Douze mois après Adnan Januzaj, parti à 15 ans à Manchester United, l'Ecole des jeunes du RSCA est en passe de perdre un autre joyau du même âge : Junior Musonda, annoncé à Chelsea à l'instar de ses aînés Lamisha (20 ans) et Tika (18 ans). Autant la direction du club a-t-elle manqué d'arguments sportifs et financiers pour contrer le transfert du Belgo-Albanais, autant elle a semblé en position de force dans le cas des trois frères. Et, surtout, de leurs géniteurs.

Anderlecht s'était d'abord montré chic avec le papa, Charly, en continuant à le payer rubis sur l'ongle, l'espace de 8 saisons au total (1987-1994 et 1996-1997), alors qu'il était sujet à d'épineux problèmes au genou, synonymes d'ailleurs de fin de carrière, la trentaine en vue à peine. Après avoir obtenu un poste d'entraîneur des jeunes à La Gantoise, en 1997-1998, à l'instigation de Johan Boskamp, en charge là-bas, Prince Charly allait occuper la même fonction au Sporting. Une tâche couplée ensuite avec celle de préposé au matériel de la Première, qu'il accomplissait d'ailleurs toujours ces derniers mois.

Avec trois fils à nourrir à la maison et une épouse sans qualification, ne baragouinant de surcroît que quelques mots de français, la direction devait rompre une nouvelle lance en offrant un emploi à madame à l'Institut Saint-Nicolas d'Anderlecht, un établissement scolaire abritant quelques Purple Talents. Avec, en prime, des cours d'initiation à la langue de Molière, pour elle et pour sa s£ur.

Vu ces efforts, la direction espérait légitimement que son ex-joueur lui renverrait l'ascenseur à l'heure de débattre de l'avenir de sa progéniture. Et, en particulier, de Junior, à la fois le plus jeune et le plus doué de la bande, et courtisé par les plus grands, tels que le FC Barcelone et les deux Manchester. Tous des clubs désireux de mettre le cadet sous contrat avant ses 16 ans, âge auquel Anderlecht aurait eu la possibilité de le faire à son tour, en vertu de la législation belge qui stipule qu'un contrat pro ne peut être délivré avant cette limite.

Le Barça était disposé à accueillir le seul Junior, sans ses frères.

Il y a un an, un accord avait été trouvé entre le club et la famille. En échange du maintien de son plus jeune fils à Neerpede, papa Charly avait effectivement obtenu quelques sérieuses concessions.

Sur le plan pécuniaire, à l'image de l'effort consenti par le club au printemps 2009 pour conserver Romelu Lukaku, convoité lui aussi par les ténors européens, Musonda père réclama une même prime de fidélité de 500.000 euros. Conjointement, il allait obtenir aussi que son propre salaire soit revu à la hausse. Sportivement, il obtint que le plus âgé, Lamisha, soit incorporé dès 2011-2012 au noyau A, avec un contrat de deux ans à la clé. Idem pour Tika, mais en Espoirs.

En fin de saison passée, les pontes du Sporting n'étaient pas peu fiers d'annoncer qu'ils étaient arrivés à un terrain d'entente avec le clan. Pourtant, un an plus tard, les arrangements ont bel et bien volé en éclats. Pourquoi ?

Au départ de la défunte campagne, tout avait pourtant bien commencé. Incorporé chez les A, Lamisha avait joui d'emblée de temps de jeu lors du galop d'entraînement traditionnel à Knokke, face à l'équipe locale. Utilisé encore, par la suite, lors des matches amicaux, l'aîné allait toutefois jouer les utilités en championnat, sans la moindre minute à son actif. Dur, dur, quand on sait que les autres Africains, eux, ont eu droit à cet honneur. Comme Jordan Lukaku, utilisé à cinq reprises, ou encore Ziguy Badibanga (3) voire Nathan Kabasele (3 aussi).

Si Tika allait bénéficier de plus de crédit avec les U21, le paternel ne digéra pas sa non-titularisation lors du tournoi de Viareggio. Il n'était pas le seul dans le cas, puisque Lamisha n'y fit pas figure d'incontournable non plus.

Or, bon nombre de clubs ont continué à faire la cour aux Musonda ces derniers mois. Le Barça s'était manifesté en premier lieu, en 2011. En compagnie de Boskamp, Charly et Junior avaient fait le voyage en Catalogne, assistant à un entraînement de la Première et visitant la fameuse Masia qui abrite les jeunes les plus talentueux. Selon le Bos, les Musonda père et fils avaient été impressionnés. Seul bémol : le Barça n'était disposé à accueillir que le seul Junior, sans ses frères. Ce qui avait douché l'enthousiasme du paternel, soucieux de les caser tous.

