Les Canaris piaffent d'impatience. Le Stayen s'apprête à exploser en ce début d'après-midi de novembre, curieusement ensoleillé. Pour cause, Saint-Trond attend le retour de son enfant prodigue, celui de Yannick Ferrera, qui vient de passer entre les mains du Standard. Depuis le départ de son T1, le STVV n'a pris qu'un maigre 7 points sur 21, après un début de saison en boulet de canon sous l'égide du jeune coach bruxellois.
...

Les Canaris piaffent d'impatience. Le Stayen s'apprête à exploser en ce début d'après-midi de novembre, curieusement ensoleillé. Pour cause, Saint-Trond attend le retour de son enfant prodigue, celui de Yannick Ferrera, qui vient de passer entre les mains du Standard. Depuis le départ de son T1, le STVV n'a pris qu'un maigre 7 points sur 21, après un début de saison en boulet de canon sous l'égide du jeune coach bruxellois. Le sort s'invite déjà dans la partie, puisqu'avec lui, les Standardmen comptent exactement le même bilan chiffré que leur voisin limbourgeois. Mais Ferrera n'est pas seul. Yuji Ono, qui a passé les deux derniers exercices en bord de Meuse, et Fayçal Rherras, formé à l'Académie RLD, pénètrent également dans l'arène. En jaune et bleu. Et les retrouvailles prennent parfois des allures d'affaire de famille. Edmilson Junior, biberonné à la sauce rouche depuis le passage de son père à Sclessin entre 96 et 99, ainsi que celui de son frère Ediberg chez les jeunes, a les jambes qui tremblent d'excitation. D'esprit de revanche, aussi. Prié de quitter la formation liégeoise alors qu'il n'a pas encore sa majorité, l'oiseau fait alors son nid chez les Canaris. " Toute la famille n'attendait que ce match-là ", raconte son aîné de quatre ans. " Pour lui, c'était le match de la saison. Pour son orgueil, il voulait prouver au Standard que le club a fait une erreur en le laissant partir. On ne pensait pas nécessairement qu'il allait marquer mais on savait qu'il allait faire une grosse prestation. Plusieurs jours avant, il ne parlait que de ça, il ne pensait qu'à ça. " Et peut-être même un peu trop. D'entrée, Saint-Trond met la pression. A la 10e, Jean-LucDompé envoie son coup franc juste à côté des cages de Guillaume Hubert. Cinq minutes plus tard, Edmilson s'incruste dans la surface adverse et pousse le même Hubert à la faute. Penalty. Le gamin de 21 ans s'empare instinctivement du ballon. Dans sa tête, des souvenirs de gosse et des rêves brisés. Dans ses yeux et dans ses pieds, le feu de la sanction. Mais son envoi passe à côté. " Quand il a raté le penalty, on a tous cru au pire. Je n'ai jamais vu son père aussi stressé ", rembobine Karim Rafiki, son agent de toujours. " En plus, les dirigeants pensaient qu'on avait déjà signé un précontrat avec le Standard, alors imagine... " Mais contre toute attente, Junior sort un match de patron. A la mi-temps, ses coéquipiers le bousculent. Au retour des vestiaires, il laisse JelleVan Damme cueillir des pâquerettes pour un amour de tir croisé, synonyme de succès. L'affront est lavé, l'histoire peut commencer. " Quand il est arrivé, on a vu tout de suite qu'il avait beaucoup de talent et il a très vite presté ", se souvient Pierre-Yves Ngawa. " Il est venu pour un match d'entraînement à 11 contre 11 et il a régalé tout le monde. " Débarqué sur la pointe des pieds dans le Limbourg un lundi de juillet 2012, Junior ne reste pas longtemps avec les espoirs. Le temps d'un entraînement. Guido Brepoels, T1 du noyau A, est sous le charme et n'hésite pas une seconde à le prendre avec lui. Le surlendemain, il dispute ses premières minutes en amical avec les pros, pour son premier goal, déjà. Quelques semaines plus tôt, il réussissait son test avec les espoirs contre le Cercle, positionné en numéro 8, sa place chez les jeunes. " Il a donné des chocolats à tout le monde ! Il a cassé la baraque au milieu de terrain. Tout le monde