"Je dois tout à Luis De Matos (l'ancien jouer du Standard actuellement coach de Setubal) ", affirme Siramana Dembele qui fêtera ses 29 ans le 27 juin prochain. Il est chargé de remplacer Matthieu Assou-Ekotto qui a pris la direction de Willem II durant les fêtes de fin d'année. Le nouveau venu est un vrai numéro 6, comme on dit en France. Que ce soit seul, ou en association avec un autre essuie-glace, il brille quand la météo est mauvaise devant la défense de son équipe.
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"Je dois tout à Luis De Matos (l'ancien jouer du Standard actuellement coach de Setubal) ", affirme Siramana Dembele qui fêtera ses 29 ans le 27 juin prochain. Il est chargé de remplacer Matthieu Assou-Ekotto qui a pris la direction de Willem II durant les fêtes de fin d'année. Le nouveau venu est un vrai numéro 6, comme on dit en France. Que ce soit seul, ou en association avec un autre essuie-glace, il brille quand la météo est mauvaise devant la défense de son équipe. " Setubal a eu durant près de la moitié de la saison la meilleure défense d'Europe ", raconte Alex Albuquerque, journaliste à la télévision portugaise ( RTP) et qui connaît cette équipe sur le bout du micro. " Cette quasi invincibilité a intéressé pas mal de médias européens. Vitoria Setubal n'encaissa que trois buts lors d'une série de 15 rencontres. Dembele assuma un rôle important durant cette période. Ce joueur était le régulateur de son équipe. Il récupérait un nombre incroyable de ballons avant d'en faire un bon usage. Dembele a été une des grandes révélations de la première partie de la saison au Portugal et le meilleur joueur de son équipe. C'est un magnifique médian défensif et un joueur très complet. Techniquement, il est très à l'aise, ce qui lui permet de jouer à la courroie de transmission sans jamais avoir le couteau sur la gorge. Au Portugal, le football s'est certes tonifié et il faut avoir du répondant physique mais sans technique, c'est difficile. Sa réussite est d'autant plus étonnante que personne ne le connaissait. Dembele est arrivé en droite ligne de Nîmes qui vit dans l'anonymat du football français. Luis De Matos a l'habitude d'observer les clubs de L2 et de National en France. Il y a repéré Dembele qui s'est tout de suite adapté au football portugais, comme s'il avait toujours joué ici. Les clubs portugais travaillent bien mais, à part les grands, ils n'ont pas beaucoup de moyens financiers. Les droits de télévision et les entrées ne suffisent pas toujours afin de boucler les budgets. Les municipalités ne sont pas riches et ont d'autres priorités que le football. Alors, quand il le faut, leurs recherches de renforts les mènent vers le Brésil ou en France désormais où il y a du talent abordable dans les divisions inférieures. L'entraîneur et le joueur relevaient le même défi : découvrir la Super Liga. Malgré son passé de joueur, Luis De Matos n'avait jamais coaché en D1. Setubal était une expérience intéressante pour ces deux hommes. Setubal a occupé la troisième place du classement en championnat alors que l'orage financier grondait au-dessus des têtes. Les joueurs ont essayé de dépasser ce contexte. Ils ont notamment réussi deux très bons matches de Coupe de l'UEFA contre la Sampdoria. Malgré l'élimination, Dembele fut un des meilleurs sur le terrain contre les Italiens. Mais comme les footballeurs ne furent pas payés durant des mois, tout a fini par capoter. Setubal a dû vendre des joueurs, accepter des ruptures de contrat, etc. Dembele a dû chercher d'autres solutions. De Matos a quitté son poste. Sans cela, je suis persuadé que Setubal aurait mené la vie dure aux favoris de la Super Liga ". L'ancien coach de Setubal est une figure bien connue à Sclessin. Il y joua de 1978 à 1981, prit part à 67 matches de championnat, marqua 17 buts, se retrouva à 12 reprises au coeur de batailles européennes (un but). On se souviendra de l'élégance de ce joueur qui aura certainement souligné les qualités de Dembele auprès de Luciano D'Onofrio, un fin connaisseur du football et ancien boss sportif du FC Porto. " Les ennuis de trésorerie de Setubal m'ont