Cette année, rebelote. Avec Manchester City et Vincent Kompany dans le rôle d'entremetteur. Cette fois, la maman et ses trois rejetons sont invités à suivre le match décisif pour le titre entre les Citizens et QPR. Aux côtés de Pierre Kompany, le papa, ils peuvent même monter sur le terrain pour se mêler à la fête. Mais le son de cloche est le même qu'en Espagne : OK pour attirer le plus jeune mais pas les trois. Du coup, Anderlecht reste prioritaire. Jusqu'à ce que Chelsea s'en mêle.

Dans le viseur de Chelsea en 2008 déjà

Les Blues ont le petit dernier dans le viseur depuis un bon bout de temps. On le sait depuis 2008, à l'occasion d'une rencontre avec Frank Arnesen, ex-joueur du RSCA. À l'époque directeur général chez les Londoniens, il nous avait confié que pour Romelu Lukaku, le club de Stamford Bridge se disait prêt à mettre 1 million d'euros sur table en échange de sa signature avant 16 ans. Arnesen pensait aussi à Dennis Praet, alors toujours à Genk, mais plutôt réfractaire à une aventure aux Iles. Et Chelsea pensait aussi à Junior Musonda, 12 ans à peine à ce moment, mais dont on disait déjà le plus grand bien.

Chelsea, soucieux de puiser dans son propre réservoir après avoir dépensé des livres sans compter au début de l'ère Roman Abramovitch, comptait déjà des scouts attitrés dans chacun des championnats européens. Pour la Belgique, il s'agissait de Piet de Visser, ancien entraîneur du RWDM, reconverti en détecteur de talents, d'abord au PSV, où Frank Arnesen était manager au début des années 90, avant de le rejoindre à Chelsea.

Si le Danois a quitté Londres à destination du HSV, De Visser a conservé ses attributions à Stamford Bridge. Où il rapporte depuis quelques mois pour un autre personnage passé lui aussi par le RWDM autrefois, Michael Emenalo, en charge du département des jeunes des Blues. Et grand copain, au passage, de Boskamp. Qui a poussé à la charrette, semble-t-il, pour que Chelsea, contrairement aux autres clubs intéressés, accueille les trois Musonda au lieu du seul Junior.

Un gamin auquel on ne refuse rien

Pour la famille, les conditions financières chez les Anglais sont autrement plus alléchantes qu'au Sporting. Pourtant, Anderlecht aura tout fait pour conserver un impact sur les parents et les enfants. En permettant, par exemple, au plus jeune, qui n'avait pas le droit de se mêler à Neerpede aux éléments du noyau A et aux Espoirs, d'obtenir un badge lui permettant de circuler partout. De quoi susciter certaines jalousies.

Ces dernières semaines, le Sporting a senti le vent tourner. Avec le renoncement du papa pour ses activités en marge de l'Institut Saint-Nicolas par exemple. Et l'abandon des cours de français de son épouse et de sa belle-s£ur. Comme si le clan voulait installer petit à petit une distance entre le club et lui.

Finalement, c'est Mathias Bossaerts, coéquipier de Junior chez les U16 qui aura mis la puce à l'oreille de tout le monde en félicitant son pote, sur Twitter, pour son passage à Chelsea, alors que lui-même avait pris la tangente pour Manchester City. Après Mats, perçu comme le Kompany blanc, c'est un croisement entre Xavi et Andres Iniesta qui était en passe de quitter le club.

Consolation : au même titre que Manchester United l'avait fait dans le cadre du passage de Januzaj, en offrant 600.000 euros aux Mauves au lieu d'une indemnité de formation de 225.000, Chelsea ne va pas se montrer ingrat. On parle même d'un dédommagement de 4 à 5 millions d'euros en échange du trio. Sur le plan sportif, la direction des Mauves aspire encore à l'insertion de l'une ou l'autre clause dans le protocole, comme le fait d'être prioritaire au cas où Junior ferait un jour l'objet d'un prêt.

Le Sporting a sauvé ce qu'il a pu mais frémit à l'idée que ces départs en suscitent d'autres. Car plusieurs de ses jeunes talents sont déjà sur toutes les lèvres à l'étranger. Comme Nabil Jaadi (15 ans) et Youri Tielemans (15 ans). A Neerpede, on n'a d'autre ressource que de mettre sous contrat, le plus tôt possible, ceux qui en valent la peine comme David Henen (16 ans) et Massimo Bruno (18 ans) qui viennent de signer tous deux jusqu'en 2015.

