Fatigué, fatigué ", qu'il chantait Renaud à une époque où les footballeurs avaient droit à un bon break en hiver et une longue interruption en été. C'est fini, en Belgique. Vu qu'on joue encore à Noël, les vacances de fin décembre / début janvier sont rikiki. Et à cause des play-offs, mais aussi pour certains les tours préliminaires de Coupe d'Europe, on leur a même raboté leurs " grandes vacances. " Donc, ça grogne. De plus en plus. Fatigués ! Crevés ! Pas eu assez de temps pour récupérer. La trêve estivale est-elle décidément trop courte ?
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Fatigué, fatigué ", qu'il chantait Renaud à une époque où les footballeurs avaient droit à un bon break en hiver et une longue interruption en été. C'est fini, en Belgique. Vu qu'on joue encore à Noël, les vacances de fin décembre / début janvier sont rikiki. Et à cause des play-offs, mais aussi pour certains les tours préliminaires de Coupe d'Europe, on leur a même raboté leurs " grandes vacances. " Donc, ça grogne. De plus en plus. Fatigués ! Crevés ! Pas eu assez de temps pour récupérer. La trêve estivale est-elle décidément trop courte ? " Le problème, c'est plutôt la trêve hivernale... qui n'existe plus chez nous. Une stupidité. C'est un moment où les footballeurs ont besoin d'une vraie coupure. Vu le calendrier du championnat belge, les joueurs du bout du monde n'ont plus l'occasion de passer les fêtes en famille, ce n'est pas une bonne chose parce qu'ils ne se ressourcent plus. C'est aussi un moment où on a besoin de repos parce qu'il y a moins de lumière, on a moins d'entrain. Il faudrait une vraie trêve comme en Allemagne. Au lieu de cela, on leur donne seulement quatre ou cinq jours puis ils doivent directement enchaîner par un stage court et le championnat reprend très vite. C'est néfaste, surtout au niveau mental. La compétition est stoppée pendant trois semaines avant le début des play-offs, on devrait décaler ces week-ends libres vers décembre / janvier. Notre championnat est mal étagé en ce qui concerne la récupération. Il y a aussi l'aspect physique qui joue. L'idéal serait d'arrêter au moins une dizaine de jours en hiver puis d'enchaîner avec trois semaines de préparation. N'oublions pas qu'un footballeur n'est pas physiologiquement adulte avant 25 ans. Jusqu'à cet âge, il est en construction et il a donc besoin de beaucoup d'entraînements spécifiques. Pendant la saison, ce n'est pas possible. Alors que de nombreux clubs belges ont une moyenne d'âge inférieure à 25 ans. Le fait qu'il y ait peu de temps entre la fin d'un championnat et le début du suivant a aussi ses incidences physiques. Pour que les joueurs aient quatre semaines d'arrêt, la préparation doit être limitée à cinq semaines. Ce serait mieux d'en avoir six, avec la dernière semblable à ce qui se fait pendant la saison : 80 % de foot et 20 % de physique. " " Bah, les vacances sont toujours trop courtes, que tu aies dix jours ou deux mois... Le jour où il faut reprendre, ça fait toujours mal, dans n'importe quel métier ! Mais à Louvain, ça se passe très bien. Les joueurs n'ont pourtant eu que quatre semaines pour souffler, vu notre participation au tour final de D2. Une compétition usante psychologiquement, je la comparerais aux PO1. Malgré cela, j'ai retrouvé à la reprise des joueurs de bonne humeur, contents d'être à nouveau là. Quand je jouais, on avait une première semaine d'entraînement très calme, on entrait tout doucement dedans. Aujourd'hui, ce n'est plus possible parce que le championnat arrive très vite. Trop vite. Une semaine ou dix jours de congé en plus, ça ne ferait pas de tort. Et je ne comprends pas pourquoi on n'y réfléchit pas. On programme quelques matches de championnat en semaine et c'est bon. On continue à réserver des dates pour les matches remis alors qu'avec les terrains actuels, c'est exceptionnel qu'on ne puisse pas jouer. " " Quand j'étais à Charleroi à la fin des années 80, il nous est arrivé de reprendre les entraînements à la mi-juillet. Aujourd'hui, on est loin du compte. La saison se finit de plus en plus tard, la suivante reprend de plus en plus tôt. Il faut faire attention à un tas de choses. Il y a la récupération physique. Et la récupération mentale qui, si elle est trop courte, risque de mener à un burn-out, pas directement à la reprise mais en cours de saison. Et puis, il y a l'aspect traumatismes et microtraumatismes, par exemple des petites inflammations qui nécessitent un arrêt total pendant une certaine période. En arrêtant seulement un mois, le footballeur a juste le temps de les soigner, puis il reprend directement très fort, on l'oblige à accélérer tout de suite parce que le début du championnat est proche. Ce n'est pas bon. C'est le gros inconvénient des compétitions qui durent et qui durent. Les footballeurs ne sont pas des machines, c'est dangereux de les traiter comme on le fait chez nous. Six semaines d'arrêt en été, c'est l'idéal. Le joueur est alors au repos total pendant une dizaine de jours puis il reprend doucement, individuellement. Après ça, une préparation idéale devrait se faire sur huit semaines. Mais c'est impossible, vu le calendrier. " " Charleroi et Malines ont eu la saison la plus longue, avec les barrages de PO2. Et c'est chez nous que la reprise a eu lieu le plus tôt puisqu'il y avait très vite un tour préliminaire d'Europa League. Tout ça fait qu'on n'a eu que trois semaines de vacances. C'est au moins huit jours trop peu pour récupérer mentalement, surtout après une saison où l'interruption hivernale n'a duré que cinq ou six jours. Mais, plus les années passent, plus je vois la trêve estivale diminuer. Pendant pas mal de temps, j'ai été habitué à cinq semaines. C'est fini. Chez nous, cet été, on avait eu à peine le temps de s'oublier... qu'on se retrouvait déjà. Je n'ai pas l'impression qu'il y avait encore de la fatigue dans le groupe quand on a repris, même pas une fatigue mentale. Parce qu'on a un groupe jeune avec des gars qui s'amusent. Mais sur le long terme, le fait d'avoir eu des plages de décompression trop courtes pourrait jouer. " PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS BELGAIMAGE" Les vacances sont toujours trop courtes, que tu aies dix jours ou deux mois... Le jour où il faut reprendre, ça fait toujours mal. " JACKY MATHIJSSEN