Cette fois, ce n'était pas une de ces improbables rumeurs de transferts lancées par des journaux friands en la matière. Et pourtant, à la première lecture de cette information, personne n'osait y croire. Le Napoli, dauphin de son ennemi juré, allait laisser partir son meilleur élément chez ce dernier ? Nous étions le 15 juillet. En l'espace de dix jours, l'opération s'est conclue. Un laps de temps durant lequel Gonzalo Higuain est passé du statut d'idole absolue à celui de traître infâme dans le coeur des supporters napolitains.
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Cette fois, ce n'était pas une de ces improbables rumeurs de transferts lancées par des journaux friands en la matière. Et pourtant, à la première lecture de cette information, personne n'osait y croire. Le Napoli, dauphin de son ennemi juré, allait laisser partir son meilleur élément chez ce dernier ? Nous étions le 15 juillet. En l'espace de dix jours, l'opération s'est conclue. Un laps de temps durant lequel Gonzalo Higuain est passé du statut d'idole absolue à celui de traître infâme dans le coeur des supporters napolitains. Les dirigeants, eux, auraient préféré une autre destination, mais ils n'avaient pas le choix, même si leurs discours de façade ne trompent pas. Car difficile de faire la fine bouche devant les 90 millions qui atterrissent dans les caisses du club. Un montant élevé dérivant d'une clause stipulée au moment de la signature de Pipita au pied du Vésuve il y a trois ans. Les 36 buts inscrits sur une seule saison de Serie A ont convaincu la direction turinoise de la payer rubis sur ongle, et l'attaquant argentin a ainsi battu deux records historiques coup sur coup. Si le premier a été corrigé d'une seule unité (les 35 pions de GunnarNordahl en 1949-50), le second a été terrassé puisque Hernan Crespo, précédent détenteur, avait été transféré de Parme à la Lazio pour " seulement " 55 millions durant l'été 2000. Cette opération a donc achevé en beauté la première partie du mercato estival turinois, inversant la tendance d'une Serie A temporisant de plus en plus pour faire ses emplettes, surtout les plus onéreuses. L'objectif était visiblement de fournir l'effectif définitif le plus tôt possible à MaxAllegri, et il est atteint avec une belle avance. Le point de départ de ce marché des transferts est d'ailleurs daté du 6 mai dernier lorsque le technicien italien avait prolongé son contrat d'un an : " J'ai confiance en la direction ", déclarait-il quelques jours plus tard. " Comme l'an passé, lorsqu'on a pris la décision de démarrer un nouveau cycle. La Juve a besoin de grands joueurs mais aussi d'hommes de valeur, elle gagne grâce à ce type de profil. Pour s'améliorer, il faut en recruter un, deux, voire plus. Des éléments capables d'augmenter le niveau technique de l'équipe, ce qui n'est pas simple car il est déjà très élevé. " Pas du genre à imposer ses conditions sur le recrutement, le natif de Livourne sait toutefois convaincre son état-major par un phrasé simple et efficace. Il s'agissait avant tout de suppléer les partants, la Juve n'ayant jamais été un club entassant les joueurs sous contrat. Trois éléments n'étaient pas certains de rester dans le Piémont : le défenseur Martin Caceres,en fin de contrat, l'ailier JuanCuadrado, prêté par Chelsea, et l'attaquant AlvaroMorata. Trois profils similaires, ni titulaires indiscutables, ni remplaçants fixes. Des pertes importantes certes mais loin d'être rédhibitoires. Ainsi, le premier n'a pas été prolongé, le second est reparti à Londres tandis que le troisième n'a rien fait pour empêcher le Real Madrid de lever sa clause de " recompra ". Sachant par avance qu'ils allaient être amputés de ces trois joueurs, GiuseppeMarotta et FabioParatici, respectivement administrateur délégué et directeur sportif de la Vecchia Signora, avaient anticipé ce