PAR BRUNO GOVERS - PHOTO: REPORTERS

Un coéquipier de Junior chez les U16 a mis la puce à l'oreille en félicitant son pote, sur Twitter, pour son passage à Chelsea.

Douze mois après Adnan Januzaj, parti à 15 ans à Manchester United, l'Ecole des jeunes du RSCA est en passe de perdre un autre joyau du même âge : Junior Musonda, annoncé à Chelsea à l'instar de ses aînés Lamisha (20 ans) et Tika (18 ans). Autant la direction du club a-t-elle manqué d'arguments sportifs et financiers pour contrer le transfert du Belgo-Albanais, autant elle a semblé en position de force dans le cas des trois frères. Et, surtout, de leurs géniteurs. Anderlecht s'était d'abord montré chic avec le papa, Charly, en continuant à le payer rubis sur l'ongle, l'espace de 8 saisons au total (1987-1994 et 1996-1997), alors qu'il était sujet à d'épineux problèmes au genou, synonymes d'ailleurs de fin de carrière, la trentaine en vue à peine. Après avoir obtenu un poste d'entraîneur des jeunes à La Gantoise, en 1997-1998, à l'instigation de Johan Boskamp, en charge là-bas, Prince Charly allait occuper la même fonction au Sporting. Une tâche couplée ensuite avec celle de préposé au matériel de la Première, qu'il accomplissait d'ailleurs toujours ces derniers mois. Avec trois fils à nourrir à la maison et une épouse sans qualification, ne baragouinant de surcroît que quelques mots de français, la direction devait rompre une nouvelle lance en offrant un emploi à madame à l'Institut Saint-Nicolas d'Anderlecht, un établissement scolaire abritant quelques Purple Talents. Avec, en prime, des cours d'initiation à la langue de Molière, pour elle et pour sa s£ur. Vu ces efforts, la direction espérait légitimement que son ex-joueur lui renverrait l'ascenseur à l'heure de débattre de l'avenir de sa progéniture. Et, en particulier, de Junior, à la fois le plus jeune et le plus doué de la bande, et courtisé par les plus grands, tels que le FC Barcelone et les deux Manchester. Tous des clubs désireux de mettre le cadet sous contrat avant ses 16 ans, âge auquel Anderlecht aurait eu la possibilité de le faire à son tour, en vertu de la législation belge qui stipule qu'un contrat pro ne peut être délivré avant cette limite. Il y a un an, un accord avait été trouvé entre le club et la famille. En échange du maintien de son plus jeune fils à Neerpede, papa Charly avait effectivement obtenu quelques sérieuses concessions. Sur le plan pécuniaire, à l'image de l'effort consenti par le club au printemps 2009 pour conserver Romelu Lukaku, convoité lui aussi par les ténors européens, Musonda père réclama une même prime de fidélité de 500.000 euros. Conjointement, il allait obtenir aussi que son propre salaire soit revu à la hausse. Sportivement, il obtint que le plus âgé, Lamisha, soit incorporé dès 2011-2012 au noyau A, avec un contrat de deux ans à la clé. Idem pour Tika, mais en Espoirs. En fin de saison passée, les pontes du Sporting n'étaient pas peu fiers d'annoncer qu'ils étaient arrivés à un terrain d'entente avec le clan. Pourtant, un an plus tard, les arrangements ont bel et bien volé en éclats. Pourquoi ? Au départ de la défunte campagne, tout avait pourtant bien commencé. Incorporé chez les A, Lamisha avait joui d'emblée de temps de jeu lors du galop d'entraînement traditionnel à Knokke, face à l'équipe locale. Utilisé encore, par la suite, lors des matches amicaux, l'aîné allait toutefois jouer les utilités en championnat, sans la moindre minute à son actif. Dur, dur, quand on sait que les autres Africains, eux, ont eu droit à cet honneur. Comme Jordan Lukaku, utilisé à cinq reprises, ou encore Ziguy Badibanga (3) voire Nathan Kabasele (3 aussi). Si Tika allait bénéficier de plus de crédit avec les U21, le paternel ne digéra pas sa non-titularisation lors du tournoi de Viareggio. Il n'était pas le seul dans le cas, puisque Lamisha n'y fit pas figure d'incontournable non plus. Or, bon nombre de clubs ont continué à faire la cour aux Musonda ces derniers mois. Le Barça s'était manifesté en premier lieu, en 2011. En compagnie de Boskamp, Charly et Junior avaient fait le voyage en Catalogne, assistant à un entraînement de la Première et visitant la fameuse Masia qui abrite les jeunes les plus talentueux. Selon le Bos, les Musonda père et fils avaient été impressionnés. Seul bémol : le Barça n'était disposé à