" La visite de la Turquie à Bruxelles n'est évidemment pas passée inaperçue car ce pays est depuis pas mal d'années une véritable puissance du foot dotée de grands joueurs et de moyens financiers importants. Le travail a payé là-bas. En 1965, Anderlecht hérita de Fenerbahçe en Coupe des Champions. Ce fut une belle aventure. A son arrivée sur les rives du Bosphore, la délégation belge a découvert un terrain sans la moindre tige d'herbe : rien que de la terre et du sable. Avant le début de l'entraînement à la veille du match, l'éclairage du stade s'est éteint. ...

" La visite de la Turquie à Bruxelles n'est évidemment pas passée inaperçue car ce pays est depuis pas mal d'années une véritable puissance du foot dotée de grands joueurs et de moyens financiers importants. Le travail a payé là-bas. En 1965, Anderlecht hérita de Fenerbahçe en Coupe des Champions. Ce fut une belle aventure. A son arrivée sur les rives du Bosphore, la délégation belge a découvert un terrain sans la moindre tige d'herbe : rien que de la terre et du sable. Avant le début de l'entraînement à la veille du match, l'éclairage du stade s'est éteint. Une panne ? Tout le monde s'est posé la question : c'était le début de la guerre des nerfs. Notre délégué enflamma des journaux aux quatre coins de la pelouse pour que nous puissions voir quelque chose et échanger des ballons. Ce fut 0-0 là-bas et un beau 5-1 à Bruxelles nous qualifia pour le tour suivant. Plus tard, durant les années 90, j'ai coaché en Turquie (Gençerbirligi ainsi que Gaziantepspor), et je suis encore sous le charme de cette immense et fascinante terre de football. La Turquie avait fait des progrès considérables depuis 1965. J'y ai découvert des stades et des centres d'entraînement de toute beauté. Les entraîneurs étrangers ont certainement permis à ce pays de faire de grands bonds en avant mais, à la base, il y a d'abord le talent des joueurs et la ferveur des différents publics. Avec Gençerbirligi, je me souviens avoir gagné à Galatasaray. Notre bus a été canardé de cailloux de la sortie du stade à l'aéroport. Les habitants de l'immense métropole n'avaient pas apprécié qu'un club de la capitale leur dicte sa loi. Toutes les vitres étaient brisées. J'ai dû me cacher entre les sièges. Un soir, dans le fin fond de la Turquie, je me suis promené en ville avant un match de championnat. Des passants m'ont reconnu et j'ai été invité par des dizaines de supporters de notre adversaire à boire le tchai chez eux. Tous m'appelaient Hodja (professeur). Je n'ai jamais bu autant de thé de ma vie. Je suis encore sous le charme de la gentillesse et de l'hospitalité du peuple. La presse turque accorde une place folle au foot. Un jour, à Gaziantepspor, j'ai accordé 24 heures de congé à mes jours. Moi, le matin, je suis venu au stade pour me farcir seul un petit jogging. Et j'ai signalé au directeur technique que j'en ferais de même en début de soirée. Quand je suis revenu au stade, j'étais attendu par dix télés, trois radios, des journaux et des magazines : ils n'avaient jamais vu un coach qui s'entraînait alors que ses joueurs se reposaient. "né en 1941, heylens fut un excellent back droit (67x diable rouge, équipe d'europe 65, mondial 70 au mexique, 7 titres et 3 coupes de belgique avec anderlecht). coacha une douzaine de clubs (passa 5 ans au losc et fut coach belge 1984 à seraing)propos recueillis par pierre bilic