chantier depuis quelques mois. En outre, il fallait aussi couvrir la longue absence du milieu de terrain ClaudioMarchisio, inconditionnel de l'équipe-type et indisponible depuis fin mars suite à une sale blessure au genou gauche. C'était même la priorité étant donné l'ordre de l'officialisation des arrivées. Le transfert d'Higuain a tellement fait de remous qu'on en oublie celui tout aussi contesté de MiralemPjanic, ce dernier s'en accommode par ailleurs très bien, puisque cela lui permet de s'intégrer sans pression dans son nouveau club. " Maintenant, je comprends pourquoi il était si difficile d'être devant les bianconeri ces dernières années. Il y a énormément de différences entre où je me trouvais dans le passé et où je me trouve aujourd'hui. Ici, le travail est plus dur ", lâchait le Bosnien lors de sa première conférence de presse sous ses nouvelles couleurs. La Roma appréciera. Il est question là aussi d'une clause devant laquelle le club vendeur est impuissant, mais quand celles-ci sont fixées à des montants à deux chiffres, il faut s'attendre à ce qu'elles soient activées par de potentiels acheteurs, surtout de la part des concurrents directs. 38 millions devenus 32 puisque 20 % de cette somme était destinée justement à Pjanic, comme le révélait Marotta aux micros de Sky Sport : " L'opération s'est faite grâce à l'insistance du joueur qui a fortement voulu venir à la Juve, en exploitant la clause compromissoire qu'il avait stipulée avec la Roma. Le même Pjanic, pour faciliter l'opération, a décidé de renoncer au pourcentage sur le montant de la transaction qui lui revenait. Il n'y a donc eu aucune négociation directe entre la Roma et la Juve mais seulement des rencontres techniques pour définir le transfert à travers le paiement d'une clause. " Et voilà comment la Vieille Dame économise du temps et de l'argent pour s'accaparer un des meilleurs milieux de la Botte, qui plus est parfait successeur d'Andrea Pirlo pour la transformation des coups de pieds arrêtés. Nous sommes alors à la mi-juin et c'est dans ces eaux-là que le petit potin de DaniAlves prend de plus en plus de place dans les journaux sportifs transalpins. Le Brésilien a tout gagné au FC Barcelone. Il est même l'auriverde au palmarès le plus rempli. Huit saisons chez les blaugranas et l'envie de connaître une nouvelle expérience, la Juve ne laisse pas échapper cette belle opportunité. A bien y regarder, c'est même le remake d'une opération menée à bien deux ans plus tôt. PatriceEvra avait aussi 33 ans, fait le tour de la question du côté de Manchester United et mentionné un genre de gentleman's agreement avec ses patrons. Or, s'il avait fallu lâcher 1,5 million pour recruter le Français, Alves lui ne coûte même pas un centime. Le Brésilien a réussi à casser son contrat et était ainsi libre au moment de signer son nouveau bail de deux ans plus un en option. Poste pour poste, ou presque, il succède à Cuadrado. La Juve perd en fraîcheur mais gagne en expérience avec un joueur sachant très bien comment s'y prendre pour remporter la coupe aux grandes oreilles, car ce sont trois répliques miniatures qui ont voyagé dans le camion de déménagement. Le graal européen, MehdiBenatia pensait le soulever en signant au Bayern Munich de PepGuardiola il y a deux étés, mais il n'aura même pas disputé une finale. Une expérience bavaroise mi-figue mi-raisin et la nostalgie de la Serie A l'ont vite convaincu d'accepter les avances de la Juventus, lui, l'ancien pensionnaire de l'AS Rome. Lors de son unique saison sur les bords du Tibre, le Marocain y avait formé une défense imperméable en duo avec le Brésilien Castan. Nous avons cité Cuadrado précédemment, la Juventus opte pour la même stratégie. En effet, elle sait pertinemment que des éléments made in Serie A (italiens ou pas) peuvent voir leur rendement chuter après avoir décidé