Depuis l'été 2011, JuppHeynckes entraîne à nouveau le Bayern. Il est revenu pour la troisième fois, après une période de quatre ans entre 1987 et 1991, et un court intérim en 2009. Le président UliHoeness ne voulait plus d'un entraîneur qui souhaite tout régenter comme LouisvanGaal et encore moins d'un réformateur radical comme JürgenKlinsmann. Non, Hoeness voulait un ami.
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Depuis l'été 2011, JuppHeynckes entraîne à nouveau le Bayern. Il est revenu pour la troisième fois, après une période de quatre ans entre 1987 et 1991, et un court intérim en 2009. Le président UliHoeness ne voulait plus d'un entraîneur qui souhaite tout régenter comme LouisvanGaal et encore moins d'un réformateur radical comme JürgenKlinsmann. Non, Hoeness voulait un ami. Ancien footballeur emblématique du Bayern, Hoeness est devenu le manager du club en 1979, poste qu'il a quitté en novembre 2009 pour celui de président du colosse omnisports FC Bayern. A partir de là, il s'est moins immiscé dans la gestion quotidienne du club de football mais a pris une décision d'importance : la nomination de Heynckes comme entraîneur. " Une décision prise par une commission à une personne ", a écrit le SüddeutscheZeitung. Vice-président du club de football depuis 2001 et CEO depuis deux ans, Karl- HeinzRummenigge n'avait pas trouvé l'idée saugrenue : " Heynckes connaît le club sous toutes ses coutures. Il ne lui faudra qu'un minimum de temps pour comprendre comment nous fonctionnons. " Heynckes, 66 ans, est le doyen des entraîneurs de la Bundesliga. Il est venu au monde le 9 mai 1945, un jour après la fin officielle de la Deuxième Guerre mondiale. C'est à Mönchengladbach qu'il a poussé son premier cri. C'est aussi au Borussia local qu'il a réalisé l'essentiel de sa carrière de joueur de 1963 à 1978. C'était un bon attaquant (243 buts en Bundesliga), néanmoins éclipsé par GerdMüller, derBomberderNation auteur de 68 buts en 68 matches pour l'équipe nationale. Si le joueur Heynckes était étiqueté Mönchengladbach, l'entraîneur se sent comme un poisson dans l'eau au Bayern. La raison : son amitié avec Hoeness et Rummenigge, qui date de la Mannschaft. Les trois hommes furent champions d'Europe 1972 et champions du monde 1974 ensemble. " Nous avons appris à nous connaître ", explique-t-il. " Je sais comment ils fonctionnent et eux savent qui je suis. Une confiance mutuelle s'est installée. " Hoeness est devenu un véritable ami. Et le président, il vaut mieux l'avoir avec soi que contre soi, comme Van Gaal en a fait l'expérience. En 1987, Hoeness avait déjà confié une première fois le poste d'entraîneur à Heynckes qui l'avait remercié en remportant deux titres (1989, 1990). Mais en 1991, Hoeness a dû limoger son ami sous la pression du public et aujourd'hui encore, il s'en mord les doigts : " C'est la plus grande erreur de ma carrière ", admet-il. " Avec Heynckes, on aurait pu aller plus loin. "Après son départ de Munich, Heynckes a enchaîné sans grand succès les expériences à l'étranger principalement en Espagne avec un coup d'éclat, tout de même : la victoire en Ligue des Champions 1998 avec le Real Madrid (1-0 contre la Juventus) alors que les Merengues attendaient ce trophée depuis 32 ans. Ce palmarès mitigé n'a pas terni son aura du côté de Munich. Les expériences tentées avec d'autres entraîneurs n'avaient pas fonctionné. Après la Coupe du Monde 2006, les dirigeants bavarois avaient tenté un pari osé en recrutant un Klinsmann qui n'avait jamais entraîné un club. Les têtes pensantes de la Säbener Strasse avaient été séduites par le football chatoyant de la Mannschaft, basé sur l'offensive. Mais, sous la direction de Klinsmann, le Bayern n'est jamais parvenu à occuper la première place au classement et fut sorti des coupes - nationale et européenne - en quarts de finale. Klinsi est mort avec ses idées, en oubliant qu'en Bavière, un bon entraîneur est d'abord un entraîneur qui ramène des trophées. A cinq matches de la fin, il fut fait appel à Heynckes afin d'assurer l'essentiel : la deuxième place qualificative pour la CL. Après cette tentative ratée de modernisation, les dirigeants bavarois en sont revenus à du classique. Pour la première fois depuis 1998 et le second départ de GiovanniTrapattoni, ils se sont tournés vers l'étranger pour chercher le candidat qu'ils espéraient idéal : Van Gaal. Le Néerlandais a misé sur les jeunes. PhilipLahm et BastianSchweinsteiger ne furent plus les seuls joueurs locaux à jouer. HolgerBadstuber et ThomasMüller ont commencé à apparaître régulièrement en Bundesliga. Là encore, cela n'a pas fonctionné totalement. Et