1999 : Lance Armstrong signe le come-back du siècle : après avoir vaincu son cancer, il remporte le Tour de France. Cinq autres sacres suivront. Le Texan arbore un masque de volonté farouche mais la vie et son propre fanatisme le griffent, l'écorchent. Il a beau considérer le moindre obstacle comme un défi, le champion est las, usé, à 33 ans, au moment de prendre le départ de son dernier Tour.
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1999 : Lance Armstrong signe le come-back du siècle : après avoir vaincu son cancer, il remporte le Tour de France. Cinq autres sacres suivront. Le Texan arbore un masque de volonté farouche mais la vie et son propre fanatisme le griffent, l'écorchent. Il a beau considérer le moindre obstacle comme un défi, le champion est las, usé, à 33 ans, au moment de prendre le départ de son dernier Tour. Jamais la presse ni le public français n'ont vraiment adopté ce robot malgré ses efforts pour s'exprimer en français. En 2001 déjà, las des insinuations de dopage, il menace de boycotter le Tour. Les accusations de son ancienne masseuse, ses liens étroits avec le médecin italien Michele Ferrari, condamné pour avoir dopé des sportifs, ne font qu'alimenter les rumeurs. En 2003, son divorce lui porte un coup fatal : au-delà de la pension alimentaire qu'il doit verser à son épouse, il est écartelé entre ses devoirs sportifs et son amour pour ses trois enfants, restés au Texas avec leur mère. Cette année-là, il vivra un Tour difficile et en tire les leçons. En novembre 2003, il entame sa préparation plus tôt et s'entraîne sept à huit heures par jour. En mai, il s'impose un régime draconien à la Jan Ullrich pour perdre cinq kilos excédentaires. Il reconnaît l'Alpe d'Huez, qu'il a déjà grimpée quinze fois. Tout ça pour sa cinquième victoire de rang au Tour. Mais, penché sur son guidon pendant ces trois semaines de torture, il sait qu'une chute, qu'un contretemps, qu'un rien peut réduire à néant ses efforts. Qu'importe : il s'accroche à la quête de la gloire et du respect, comme sa mère Linda Mooneyham, abandonnée quand elle était enceinte de lui, à 17 ans. Armstrong n'oublie pas leur misère, les humiliations, leur combat pour s'en sortir. " J'enregistre tout. J'exploite les vieilles blessures, les revers du passé, proche ou lointain, pour me motiver. Chaque obstacle est une chance ". Il a forcé le respect du peloton mais n'y est guère aimé à cause de sa dureté. Un exemple : il n'adresse plus la parole pendant deux ans à Tom Boonen, coupable d'avoir voulu tenter sa chance dans une autre formation au lieu de rouler à son service... 2005 : depuis des mois, on s'interroge. Armstrong va-t-il prendre une dernière fois le départ du Tour ? Il y est contractuellement obligé par Discovery Channel mais il a disparu de la scène sportive pour courir les fêtes avec son amie, la chanteuse Sheryl Crow. Il a fait l'impasse sur les Jeux Olympiques, qui l'eussent rendu immortel dans son pays. Ses traits s'épaississent, il ne remonte sur son vélo qu'en janvier, l'air absent. Fin mars, JurgenVan den Broeck court la Flèche Brabançonne et Paris-Camembert avec lui : " Sa condition était moins bonne que les années précédentes mais nous ne nous tracassons pas. Nous savons que nous pouvons compter sur lui. Les doutes émis par la presse ne font que le motiver ". Johan Bruyneel, l'homme qui a reconverti le spécialiste des classiques en monument du Tour, le connaît mieux que quiconque. Ensemble, ils ont décidé de tenter de gagner une dernière Grande Boucle. " Lance est capable de retrouver sa condition incroyablement vite. Après Paris-Nice, j'ai assisté à une véritable métamorphose, en dix jours. Il revenait malade d'Amérique et s'est entraîné d'arrache-pied, en mangeant très peu. Sa volonté le transcende. Ainsi, il y a deux ans, à Luz Ardiden, il jouait sa dernière chance. Il m'a jeté un coup d'£il et a démarré. Physiquement, il n'était pas capable, à mon sens, de livrer pareil effort. Mais il le voulait et il y est parvenu. C'est ça, Lance Armstrong ". L'homme n'est-il pas las de cette vie de robot, des maltraitances qu'il inflige à son corps ? Le champion a acquis le respect après lequel il courait. On estime sa fortune à cent millions d'euros et il reste lié, dans un profil à définir, à Discovery Channel pour deux ans et demi, après la grande épreuve française. Mais ce Tour, va-t-il l'entamer en champion ou en... star ? La frontière est étroite et il doit être bien tentant de suivre Sheryl dans son univers de paillettes. Bruyneel : " Il n'y a pas de place pour les stars en cyclisme. C'est le seul sport dont les acteurs sont si aisément joignables. Au sein de l'équipe, Lance est un cycliste parmi d'autres. En dehors, il ne peut plus se permettre des choses aussi banales qu'une promenade digestive le soir. En Amérique, il lui est difficile de trouver la juste mesure entre son statut de vedette et la vie équilibrée dont un sportif a besoin. Il croule sous les obligations : sponsors, presse, sa fondation contre le cancer. Lance est devenu une entreprise mais il s'en accommode et quand il est avec nous, il est professionnel jusqu'au bout des ongles ". Loes Geuens et Jef Van BaeleIl est capable de livrer des efforts QUE SON CORPS REFUSE