Est-il la surprise des play-offs ? Wesley Moraes (20 ans, 1m90), l'attaquant brésilien de Bruges, paraît surpris lorsqu'on lui pose la question. Est-ce tellement surprenant qu'il ait débuté les PO1 comme titulaire, lors de la première journée, en déplacement à Gand ? Pour lui, c'est logique : il recueille tout simplement les fruits de son travail, depuis son arrivée dans la Venise du Nord. Il a patiemment attendu sa chance, tout en ne ménageant pas sa peine à l'entraînement. Il est resté concentré, en sachant que c'est à l'entraînement que l'on gagne sa place en match.
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Est-il la surprise des play-offs ? Wesley Moraes (20 ans, 1m90), l'attaquant brésilien de Bruges, paraît surpris lorsqu'on lui pose la question. Est-ce tellement surprenant qu'il ait débuté les PO1 comme titulaire, lors de la première journée, en déplacement à Gand ? Pour lui, c'est logique : il recueille tout simplement les fruits de son travail, depuis son arrivée dans la Venise du Nord. Il a patiemment attendu sa chance, tout en ne ménageant pas sa peine à l'entraînement. Il est resté concentré, en sachant que c'est à l'entraînement que l'on gagne sa place en match. Cette titularisation, il l'a longtemps attendue. Pendant la phase classique du championnat, il a fait partie du noyau à 28 reprises, mais n'a débuté le match que 5 fois. Ça aussi, c'était logique, à ses yeux : " Quand on ne marque pas, ou très peu, et que son concurrent (Jelle Vossen, ndlr) trouve le chemin des filets les yeux fermés, on doit s'incliner devant le choix de l'entraîneur. On ne peut faire qu'une chose : attendre, et remettre l'ouvrage sur le métier. Ne pas s'énerver lorsque le ballon refuse d'entrer. Ne pas se mettre à douter. Je n'étais pas le premier attaquant à traverser une période de disette. " C'est de cette manière qu'il s'est donné du courage, pendant des mois. L'entraîneur appréciait son profil, il le savait. Un profil à la Lukasz Teodorczyk ou à la Dieumerci Mbokani : grand, puissant, cherchant la profondeur. Des qualités que le football moderne exige d'un attaquant. À Trencin, c'est un diamant brut que le Club a découvert, il y a un an et demi. Un diamant qui, depuis janvier 2016, a patiemment été poli. Wesley, qui suit des cours d'anglais pour communiquer plus facilement, devait surtout s'adapter sur le plan tactique. " Trencin jouait de façon encore plus dominante que Bruges ", explique-t-il, " de sorte que l'entraîneur ne me demandait pas de plonger dans le dos des défenseurs. Ici, subitement, j'ai dû le faire. Cela a nécessité un temps d'adaptation. " Picar comme il dit. Piquer, comme une abeille. Chercher la profondeur, ne pas toujours jouer dos au but, ou demander le ballon dans les pieds, logique pour un gars costaud. C'était un avantage qu'Abdoulaye Diaby avait, l'an passé dans les play-offs, sur des attaquants comme Leandro Pereira ou Vossen, des joueurs qui ont un autre profil. Pour Michel Preud'homme c'était clair : Wesley était l'attaquant qui pouvait faire la différence dans les play-offs. La surprise du chef. C'est connu, il a une jambe plus longue que l'autre. De plusieurs centimètres, même. Cela ne procure aucune gêne à Wesley sur le terrain, au contraire. Ce que l'on sait moins, c'est que l'attaquant du Club n'a quasiment reçu aucune formation. À Bruges, on lui a découvert de grosses lacunes tactiques. On a dû tout lui apprendre en même temps, en espérant qu'il retienne la leçon. Wesley Moraes Ferreira da Silva n'est pas issu d'une famille sportive (" Je suis le premier footballeur ") et a appris à jouer au football en salle, comme tous les Brésiliens. Wesley : " La première fois que j'ai rêvé