de faire le grand saut dans un top club européen. Très souvent, leurs nouveaux propriétaires n'hésitent pas à les renvoyer en Italie à des formules avantageuses. Ici, il s'agit d'un prêt payant avec option d'achat obligatoire à partir d'un certain nombre de rencontres disputées, l'enveloppe totale s'élevant à 20 millions. Pas non plus un prix de braderie, mais le joueur est en pleine force de l'âge et fait office de quatrième choix de luxe derrière la fameuse BBC (Barzagli-Bonucci-Chiellini). A terme, il pourrait remplacer l'un d'entre eux. 29 ans, c'est la moyenne d'âge de ces quatre recrues-phares, une nouvelle injection d'expérience dans les veines d'un groupe qui en débordait déjà. D'où les quelques critiques à l'égard de cette campagne pharaonique. 29, c'est justement l'âge d'Higuain, jamais un joueur aussi proche de la trentaine n'avait été aussi grassement payé, l'unique précédent concernait ZinédineZidane en 2001 (même âge au moment de quitter la Juve pour le Real moyennant 73.5 millions). Peut-être les " dérives " d'une obsession européenne, car en mai dernier, la Vieille Dame a fêté les vingt ans de son dernier sacre continental. Déjà. Il n'y a plus de temps à perdre. Un état d'esprit partagé par l'avant-centre argentin qui aimerait ajouter une belle ligne à son palmarès. La Juve étant finalement la seule formation réellement prête à s'affranchir de cette fameuse clause, le dilemme de trahir toute une ville ne l'a pas tracassé longtemps. " Je veux saluer et remercier les supporters du Napoli qui ont été très gentils avec moi, je comprends leur énervement à mon encontre ", a-t-il tout simplement déclaré l'âme en paix lors de sa présentation officielle avant de faire une distinction : " Je ne peux avoir que de belles paroles envers MaurizioSarri, un très grand entraîneur. En revanche, je n'ai rien à dire au président AurelioDe Laurentiis, nous avons deux façons de penser différentes, je ne voulais pas rester une minute de plus avec lui. " Une petite pique qui a évidemment débouché sur une mini-polémique où chacun cherche surtout à se donner le bon rôle auprès des tifosi. Après le légitime tollé initial fait de tags insultants et de maillots floqués Higuain rangés au fond des cuvettes WC, le peuple napolitain a finalement assez rapidement tourné la page, prenant toutefois le soin de cocher en rouge sur son agenda la date du 2 avril 2017, soit le prochain Napoli-Juventus. L'attention médiatique étant rivée sur cet événement historique, la cinquième recrue officielle, la plus intéressante en perspective, est passée au second plan. On peut la qualifier de bonus par rapport aux réels besoins de la Juventus mais surtout de nouveau pied de nez fait à la concurrence directe. AdrianoGalliani, désormais vrai grand patron du Milan, s'est fait encore chahuter. Il y a trois ans, il avait été photographié en train de déjeuner avec CarlosTevez et son agent, l'Argentin choisissant finalement la Juventus. Début juillet, un cliché l'illustrantlui, les patrons d'un restaurant de Zagreb et MarkoNatelitic - agent de MarkoPjaca - laissait à penser qu'il avait une bonne longueur d'avance sur le dossier. Encore une bouffe pour rien. " Galliani a été extraordinaire avec le garçon, il lui a offert quasiment le double de ce que proposait le club turinois, mais il n'y avait rien à faire : Marko ne voulait que les champions d'Italie ", révélait à Tuttosport celui qui gère les intérêts de cet ailier de 21 ans, présent au dernier Euro avec la Croatie. 23 millions le joker de luxe, la Juve est en roue libre. PAR VALENTIN PAULUZZI - PHOTOS BELGAIMAGEPjanic a décidé de renoncer au pourcentage prévu sur le montant de son transfert pour rallier les rangs des bianconeri. Transféré de Naples à la Juve, Higuain est passé du statut d'idole absolue à celui de traître infâme dans le coeur des tifosi napolitains.