"C'est vrai que le stéréotype du footballeur stupide nous revient souvent, mais je pense que cela est amené à disparaître : tout le monde commence à ouvrir les yeux, à comprendre le monde du foot et bon, on ne peut pas non plus rentrer 15 fois dans le mur hein ! " Catégorique mais réaliste, l'ancien Standardman RéginalGoreux est bien conscient qu'il n'est pas rare d'entendre des avis bien tranchés sur les footballeurs et leur prétendu manque de jugeote.
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"C'est vrai que le stéréotype du footballeur stupide nous revient souvent, mais je pense que cela est amené à disparaître : tout le monde commence à ouvrir les yeux, à comprendre le monde du foot et bon, on ne peut pas non plus rentrer 15 fois dans le mur hein ! " Catégorique mais réaliste, l'ancien Standardman RéginalGoreux est bien conscient qu'il n'est pas rare d'entendre des avis bien tranchés sur les footballeurs et leur prétendu manque de jugeote. " Personnellement, je n'en avais rien à foutre, tout le monde a sa liberté de pensée ", poursuit l'ancien international espoir. Et quand on pose la question au Gantois LaurentDepoitre, il met également les pendules à l'heure. " Cons... non, je ne dirais pas cons, c'est vraiment le cliché. Peut-être qu'on a moins de chance d'avoir un débat politique ou économique avec des footballeurs, c'est sûr. Mais il y a un grand pas quand on dit qu'ils sont cons... La vie de footballeur professionnel est exigeante, contrairement à ce que beaucoup peuvent penser, et même si on n'a qu'un entraînement par jour, le repos est très important. Être étudiant à côté n'est donc pas facile. " Pourtant, de plus en plus fréquemment, beaucoup de joueurs diversifient leur quotidien et prouvent qu'ils ne sont pas plus bêtes que la moyenne. Comptabilité, droit, art, mathématique, sciences... gamins, certains futurs footballeurs n'ont pas que le foot en tête et le statut de professionnel n'est pas toujours un objectif en soi. " J'ai eu une période tout jeune où mon rêve était de jouer au football, mais à l'adolescence, c'est simplement devenu d'avoir un beau métier et de l'argent, réussir dans la vie sans idée précise ", confie ainsi ThomasMeunier. Pour Laurent Depoitre, la question de faire du football un métier ne se posait même pas. " J'étais assez bon en science et en math et comme je voulais faire mes études dans ce domaine, j'ai finalement décidé de passer l'examen de l'école polytechnique. À cette époque, je jouais à Péruwelz en D3, donc je ne pensais pas devenir pro. " Pour XavierChen, alors jeune à Anderlecht, la proposition de contrat du Sporting va un peu changer ses plans qui projetaient au départ l'abandon du foot. " J'avais un deal avec mes parents : je terminais mes études secondaires et puis j'essayais le foot pro pendant deux ans. Finalement, j'ai quand même décidé de me lancer à l'université et de séparer ma première année en deux. Je ne prenais donc pas énormément de risques. " Commence alors une période toute particulière où foot, études et même sorties se succèdent sans discontinuer. " Je me demande maintenant comment je faisais pour concilier les trois parce que c'était tous les jours pareil ", se rappelle Depoitre, qui a fait un master en ingénieur civil. Mais la vie d'étudiant me manque quand même un peu, c'était cinq super années à l'université. " En débutant à Anderlecht, Chen s'entraîne le matin, ce qui lui offre des réveils sacrément difficiles. " Sans exagérer, j'aimais bien sortir : il fallait que je me défoule. Mais le fait de ne pas avoir voulu vivre comme un moine ou un footballeur professionnel m'a peut-être desservi pour la suite, j'en ai conscience aussi... " Après avoir quitté le centre de formation du Standard, Thomas Meunier a quant à lui décidé de s'inscrire dans une