Cyprien Baguette (20 ans) a vu le jour à La Louvière mais c'est à Charleroi qu'il est occupé à faire son trou. Pas chez les Loups. " Je n'en ai jamais eu envie ", tranche le jeune gardien qui monte. " Mon truc quand j'étais gosse, c'était l'US Centre, pas la RAAL qui passait pour un club prétentieux dans la région. Là-bas, c'était soi-disant l'élite. Mais chaque fois qu'on jouait contre eux, on leur mettait une casquette et ça nous faisait bien rire. Le même jeu a continué quand j'étais à Anderlecht puis à Charleroi : on battait toujours La Louvière. "
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Cyprien Baguette (20 ans) a vu le jour à La Louvière mais c'est à Charleroi qu'il est occupé à faire son trou. Pas chez les Loups. " Je n'en ai jamais eu envie ", tranche le jeune gardien qui monte. " Mon truc quand j'étais gosse, c'était l'US Centre, pas la RAAL qui passait pour un club prétentieux dans la région. Là-bas, c'était soi-disant l'élite. Mais chaque fois qu'on jouait contre eux, on leur mettait une casquette et ça nous faisait bien rire. Le même jeu a continué quand j'étais à Anderlecht puis à Charleroi : on battait toujours La Louvière. "Cyprien Baguette : A Haine Saint-Pierre, le foot était un truc sympa, familial, un jeu entre copains. Chez le voisin, ils se prenaient tous pour des pros. Qu'ils n'étaient pas, loin de là ! Je n'allais pratiquement jamais les voir. J'étais au match décisif du tour final qui les a conduits en D1 mais je suis parti avant le coup de sifflet final parce que je n'avais vraiment pas envie de me tremper dans les festivités. Mais bon, la chute en enfer de La Louvière reste un événement triste pour la région. Depuis l'éclatement du scandale des matches truqués, le club n'a pas arrêté de dégringoler. Je ne le vois pas se relever de sitôt. Et cette histoire avec le Chinois a fait beaucoup de tort à l'image de tout le Centre. J'ai joué deux fois contre les -10 Mauves qui étaient champions de Belgique. Nous les avons battus. C'est comme ça qu'Anderlecht m'a repéré. J'y ai fait un test de deux mois et le Sporting m'a loué à l'US Centre. Je me suis retrouvé dans un super groupe avec plusieurs joueurs qui se sont entre-temps imposés chez les pros : Geoffrey Mujangi Bia, Hervé Kage, Vadis Odjidja, Raoul Ngadrira qui est à Malines, Franck Moussa qui joue en Angleterre. Il y avait aussi François Kompany, le frère de Vincent. En deux saisons à Anderlecht, j'ai été une fois champion et j'ai gagné une Coupe de Belgique. Puis, il y a eu un jour noir. Le club m'a annoncé que je pouvais rester si j'en avais vraiment envie mais que je ne jouerais plus. Le staff avait tranché, il voulait tout miser sur Mike Vanhamel, qui est ensuite devenu le gardien d'Oud-Heverlee Louvain et est maintenant au Havre. On ne jette pas un enfant de 12 ans comme un malpropre... J'ai beaucoup pleuré. J'avais toujours été un grand fan d'Anderlecht, et là, du jour au lendemain, mon petit monde s'écroulait. J'ai décidé de retourner à l'US Centre pour retrouver mes copains, je ne voulais plus vivre à 300 % pour le foot avec des parents qui faisaient des milliers de kilomètres pour me conduire aux entraînements et me suivre le week-end. Mais le père d'un copain a fait des pieds et des mains pour que je ne fasse pas un aussi grand pas en arrière. Il m'a mis en contact avec Daniel Mathy, qui entraînait des jeunes gardiens de Charleroi. C'est comme ça que j'ai atterri ici. Mais au départ, je n'étais pas enthousiaste du tout parce que je n'avais jamais été un grand fan de ce club. J'habitais à 25 kilomètres mais je n'étais encore venu que deux fois dans ce stade : pour des matches de l'EURO 2000... Ma première année a été difficile, j'avais du mal à m'adapter. Un bête exemple : à Anderlecht, on se serrait la main ; ici, tout le monde s'embrassait ! Mais je me suis vite imposé sur le terrain. J'ai travaillé avec trois entraîneurs spécifiques : ils m'ont fait ! Richard Baudart, c'était le type hyper calme qui inculquait le sens du respect à ses gardiens. Mathy était imbattable dans le travail mental. Philippe Vande Walle, je le considérerai toujours comme mon deuxième père. Il a une frappe de malade, et quand tu as travaillé quelques années avec un gars pareil, tout devient plus facile. Comme les trois autres, il a joué son rôle dans la fabrication de mon nouveau statut : gardien débutant en D1. Il a connu les mêmes problèmes que moi lors de son arrivée à Charleroi. Il avait passé plus de 20 ans à Mons et a découvert une autre mentalité. De plus, beaucoup de choses étaient chamboulées, l'été dernier : un tout nouveau staff, Bertrand Laquait qui est parti en pleine préparation, Sébastien Chabbert qui a débarqué dans la foulée. Tout le monde devait trouver ses repères. La pression s'était installée doucement. Défaite après défaite. Tout le monde disait depuis plusieurs semaines qu'il ne fallait surtout pas aller aux barrages, mais ils se rapprochaient un peu plus chaque week-end. On avait beau dire : -Encore quelques points d'avance, et tchik et tchak. Mais le menace s'amplifiait. On savait que si on perdait contre Lokeren, c'était foutu. Je