accueillir que le seul Junior, sans ses frères. Ce qui avait douché l'enthousiasme du paternel, soucieux de les caser tous. Cette année, rebelote. Avec Manchester City et Vincent Kompany dans le rôle d'entremetteur. Cette fois, la maman et ses trois rejetons sont invités à suivre le match décisif pour le titre entre les Citizens et QPR. Aux côtés de Pierre Kompany, le papa, ils peuvent même monter sur le terrain pour se mêler à la fête. Mais le son de cloche est le même qu'en Espagne : OK pour attirer le plus jeune mais pas les trois. Du coup, Anderlecht reste prioritaire. Jusqu'à ce que Chelsea s'en mêle. Les Blues ont le petit dernier dans le viseur depuis un bon bout de temps. On le sait depuis 2008, à l'occasion d'une rencontre avec Frank Arnesen, ex-joueur du RSCA. À l'époque directeur général chez les Londoniens, il nous avait confié que pour Romelu Lukaku, le club de Stamford Bridge se disait prêt à mettre 1 million d'euros sur table en échange de sa signature avant 16 ans. Arnesen pensait aussi à Dennis Praet, alors toujours à Genk, mais plutôt réfractaire à une aventure aux Iles. Et Chelsea pensait aussi à Junior Musonda, 12 ans à peine à ce moment, mais dont on disait déjà le plus grand bien. Chelsea, soucieux de puiser dans son propre réservoir après avoir dépensé des livres sans compter au début de l'ère Roman Abramovitch, comptait déjà des scouts attitrés dans chacun des championnats européens. Pour la Belgique, il s'agissait de Piet de Visser, ancien entraîneur du RWDM, reconverti en détecteur de talents, d'abord au PSV, où Frank Arnesen était manager au début des années 90, avant de le rejoindre à Chelsea. Si le Danois a quitté Londres à destination du HSV, De Visser a conservé ses attributions à Stamford Bridge. Où il rapporte depuis quelques mois pour un autre personnage passé lui aussi par le RWDM autrefois, Michael Emenalo, en charge du département des jeunes des Blues. Et grand copain, au passage, de Boskamp. Qui a poussé à la charrette, semble-t-il, pour que Chelsea, contrairement aux autres clubs intéressés, accueille les trois Musonda au lieu du seul Junior. Pour la famille, les conditions financières chez les Anglais sont autrement plus alléchantes qu'au Sporting. Pourtant, Anderlecht aura tout fait pour conserver un impact sur les parents et les enfants. En permettant, par exemple, au plus jeune, qui n'avait pas le droit de se mêler à Neerpede aux éléments du noyau A et aux Espoirs, d'obtenir un badge lui permettant de circuler partout. De quoi susciter certaines jalousies. Ces dernières semaines, le Sporting a senti le vent tourner. Avec le renoncement du papa pour ses activités en marge de l'Institut Saint-Nicolas par exemple. Et l'abandon des cours de français de son épouse et de sa belle-s£ur. Comme si le clan voulait installer petit à petit une distance entre le club et lui. Finalement, c'est Mathias Bossaerts, coéquipier de Junior chez les U16 qui aura mis la puce à l'oreille de tout le monde en félicitant son pote, sur Twitter, pour son passage à Chelsea, alors que lui-même avait pris la tangente pour Manchester City. Après Mats, perçu comme le Kompany blanc, c'est un croisement entre Xavi et Andres Iniesta qui était en passe de quitter le club. Consolation : au même titre que Manchester United l'avait fait dans le cadre du passage de Januzaj, en offrant 600.000 euros aux Mauves au lieu d'une indemnité de formation de 225.000, Chelsea ne va pas se montrer ingrat. On parle même d'un dédommagement de 4 à 5 millions d'euros en échange du trio. Sur le plan sportif, la direction des Mauves aspire encore à l'insertion de l'une ou l'autre clause dans le protocole, comme le fait d'être prioritaire au cas où Junior ferait un jour l'objet d'un prêt. Le Sporting a sauvé ce qu'il a pu mais frémit à l'idée que ces départs en suscitent d'autres. Car plusieurs de ses jeunes talents sont déjà sur toutes les lèvres à l'étranger. Comme Nabil Jaadi (15 ans) et Youri Tielemans (15 ans). A Neerpede, on n'a d'autre ressource que de mettre sous contrat, le plus tôt possible, ceux qui en valent la peine comme David Henen (16 ans) et Massimo Bruno (18 ans) qui viennent de signer tous deux jusqu'en 2015. PAR BRUNO GOVERS - PHOTO: REPORTERSUn coéquipier de Junior chez les U16 a mis la puce à l'oreille en félicitant son pote, sur Twitter, pour son passage à Chelsea.