de devenir footballeur ? Je devais avoir six ans. L'école n'était pas ma tasse de thé. C'était plutôt une obligation, mais cela ne me plaisait pas. Le football, en revanche, m'attirait. Jusqu'à 15 ans, j'ai joué du futebol de salão, comme tous les Brésiliens. Un petit terrain, des équipes de quatre joueurs. C'était intensif, mais il fallait moins courir. C'est bien pour perfectionner la technique, et cela aide aussi à réfléchir. Il faut constamment improviser, chercher des solutions. " Mais ça a aussi pour conséquence qu'il accuse de grosses lacunes tactiques lorsqu'il devient professionnel à 16 ou 17 ans, et passe de la salle au gazon. Wesley : " Subitement, j'étais entouré de beaucoup plus d'équipiers, j'avais d'autres lignes de courses, j'avais beaucoup plus d'espace. J'étais surpris, je ne savais pas où je devais courir. " Il a appris tous les jours. Et il apprend encore aujourd'hui. Il a beaucoup progressé sur le plan tactique, mais il accuse toujours un retard par rapport à ses collègues, qui jouent sur gazon depuis bien plus longtemps que lui. S'ajoute à cela un déménagement. La famille de Wesley, qui est l'aîné des cinq enfants - trois garçons et deux filles - habite à Juiz de Fora, dans l'Etat du Minas Gerais. Son père était dans l'armée, mais est décédé d'une tumeur au cerveau lorsque Wesley avait neuf ans. Sa mère a dû veiller seule à l'éducation des enfants. Elle ne travaillait pas, la famille essayait de joindre les deux bouts avec la pension de veuve que lui versait l'Etat. Wesley : " Nous mangions à notre faim, c'était le principal, mais nous ne roulions pas sur l'or. " Comme il rêvait de devenir footballeur pro et que la famille avait bien besoin d'un revenu supplémentaire, il a passé un test au Cruzeiro et à l'Atlético (les deux grands clubs de Belo Horizonte, la capitale de l'Etat). Au Gremio aussi, le grand club du sud, à Porto Alegre. Wesley : " J'ai été recalé partout. " L'espoir s'est mué en désespoir. " Mais le principal est de continuer à croire en son rêve. " 'Sou Flamengo', répond-il lorsqu'on le lui demande. Au Brésil, un amateur de football supporte soit les Corinthians (São Paulo), soit le Flamengo (Rio), les deux clubs les plus populaires. Wesley : " Juiz de Fora est situé à la frontière de l'Etat de Rio de Janeiro, voilà pourquoi. " Mais il n'a jamais mis les pieds au Flamengo : il a atterri à Bahia, dans le club d'Itabuna. Wesley : " C'est un ami de mon agent qui m'a mis en contact avec ce club. J'ai pu y passer quelques mois. " Il avait 17 ans, et pour la première fois de sa carrière, il est devenu professionnel, à 1.200 kilomètres de chez lui, dans le nord. Wesley : " Quand on veut devenir professionnel au Brésil, il faut faire des sacrifices. Ne pas avoir peur de parcourir de nombreux kilomètres, de traverser le pays, à la recherche du club prêt à offrir un contrat. " Et là, subitement, tout s'est accéléré. Après quelques mois à Itabuna, il a passé le même laps de temps à Madrid. Wesley : " Je n'étais pas très rassuré. L'Europe, c'était loin. Mais le football espagnol était comparable au football brésilien, avec beaucoup de toque. Et mes coéquipiers m'ont bien accueilli. " Il est resté six mois dans la capitale espagnole, et a disputé deux tournois avec l'Atlético en guise de test : un à Bilbao, l'autre en Croatie. Mais il n'a pas réussi à obtenir un contrat. De Madrid, il est parti à Nancy, où il a aussi passé quelques mois. Wesley : " C'est alors que mon agent m'a proposé une solution : Trencin, en Slovaquie. Il faisait froid, je ne comprenais pas la langue, mais j'ai reçu un contrat. Heureusement, il y avait d'autres Brésiliens dans l'équipe et ils se sont occupés de moi. Je