option artistique, ce qui lui attire d'ailleurs quelques railleries de ses camarades. " Aux examens, quand les gens me demandaient si ça avait été en Art et que je disais " Oui, assez tranquillement ", les réponses fusaient : " Mais bien sûr, vous ne foutez rien c'est normal ! " Les gens se disent qu'on écoute de la musique classique et qu'on dessine pendant cinq heures d'affilée... " Vers la fin de ses études secondaires en comptabilité, Réginal Goreux se rend bien compte qu'il est fort proche de passer professionnel au Standard, mais il décide néanmoins de poursuivre ses études jusqu'au bout. " Je me suis dit que j'aurais ainsi quelque chose en main au cas où ça n'allait pas au foot. Et puis heureusement, à ce moment-là, le Standard a changé sa politique vis-à-vis des jeunes et j'ai explosé. " Si chacun a pris ses prédispositions, les choses vont vite s'enchaîner : Goreux devient titulaire au Standard, Meunier joue à 19 ans à Virton et travaille de jour dans une usine, Xavier Chen découvre la D1 avec Malines pendant ses études et Depoitre devient professionnel à Ostende... " Les entraînements se faisaient en journée, se souvient le Gantois. Mais comme c'était ma dernière année d'études, je n'avais plus beaucoup de cours, et de toute façon je les loupais. Je n'ai pas pu faire de stage à cause de ça donc j'ai dû prendre des cours pour compenser. " Pour ces joueurs, c'est extrêmement important d'avoir autre chose que le football dans leur vie. " Je n'avais pas les mêmes priorités que la plupart des autres joueurs qui mangeaient et vivaient football, j'étais vite blasé, ce n'était pas une obsession pour moi... ", clame ainsi Meunier. Avec le recul, ces joueurs confessent bien sûr avoir trimé, mais ils ne regrettent absolument pas leur choix. " C'était exclu que je ne fasse pas d'études universitaires ", affirme Chen. " J'étais vraiment conditionné par mes parents, mais pas d'une manière négative hein, parce que j'étais d'accord avec eux. " Après avoir laissé de côté ses diplômes pendant ses premières années au Standard, Goreux a commencé de son côté à réfléchir à sa vie d'après football et il s'est donc intéressé à l'immobilier. " Depuis deux ans, je suis attentif à toutes les possibilités qui pourraient être bénéfiques pour moi. Je ne parle pas beaucoup mais j'observe. Je prends exemple sur des gars comme BenjaminNicaise qui a bien compris comment échapper à un après carrière difficile en ouvrant son soccer club à Sclessin. " Au terme de sa dernière année d'études, surchargé par les responsabilités sportives, Depoitre n'a pas rendu son mémoire, il n'est donc pas encore officiellement ingénieur civil. " Pour le moment c'est encore en stand-by mais j'ai repris contact avec l'université pour retrouver un sujet et un mémorant en espérant le rendre l'année prochaine. Je n'ai pas envie d'avoir fait cinq années d'étude pour rien. " Thomas Meunier n'a pas non plus laissé tomber ses autres intérêts en devenant footballeur professionnel : il peint régulièrement et a en outre dessiné les motifs de protections solaires et des hauts vents pour des toits de vérandas d'une entreprise professionnelle. " Quand j'ai un peu le temps, je vais aussi au Musée d'Art Moderne à Gand. Il y a également souvent des expos temporaires à Bruges. On a rarement entraînement l'après-midi, ça me permet de m'occuper différemment qu'en faisant du foot. " Les liens entre le football et le monde dit intellectuel sont extrêmement compliqués. Les premiers considérant souvent les autres comme des péteux alors qu'ils sont eux-mêmes vus comme des idiots 'qui ne savent que taper dans une balle' par les seconds. " D'un côté le foot, pas spécialement intellectuel, où tout vient vite : l'argent, les enfants... De l'autre côté, un monde où les gens sont habitués à avoir une autre