beaucoup tracassé ", affirme Dembele. " J'étais désolé pour ce club qui m'avait tendu la perche. Je me suis véritablement révélé grâce à Vitoria. J'y ai pris conscience de mes possibilités au coeur d'un très chouette groupe. Mais je ne pouvais pas continuer à tirer le diable par la queue. J'ai une famille et je dois gagner ma vie. J'ai été le premier à rompre mon contrat le 15 décembre et d'autres ont suivi. L'offre du Standard est tombée au bon moment. Elle me permet de franchir un pas supplémentaire. A Setubal, les ambitions sont forcément plus limitées. Avec le Standard, je vais pouvoir lutter pour l'obtention d'un titre national et décrocher une qualification directe pour la Ligue des Champions. Si nous y arrivons, ce sera géant ". Le parcours qui l'a mené au Standard est atypique. Ses parents sont arrivés de Côte d'Ivoire en 1967, se sont fixés à Paris et sont devenus de agents d'entretien afin de satisfaire aux besoins de la famille. Sirama a vu le jour dans la capitale française. Et, comme tous les gosses de son quartier, il a usé ses premiers crampons sur les pelouses du club de Villiers-le-bel dans la banlieue parisienne. Là, il y a aussi une Maison Jacques Brel, un espace réservé à l'écrivain Boris Vian et à Salvador Allende, l'ancien président chilien qui trouva la mort en 1973 lors du coup d'Etat fomenté par le général AugustoPinochet. La culture n'y est pas loin du sport, comme pour prouver que ce sont deux branches de la vie. Et le Stade de France n'est pas loin. " Je suis resté à Villiers-le-bel jusqu'à mes 17 ans ", égrène Dembele. " Le PSG m'a alors demandé de passer un test. J'y ai passé deux mois et il ne me restait plus qu'à signer un contrat. Je me suis alors heurté au refus catégorique des me parents. Pour eux, il n'était pas question que j'hypothèque la suite de mes études pour une aventure sportive incertaine. Même si c'était douloureux, je les comprenais. Ils n'étaient pas venus d'Afrique pour cela. Mes parents voulaient que leurs enfants réalisent d'abord un bon parcours scolaire. C'était la seule façon de bien s'intégrer dans la société, de décrocher un emploi intéressant et le reste pouvait attendre. Je suis revenu à Villiers-le-bel, j'ai fait un crochet à Saint-Denis (série régionale), avant de me retrouver au FC Les Lilas en CFA 2. J'y suis resté quatre ans. Je n'ai jamais rejoint un vrai centre de formation et ai terminé mes études en jouant au FC Les Lilas. J'étais amateur. Je ne savais pas que je débuterais en Coupe de l'UEFA quatre ans plus tard... et contre la Sampdoria de plus ". " Après mon bac, je me suis lancé dans des études supérieures en communication. J'avais le choix entre deux options : journalisme ou publicité. J'ai choisi la pub. Parler, discuter, convaincre, partager, j'aime bien. La com', c'est la vie. Après l'obtention de mon diplôme, j'ai rapidement trouvé de l'embauche dans une boîte de publicité. J'ai animé des projets et des campagnes pour de gros clients : Canal +, Yahoo, Cetelem, Crédit Lyonnais, etc. Cela me plaisait et ma réussite professionnelle s'ajoutait à mes progrès sportifs : bien dans sa tête, bien dans son corps. En 2002, les entraîneurs m'ont élu meilleur joueur de CFA : une distinction importante. Le principe est simple : après chaque match de championnat, les coaches cotent les joueurs de l'équipe adverse. Cela m'a permis d'être recruté par Alès, un club de National, la troisième division française. Là, j'ai dû faire un choix entre le football et mon job. Mon patron a été très chouette et m'a dit : - Tu fonces. Si dans deux ans cela ne va pas, tu reviens et tu reprends ton boulot. Quand on rencontre une telle compréhension, il n'y a pas à hésiter. Ce fut un choix important et décisif. Même si ce n'était qu'en National, j'étais désormais professionnel. Alès n'est pas monté en L2 mais j'ai été crédité d'une bonne saison avec 24 titularisations et 10 montées au jeu. L'entraîneur René Marsiglia a ensuite insisté afin que je l'accompagne à Cannes. Ce fut un championnat intéressant mais Cannes a perdu le fil de ses idées à quatre ou cinq matches de la fin. La pression était trop forte ". En 2004-2005, Dembele signe à Nîmes qui réalise une campagne de derrière les fagots. " J'avais été suivi par le Racing Strasbourg et Auxerre mais Nîmes fut plus rapide sur la balle ", souligne-t-il. " Je garde un souvenir ému de mon passage près des arènes. Il y a surtout eu une fabuleuse campagne en Coupe de France. Nîmes a réalisé des tas d'exploits, renversés des résultats semblant acquis, parfois émergés en dernière seconde contre des clubs de l'élite. Chez nous, le stade a souvent explosé. Il y avait un monde fou. J'avais l'impression de vivre un rêve éveillé. En demi-finales de la Coupe de France, nous avons hérité d'Auxerre. Pour nous, ce n'était que du bonheur. Hélas, ce soir-là, l'arbitre a choisi son camp : l'aventure s'est terminée mais elle fait partie de la légende du club et je suis fier d'y avait pris part. Cela nous a quand même coûté pas mal d'énergie : en fin de saison, les jambes furent lourdes en championnat. " La Coupe de France figure au centre du débat pour le moment. Les grands clubs préfèrent la Coupe de la Ligue plus richement dotée. La Coupe de France, ouverte à tous, ne les intéresse qu'à partir des quarts de finale. Pourtant, un jour, un club de National finira bien par gagner la finale de la Coupe de France. Cette possibilité souligne à quel point le football français est riche en profondeur. " En 2004-2005, j'ai pris part à 45 rencontres, 36 en championnat et 9 en Coupe de France ", affirme Dembele. " C'était beaucoup mais j'avais franchi un cap, j'étais désormais capable de supporter de grosse charges de travail et de gérer le stress. J'ai alors eu des offres du Qatar, de L2 et du Portugal. Je n'ai pas hésité longtemps : Setubal a eu ma préférence. J'étais certain que ce football me conviendrait. De plus, ma compagne, Nicia, a ses racines en Guinée-Bissau. C'est une ancienne colonie portugaise et une partie de sa famille réside à Lisbonne. L'occasion était belle de des rapprocher d'eux en compagnie de notre fille, Shaïna. J'avais 28 ans et je découvrais enfin la D1. Je ne crois pas que ce soit trop tard. A cet âge-là, certains sont peut-être déjà blasés car ils croient avoir tout vu. Arriver trop tôt, ce n'est pas toujours bon non plus. Or, un athlète atteint sa pleine maturité physique à 28 ou 29 ans. Si de plus la tête suit, c'est parfait. J'ai préservé toute ma fraîcheur. Le chemin a été long. Alors, ce que j'ai, je veux le garder. Je découvre, j'avance, je prends du plaisir. A Setubal, De Matos était proche du groupe. C'était un coach très humain qui comprenait parfaitement les problèmes. Ce ne fut pas évident car il y eut des préavis de résiliation des contrats. Nous avons été payés partiellement et il y avait sans cesse des retards et des soldes que nous devions réclamer. Le groupe a même brandi une menace de grève avant un match contre Benfica. Là, c'était le scandale garanti. Il n' y a pas eu d'arrêt de travail mais, à la longue, mon départ fut inéluctable. Luis De Matos était juste, simple, très proche des joueurs. C'est désormais le passé. Je ne veux retenir que le côté positif de ces six mois passés dans ce merveilleux pays. Je ne serais pas devenu le même sans ce passage au Portugal. Je me suis situé en D1 mais aussi sur la scène européenne. Maintenant, j'ai envie de plus et je sais que je peux y arriver via le Standard. Il était intéressant de découvrir ce groupe lors du stage de préparation au Portugal. Tous les joueurs sont animés par un immense désir d'aller jusqu'au bout de leur aventure. Je connais la D1 belge car tout ce qui touche au football m'intéresse. J'ai signé un contrat d'un an et demi avec une option pour une saison de plus. Je sais que beaucoup d'Africains se sont révélés en Belgique. L'aventure de Beveren a suscité mon intérêt car j'ai la double nationalité franco-ivoirienne. Je retourne parfois en Côte d'Ivoire. Le pays a hélas des soucis politiques et militaires alors qu'il fut un des plus prospères d'Afrique. J'espère que cela va s'arranger. Je n'ai jamais été convoqué en équipe nationale. J'ai toujours pris mon temps. Si la Côte d'Ivoire pense à moi, je ne dirai pas non ". PIERRE BILIC