le Bayern s'est à nouveau tourné vers Heynckes. Comme le Néerlandais, il accorde beaucoup d'importance à la discipline et à la rigueur tactique. Il a aussi joué la carte des jeunes : Mario Gomez, Toni Kroos et David Alaba se sont particulièrement épanouis sous sa direction. Mais à la différence de Van Gaal, à l'ego surdimensionné, il n'est pas homme à se croire plus important que le club. Heynckes appréhende les événements avec décontraction. Cela n'a pas toujours été le cas. A ses débuts, il était très sévère. " C'est l'expérience qui a conféré de la décontraction à Heynckes ", estime Lahm, le capitaine du Bayern, qui ajoute que l'équilibre entre attaque et défense s'est amélioré sous sa direction et que c'est la raison pour laquelle le Bayern encaisse moins de buts que précédemment. Cette décontraction n'est pas dénuée d'ombres. Un journaliste parle de la " mollesse de l'âge ". Hoeness rétorque : " Heynckes est simplement devenu plus sage, plus calme, plus pondéré. "Heynckes s'offusque lorsqu'on parle de décontraction. " Vous devriez m'avoir connu comme joueur. J'étais incroyablement ambitieux, très professionnel. J'ai emmené ces qualités dans mon second métier. Souvent, j'ai été impatient, ce qui n'est pas bon. " Heynckes reconnaît que le métier exige de prendre des décisions impopulaires mais qu'il le fait désormais plus calmement et avec plus de réflexion. " A cause de l'emprise sans cesse croissante des médias, il faut protéger les joueurs de l'extérieur. Avant, j'étais dur. Je ne le serais plus maintenant. "Si Heynckes est revenu à Munich, n'est-ce pas aussi pour couronner sa carrière d'un ultime titre ? Le doyen sait faire son autocritique. Malgré ses 33 années d'expérience comme entraîneur, il sait qu'il n'inventera rien mais qu'il peut toujours améliorer des choses. " Heynckes continue à apprendre toujours les jours ", témoigne l'ex-joueur devenu commentateur GüntherNetzer. " J'ai su, dès le départ, qu'il avait toutes les qualités requises pour devenir un grand entraîneur. Et cela s'est confirmé. " EwaldLienen connaît très bien Heynckes, lui aussi. Il a joué à Mönchengladbach avec lui, puis sous sa direction, et il fut ensuite son assistant à Ténériffe. Heynckes lui a toujours laissé beaucoup de liberté. " Ce qui le caractérise, c'est cette humanité, cette approche des gens ", estime Lienen. Hoeness confirme : " Son approche humaine est hautement appréciée. Et l'appliquer dans un monde parfois sans foi ni loi comme celui du football, c'est du grand art. " Cette humanité n'a pas toujours été rentable. En 2006-2007, quand Heynckes n'a pas rendu sa beauté d'antan au jeu de Mönchengladbach, il a reçu des menaces de mort et a démissionné. En 2000, il n'a pas réussi à hisser Benfica en tête du classement et les journalistes portugais ont fait le siège de son domicile en Allemagne, car il n'était pas réapparu à l'entraînement après les fêtes de Noël. Motif : une fièvre. La presse voulait vérifier s'il était vraiment alité. En 1998, son passage au Real s'est achevé après une seule saison, malgré la victoire en Ligue des Champions. Il a tenté de jouer le jeu, a accepté la folie des grandeurs du président LorenzoSanz qui préférait engager des attaquants que des défenseurs, et exigeait que son fils, un défenseur, joue plus. Il est arrivé à Heynckes de participer à des émissions radio en pleine nuit, parce que le club le lui demandait. Au bout du compte, l'échec dans la course au titre a pesé plus lourd que le triomphe en C1. Quand il a pris congé des journalistes espagnols, le coach a déclaré : " Le Real est grand mais le Bayern l'est davantage. " Le Bayern est en tout cas son grand amour. C'est avec lui qu'il a gagné son premier titre de coach en 1989. Dans l'annuaire du football allemand, on a écrit cette année-là : " Un perdant est devenu un vainqueur. Auparavant, il produisait du beau football mais peu efficace. " Après ce premier sacre, Heynckes a déclaré qu'il n'emmènerait pas le trophée à la maison car il en gagnerait encore beaucoup d'autres. Il s'est trompé. Depuis, il a remporté la Ligue des Champions mais plus de titre national. La carrière d'entraîneur Heynckes laissera donc, quelque part, un goût de trop peu puisqu'il n'a pas réussi à remporter des titres à la pelle. Sa carrière a été jalonnée de renvois et de démissions. A l'heure qu'il est, on ne sait toujours pas s'il est un perdant ou un gagnant. " Mais il a réalisé le rêve de tout un club : disputer la finale de la Ligue des Champions à domicile. Rien que pour cela, Heynckes pourrait bien aller au-delà de son contrat qui prend fin en juin 2013 ", conclut Rummenigge. PAR DANIEL DEVOS