La Belgique : 11 millions d'habitants. Même pas un village à l'échelle de la planète. Et pourtant, on y parle trois langues officielles, on y cultive le poireau et le witloof autant que les problèmes communautaires. Il y a une fédération de football où la guerre de clocher a souvent régné, et donc les hameaux ont du mal à cohabiter. Il y a un entraîneur fédéral qui vient d'un de ces hameaux. Il y a travaillé la terre avant de piétiner l'herbe. Bien verte, il y a tracé des sillons, planté des buts et des triomphes. Maintenant qu'il reste au bord du champ, il est labouré. Depuis qu'il est passé du short-salopette au costard-chemise, Marc Wilmots est la cible. Ça fait partie de son job. Son job qui consiste à faire des résultats pour participer aux plus grandes comp...

La Belgique : 11 millions d'habitants. Même pas un village à l'échelle de la planète. Et pourtant, on y parle trois langues officielles, on y cultive le poireau et le witloof autant que les problèmes communautaires. Il y a une fédération de football où la guerre de clocher a souvent régné, et donc les hameaux ont du mal à cohabiter. Il y a un entraîneur fédéral qui vient d'un de ces hameaux. Il y a travaillé la terre avant de piétiner l'herbe. Bien verte, il y a tracé des sillons, planté des buts et des triomphes. Maintenant qu'il reste au bord du champ, il est labouré. Depuis qu'il est passé du short-salopette au costard-chemise, Marc Wilmots est la cible. Ça fait partie de son job. Son job qui consiste à faire des résultats pour participer aux plus grandes compets du monde. C'est fait, non ? Et maintenant, avec ses petits villageois, il trône sur le toit du monde. Un sommet atteint en sifflotant. Grâce à des gamins exceptionnels. Des gamins qui ont compris, sommets après sommets, qu'il fallait chaque fois redescendre pour atteindre le suivant. Ces qualifs pour l'EURO, on a vraiment l'impression qu'ils les ont abordées comme un numéro un mondial. Comme un cador qui a certes parfois dormi mais ne s'est jamais assoupi au point d'oublier l'essentiel. Ce sont les points qui permettent d'exister. Cette équipe à un QI au-dessus de la moyenne. Car pour manier le frein à main comme elle l'a fait, faut beaucoup d'intelligence. Sans oublier une dose d'insouciance et une tonne de talent. Ce n'était pas forcément beau mais tellement fascinant. Tellement plein de vie et de drame. Tellement qu'on en a fait un drame permanent. Dans les trois langues du pays, le " oui mais " n'a jamais été aussi utilisé. Parfois à juste titre. Parfois à plus d'un mauvais titre. De presse. C'est fou comme le scepticisme est contagieux. Une sorte d'épidémie qui soigne les rancoeurs et le " mal vivre ". Et si le diagnostic posé n'était pas le bon ? En foot, la première preuve d'un vrai travail, c'est l'organisation défensive. Avec les " génies " créateurs que l'on possède, la vie avec ballon doit ressembler à un long fleuve tranquille. Il le fut, par moments. Pas assez souvent. Nous sommes tous d'accord. Goût de trop peu. Mais à la fin, le goût de la victoire est le plus savoureux. La Belgique défend très bien, c'est une certitude. Nos joueurs sont faits pour allier résultats et plaisir, c'est une évidence... que le foot de haut niveau ne permet pas toujours. N'oublions pas que c'est un sport de compétition, pas de démonstration. Qu'il y a un adversaire qui ne pense qu'à vous faire déjouer. La Belgique monte toujours sur le terrain pour jouer. Comme elle l'a décidé. A son rythme, qui trop souvent a permis à l'adversaire de le suivre. Et puis venait l'accélération ajoutée au talent. Le match face à Israël était une mise au point : " Qualifiés et libérés, voilà ce qu'on a à vous proposer quand on décide de ne pas calculer. " Et c'était bon du début à l'aprèsfin. Même la 3e mi-temps. Jouissive dans son éclatante démonstration d'entente, de bonheur collectif. Magnifique apothéose. Et pourtant la sinistrose rôdait encore. On entendait encore des " bof ". Ah bon ? Hey les mecs, cool hein ! OK, il faisait froid mais bon, être heureux ça réchauffe. Faudrait essayer. Et puis il y a les grands connaisseurs. Ceux qui ont le diplôme, ceux qui savent. Ceux qui expliquent que le 4-4-2 serait mieux, le 4-2-3-1 encore mieux. Blablabla. Ça, ce sont des certitudes à la 6-4-2. Un diplôme (d'entraîneur ou autre) ça te permet d'entrer dans la pièce. Rien d'autre. Et une fois que t'y es, tu peux seulement voir la réalité du métier. Voir ce que c'est d'assumer. Là, tu commences à savoir de quoi tu parles. La tactique, c'est bien. L'appliquer, c'est mieux. Ce sont toujours les joueurs qui décident. La Belgique a de grands décideurs. PAR FRÉDÉRIC WASEIGE