vision des choses. Avec moins d'argent... puis aucun de mes potes n'a encore d'enfant ", rigole Chen. " Durant mes études, mes amis trouvaient que c'était bien de combiner les deux activités ", renchérit pour sa part Depoitre. " Mais au foot, quand je ne comprends pas une consigne de l'entraîneur, c'est vite des réflexions du genre " Hool'ingénieurquinecomprendpas. " C'est des petites piques comme ça, mais je me suis toujours senti dans mon monde, que ce soit au foot ou aux études. " De même, les joueurs qui passent d'un monde à l'autre sont très souvent confrontés aux remarques des intellectuels, comme Xavier Chen à qui certaines personnes demandaient comment il faisait pour vivre dans le monde du foot. " Mais pour moi ce monde est plus intéressant que ce qu'on croit ", assure-t-il. " Les gens du foot sont beaucoup plus spontanés : j'ai rigolé comme je n'ai jamais pu le faire avec des gars dans le vestiaire. C'est fou le nombre de conneries qu'on peut lâcher, c'est très premier degré mais il n'y a rien à faire, c'est une bonne ambiance. " Des mondes très différents, donc, mais auxquels l'artiste Thomas Meunier parvient néanmoins à trouver une similitude. " Quand on voit les prix auxquels certains tableaux sont vendus actuellement chez Sotheby's à Londres, ça prend des proportions immenses. C'est un peu lié au foot quand on voit qu'on peut claquer des millions pour un tableau et encore plus pour des transferts... " Un point commun avec le foot suffisant pour partager sa passion avec les coéquipiers ? " Je ne pense pas qu'il y ait énormément de joueurs qui soient au courant de mes goûts parce que je n'en parle pas spécialement dans le vestiaire ", assène Meunier. " Maintenant, il y a quand même TomDeSutter, un gars très ouvert sur tous les domaines, et TimmySimons, avec qui je peux parler d'art. Mais je ne sais pas s'ils iraient jusqu'à m'accompagner à une expo... " En général, les coéquipiers de ces joueurs " un peu spéciaux " ne s'attaquent pas à leurs goûts, ils semblent d'ailleurs plutôt gênés avec cela. " J'ai déjà eu des réflexions méfiantes, mais jamais méchantes, ça c'est dans l'autre sens ", explique Chen. " En fait, ils ne sont pas très à l'aise : je me souviens d'avoir utilisé un mot pas spécialement rare, j'avais reçu un " Toiettesmotsuniversitaires ! ", mais sur le ton de la rigolade. Par contre, il n'y a pas de remarque du genre : " Je m'en fous, je gagne beaucoup plus que lui qui a fait des études. " "Quant à savoir si le fait d'avoir pu sortir du monde du foot durant leur jeunesse a changé la manière avec laquelle les joueurs voient leur sport, la réponse est divisée. " Ça n'a pas eu une influence sur ma façon de jouer ", clarifie Depoitre. " Maintenant, après avoir fait des études, on se rend plus compte de la chance qu'on a d'être footballeur professionnel. J'ai des amis qui travaillent de 7 à 18 h et qui sont beaucoup moins bien payés alors que leurs études étaient vraiment difficiles. Ça me permet de tout mettre en oeuvre pour essayer de rester dans le foot. " Ce n'est pas non plus pour améliorer son jeu que Thomas Meunier a pu prendre des éléments artistiques, mais bien pour son ouverture d'esprit. " J'ai toujours eu des facilités à m'adapter à différentes situations, c'est peut-être quelque chose que j'ai appris à faire évoluer grâce à l'Art... " Pas question de comparer les deux activités, cependant, même s'il concède que des joueurs comme Messi ou Neymar pourraient être appelés artistes... " Pour moi, le foot reste du domaine sportif et l'art est tout à fait différent. " PAR ÉMILIEN HOFMAN - PHOTOS: BELGAIMAGE" L'idée du footballeur idiot ne sera bientôt plus d'actualité. " Réginal Goreux " Je n'avais pas les mêmes priorités que la plupart des autres joueurs qui mangeaient et vivaient foot. " Thomas Meunier