me suis bien entraîné, j'espérais recevoir une chance, et un beau jour, je l'ai reçue. Contre le Steaua Bucarest, lors d'un match de qualification pour la Ligue des Champions. Nous avons été éliminés, mais j'ai marqué deux fois et le train était lancé. Six mois plus tard, Bruges m'a contacté. Vous voyez : même si c'est parfois difficile, on ne doit jamais se décourager. " Wesley n'est pas très bavard. Et lorsqu'il parle, c'est pour insister sur les valeurs du travail. Sur l'obligation de rester calme, d'être patient. Son calme, il l'a pourtant perdu cette saison, lors du match à domicile contre Anderlecht, en phase classique. Bruges menait 2-0 lorsqu'il a voulu se défaire de façon plutôt malheureuse du marquage de Kara Mbodj. Ça lui a valu une exclusion et une suspension pour deux matches. Wesley : " Heureusement, nous avons gagné ce match 2-1. Je me suis excusé par la suite auprès de mes partenaires. " À Gand, lors de la première journée des play-offs, il a de nouveau été bien secoué. À tel point qu'il a dû être remplacé. Mais, cette fois, il n'a pas réagi. Il y a toujours des provocations, partout. Wesley : " Les défenseurs mettent le pied, mais c'est le cas partout. Il faut alors maîtriser ses nerfs. Et rester concentré. " Wesley est puissant, c'est héréditaire. Toute sa famille est bien bâtie. Lorsqu'il se rend à la musculation, c'est simplement pour entretenir sa condition, pas pour se muscler encore davantage. Il ne veut pas être trop lourd. Ses frères jouent aussi au football, au niveau amateur. Lorsqu'ils jouent ensemble pendant l'été, il leur demande de ne pas y aller trop fort. Du moins, pas avec lui. Il accueille régulièrement des membres de sa famille à Bruges. L'an passé, sa copine et ses deux enfants ont passé trois mois en Belgique. Wesley est un jeune papa. Pour un Brésilien, ce n'est pas inhabituel. Mais sa copine n'est pas restée et est repartie au Brésil. Wesley : " Je lui parle tous les jours, via le net. " Ce n'est pas évident, mais il sait pourquoi il fait tous ces sacrifices. " Je sais que mon avenir se situe dans le football et que je dois m'accrocher. " Sa mère lui rend souvent visite également. Wesley : " Elle doit rigoler, lorsqu'elle me voit m'affaler dans le fauteuil en revenant de l'entraînement et regarder du... football. Toujours du football, encore et encore. Je veux continuer à apprendre. " Lorsqu'il n'est pas dans son fauteuil en train de regarder du football, il compte sur les autres Brésiliens pour entretenir une vie sociale, dans une ville très calme. Il ne côtoie pas seulement ceux de son équipe (Claudemir est son voisin à Bruges), mais aussi ceux des autres formations de Pro League. Wesley : " J'ai déjà fixé rendez-vous à Fernando Canesin et je vais souvent retrouver Renato Neto. Pour manger un bout, pour discuter du pays. Les Brésiliens sont très sociaux, ils s'entraident mutuellement. Et encore plus lorsqu'ils se retrouvent à l'étranger. C'est aussi un peu de la saudade, de la nostalgie... " Est-il satisfait du fruit de ses efforts, après un an et demi ? Wesley hésite : " Si et não. Lorsque je ne marque pas, je suis toujours un peu triste. Un attaquant a besoin de marquer. Mais je n'ai jamais arrêté de travailler. J'ai reçu ma chance pendant les play-offs. On ne doit jamais baisser la tête. Inscrire des buts, ce n'est pas plus difficile ici qu'ailleurs. C'est juste une question d'adaptation. Je commence à m'adapter, et vous voyez, les buts suivent. Je suis déjà un meilleur attaquant que lorsque je suis arrivé. " par Peter t'Kint - photos Belgaimage" Même si c'est difficile et qu'on reçoit des coups, il faut continuer à travailler et ne jamais perdre espoir. " Wesley Moraes