retourne le problème : avec Jan Lella, Badou Kéré, Maxime Brillaut et Ibrahima Diallo dans la défense de Lokeren, nous ne marquons pas un but. Théréau a scoré trois fois, mais c'est toute l'équipe qui s'est arrachée. Si quelqu'un dans notre groupe le savait, Charleroi jouerait peut-être le titre... C'est possible. Dans notre équipe, il y a beaucoup de gars qui sont vite abattus. Nous sommes encore assez jeunes, ça doit être une partie de l'explication. Je ne parlerais pas de manque de maturité, plutôt d'un déficit de mentalité. Tommy Craig dit que nous manquons de réactivité. Quand ça se termine mal une fois, puis une deuxième, le problème entre dans les têtes et n'en sort plus. Nous disparaissons du match. Et dès que le ballon arrive sur un back ou un défenseur central, c'est la panique. Tout le monde perd ses moyens et notre jeu devient du grand n'importe quoi. On n'est pas ici pour parler du travail ou du bilan de Craig... Nous avons tout ce qu'il faut pour réussir quelque chose de bien. Il reste juste à mettre toutes nos qualités en action. Si nous sommes capables de plier notre match contre Lokeren en moins d'une heure, nous devons pouvoir faire d'autres trucs intéressants. Ce serait bien aussi de retrouver chaque week-end la rage qu'il y avait dans notre équipe face à Lokeren. C'est la crainte de toute le monde, pas seulement à Charleroi : qu'on assiste à des matches complètement bidon. Quand il n'y a plus rien à gagner, on a l'impression de ne jouer que des rencontres amicales. Mais il faut être au-dessus de ça. Tu es pro, il y a des primes à gagner, et il y a l'honneur du maillot. Tu as la chance de jouer à Charleroi, tu t'arraches pour ce club, point barre. Pfft... Je n'en sais rien. Il n'y avait pas grand-chose à reprocher à Chabbert. Même quand l'équipe était dans une faillite totale, il n'était pas vraiment responsable. Malheureusement pour lui, il s'est blessé, je l'ai remplacé et il n'était pas encore tout à fait rétabli lors du stage de janvier. J'ai saisi ma chance à fond. Et je suis resté titulaire. Quand Laquait est parti, je pensais recevoir ma chance. Mais Chabbert est vite arrivé. J'ai appris son transfert sur internet : dur ! Je suis resté calme, je me suis dit : -On va voir ce qu'il a dans le ventre. Mais après quelques entraînements, c'était : -Merde, ils n'ont pas transféré un manchot, je vais devoir encore plus me battre. Stéphane Demol a choisi Chabbert pour commencer le championnat, je ne pouvais pas lui donner tort. Quand tu fais venir un gars avec autant d'expérience, c'est logique de ne pas le laisser sur le banc. Chabbert a voulu s'imposer à sa manière : en coachant, en gueulant sur le terrain. Il a très bien fait ça. Mais entre-temps, je me suis aussi révélé comme leader. Parce que j'ai pris confiance au fil des semaines et que j'ai gagné le respect de tout le groupe. Il y a quelques mois, je n'aurais sans doute pas ouvert la bouche quand ça allait mal, il ne me serait jamais venu à l'idée de m'énerver. Maintenant, je dis ce que je pense, même quand ça ne plaît pas. Tout ! Quand je le regardais sur le terrain, je n'en croyais pas mes yeux. Il n'avait aucune qualité physique, il n'était pas très grand, il était maigre comme un fil de fer. Mais il réussissait des trucs impossibles. Et quelle intelligence ! A chaque entraînement, j'essayais d'être son ombre. Je voulais faire tout comme lui, imiter sa façon d'être sur le terrain, sa manière de prendre les ballons, etc. Je n'oublierai jamais ce qu'il m'a dit au moment de quitter Charleroi : -Qu'ils fassent venir Pierre, Jacques ou Paul, tu joueras cette saison. L'expérience à Sammy Bossut : il a déjà un paquet de matches avec Zulte Waregem. Quelques centimètres à Simon Mignolet. Aussi sa largeur d'épaules. Qu'est-ce qu'il est costaud, celui-là ! Peut-être son salaire ? (Il se marre). Rien d'autre. Rien du tout. Non, vraiment, je ne fais pas une fixation sur les autres gardiens de D1. A part un peu sur Mignolet, peut-être. Chaque fois que je le vois, je me dis : -P--, comment il fait ? Il a 800 ballons chauds sur un match et souvent, il les arrête tous. Parfois, il faudrait lui mettre 11 sur 10. Quand Saint-Trond est venu jouer chez nous, c'était Charleroi contre Mignolet. Quand je le retrouve aux entraînements des Espoirs, à part le regarder, je ne fais rien... C'était une question de poids. Le préparateur physique estimait que j'avais deux kilos de trop. Demol m'a dit que si je les perdais, je jouerais tous les matches de Coupe : -Si on perd au premier tour contre Wetteren, ta saison est finie. Si on va en finale, tu seras sur la pelouse du stade Roi Baudouin. En deux semaines, mes deux kilos avaient disparu. Oui, parce que Craig était arrivé entre-temps. Il ne voulait pas changer l'équipe du championnat. Mais Chabbert s'est blessé ce soir-là et ça m'a permis d'entrer dans l'équipe. Il y a aussi le match contre Courtrai : j'ai pour ainsi dire marqué contre mon camp. Mais je ne suis pas persuadé d'avoir été si mauvais à Westerlo : pas excellent, mais pas catastrophique non plus. "Quand tu as travaillé avec Vande Walle, tout devient plus facile. "