pas: Johan Walem, Moreira, Lukunku, Aarst, etc. Peu d'équipes de D1 disposent finalement de ce potentiel offensif. Mais quand on démarre mal une saison, ce n'est jamais évident. Malines jouera son jeu comme à Anderlecht, je suppose, sans avoir les mêmes atouts.Aarst marque à nouveau très facilement et est redevenu un renard des rectangles". Deux joueurs viennent de quitter le navire malinois: Jean-Paul Boeka Lisasi (vers Charleroi) et Dieter Dever que Gand suivait depuis belle lurette. Ils ont craqué à force d'attendre leurs salaires entre deux avances qui permettent à peine de payer la facture d'électricité. "Et encore...Le groupe s'est cotisé afin d'aider un joueur d'Ostende qui ne nouait plus les deux bouts", ajoute Czernia. La presse affirma que ce joueur malinois n'avait même plus de quoi payer les langes et le lait de son bébé. "Pas question de citer son nom", coupe court l'entraîneur-adjoint. "C'est assez triste comme cela mais significatif quant à la solidarité des joueurs. Je comprends que certains plient bagage. Dever nous a salués avant de partir à Gand. Boeka m'a déçu car il a vidé son armoire et a quitté les lieux sans rien dire. Je m'attendais à mieux de sa part. Evidemment, c'est la vie. Nous sommes tous dans la merde. Je rencontre souvent des supporters qui pleurent à chaudes larmes". Malines, le feuilleton à ne pas manquer Ces nostalgiques de la grande époque malinoise n'ont-ils pas aussi contribué à tuer la poule aux oeufs d'or? Après avoir adoré Willy Vanden Wijngaert, ils l'ont couvert d'insultes et carrément menacé. Or, le bon Willy ne demandait qu'une chose: un peu de reconnaissance. "On l'appelait même saint Nicolas", dit Czernia. En début de saison, Aad De Mos fut démis de son poste de directeur technique, le directeur général, Luc Verheyen fut suivi pas à pas (jusque devant les toilettes pour écouter ses coups de fil) par un vigile engagé par le président. C'était la guerre. Les uns accusaient les autres d'être des faibles ou des alcooliques. Procès. Les autres prétendaient que la fille d'Aad de Mos vivait avec Lukasz Kubik afin que son papa sache tout ce qui se passait dans le vestiaire. Re-procès. Les avocats de la région de Malines n'ont jamais eu autant de travail. "Tout cela a fait les choux gras de la presse", souligne Czernia. "Malines, c'était le grand feuilleton médiatique à ne pas manquer. A mon avis, cela a fait beaucoup de tort à au club, d'abord, mais aussi à tout le football belge. Le groupe a immédiatement compris que Kubik était embarqué dans une histoire ne le concernant pas. Il a été très touché et Stéphane Demol, ainsi que tout le groupe, l'a rassuré. A un moment, il fut tout à fait impossible de continuer. Les joueurs n'avaient plus confiance en Willy. Les promesses n'étaient pas tenues. Après des menaces, le groupe a fait la grève, brossé quelques entraînements. Les joueurs en avaient assez des belles paroles. Cela commença dès que Malines décrocha le droit de jouer en D1. J'avais déjà donnédans le même genre de pièce: je savais que ce ne serait pas facile du tout". En 1997, Czernia débarque à Buraufosse. La Principauté avait été marquée par la fin de Seraing, englobé au Standard, la mort de Gérald Blaton, les errances du FC Liégeois marié à Tilleur et à Saint-Nicolas. A Buraufosse, Czernia signe un contrat de cinq ans, s'entraîne sous le ordres de Zvonko Varga, Neba Malbasa, RaphaëlQuaranta et Bernard Wégria.Des chapeaux mous débarquent alors de Sicile. Sous les impers, des revolvers. Les mines patibulaires parlent de grands projets, promettent de l'argent et organisent un match amical à Palerme. La mafia était là... A côté d'elle, Willy Vanden Wijngaert, c'était de la bonne pâte pour son usine à biscuits, de la guimauve pour concierges. Le jour et la nuit. Czernia est en procès avec les anciens dirigeants liégeois mais se doute qu'il ne verra jamais un euro. "A Tilleur-Liège, ce fut vite le bordel", dit-il. "Je me suis demandé où j'étais tombé. Je me tapais tous les jours 200 bornes pour rien Or, je ne suis pas Crésus. J'ai des économies mais je n'ai pas connu l'époque des très gros salaires. Alors, quand le versement ne tombe pas à la fin du mois, ça fait mal. Pris à part, les dirigeants de Tilleur-Liège étaient pourtant sympas. Après cela, j'ai été heureux d'entraîner les jeunes du Standard. J'ai appris des tas de choses. Un joueur ne s'occupe que de lui. Quand on entraîne, même des jeunes, il faut gérer tout un groupe et cela ne s'apprend pas du jour au lendemain. Je n'ai jamais été du style à cracher dans la soupe. J'évite parfois des regards ou je ne traverse pas la rue pour saluer des gars qui m'ont joué un tour de cochon. Je retiens, je n'oublie pas et, même si je fais semblant, je devine tout de suite quand on tente de me rouler. A quoi ça sert de tout de suite se fâcher? Quand je suis arrivé à Anderlecht, Tomislav Ivic n'avait pas trop l'intention d'utiliser mes services. C'était son droit mais je ne lui ai jamais adressé le moindre reproche. Je l'appréciais même. Nous nous sommes finalement retrouvés au Standard. "Ah... mon ami Czernia", a-t-il dit en me serrant la main. "Ivic m'a tout de suite affirmé que je pouvais lui demander des conseils quand bon me semblait. C'est cette chaleur-là que j'aime dans le football. Je dois tout à ce sport et je n'envisage pas de faire carrière dans un autre milieu". Son avenir passe par Malines où une direction provisoire a été mise en place. Les joueurs disposent à nouveau d'une voiture. En revanche, les retards de salaire n'ont pas été effacés. Le groupe fait preuve de patience mais elle ne sera pas éternelle. Si rien ne se dessine dans deux ou trois semaines, au plus tard, ce sera la fin. Un bon match contre le Standard permettrait aux joueurs de replacer le sport au centre du débat et de faire leur pub au cas ou Malines, ce qui n'est pas improbable, déposait la clef sous le paillasson en décembre. Dans ce cas, peut-être que le perroquet de Willy Van den Wijngaert raconterait son aventure...Pierre Bilic,"L'ancien président de Malines, c'était saint Nicolas"