est venu me voir. Certains croyaient que c'était mon fils ", se marre encore Rubenilson, qui suit Junior avec Rafiki. " Rubi ", qui skype torse nu depuis le Brésil, se rappelle un autre amical, face à Ujpest. " Il est rentré et il a tué le back. Je lui ai dit et il m'a répondu : 'Rubi, avec sa chaussure mal lacée et son short mal mis, je me suis dit qu'il était mauvais.' Pour nous, un joueur doit être élégant. Celui-là, il était tout de travers ! " " Ce qui m'a frappé, c'est son aisance technique, pied gauche, pied droit ", abonde Ngawa. " Pour son âge, il a une très bonne vision du jeu. Au niveau de la vista, on n'a plus rien à lui apprendre, il voit l'espace avant les autres et grâce à sa technique, il arrive à la mettre où il faut. " En trois saisons de D2 plus ou moins pleines, dues à quelques blessures, il fait étalage de son talent. Avant Brepoels et sa rencontre avec Ferrera en 2013, son père spirituel et sportif, bien qu'il ne bénéficie pas directement de toute sa confiance, il évolue notamment sous les ordres de Thierry Witsel, son autre mentor et accessoirement père d'Axel. Junior livre là sa meilleure saison chez les jeunes et les U17 du Standard sont champions. " On ne peut pas dire qu'il était au-dessus, ni en dessous du lot mais il avait déjà des grosses qualités techniques et il a été important pour le titre ", raconte Yannis Mbombo, de la génération 94. " A l'époque, il devait faire partie des trois meilleurs buteurs de l'équipe. " Ses bonnes prestations lui permettent de décrocher un premier contrat jeune de deux ans chez les Rouches, à l'initiative de Dominique D'Onofrio. Pourtant, malgré un nouveau titre en U19, il n'entre pas dans les plans de son nouveau coach Thierry Verjans, dont le frère, Henri, s'occupe du Patro Lensois, où se trouve Ediberg, mis aussi sur la touche. Amer, Junior perd le goût du foot. La direction change, RolandDuchâtelet arrive, ChristopheDessy revient et il n'est pas promu chez les espoirs. Alors qu'il se dirige vers Saint-Trond, il effectue un dernier baroud d'honneur lors d'un tournoi international à Lille, qu'il ponctue meilleur buteur et meilleur joueur. Le Standard se rend compte du talent qui lui file entre les doigts et fait en sorte d'obtenir 20 % sur sa revente, malgré la rupture de son contrat. Libéré au STVV, Junior recule pour mieux sauter et grandir. " J'ai l'impression qu'il a compris qu'il n'y avait pas seulement le football sur le terrain ", réfléchit son ancien partenaire, Alessandro Iandoli. " A côté, il y a beaucoup d'autres aspects et c'est là qu'il a changé pas mal de choses. Que ce soit au niveau de l'alimentation ou du repos après les entraînements et les matches. " Ngawa embraye : " Souvent, avec les jeunes, c'est difficile de parler, ils ne veulent en faire qu'à leur tête. Ce n'est pas son cas. Avec Greg Dufer, on lui disait : 'Fais attention à ce que tu manges, sinon tu vas te blesser.' Son entourage a aussi joué un grand rôle là-dedans. " Car le fils d'" Edi " a mis du temps avant de pousser. Né à Seraing avec son frère, il n'a même pas cinq ans lorsqu'il quitte le Royaume pour le pays du football. A Joao Pessoa, il s'installe chez sa grand-mère maternelle, le temps de recevoir quelques leçons. D'en donner, aussi. " On avait un peu dur parce que notre père était encore joueur professionnel et on ne le voyait que pendant les vacances, au mois de décembre ou au mois de juin ", explique Ediberg, d'un accent qui sonne plus liégeois que portugais. Suite au transfert du père à Limassol en 98, les deux rejetons sont envoyés par leurs parents au Brésil afin de reprendre les cours, qu'ils viennent de manquer pendant sept mois. " Mais, dans notre temps libre, il n'y avait que du foot. On jouait dans la rue. Junior était tout petit, il avait six, sept ans et quand on faisait des matches avec des grands, parfois de dix-neuf, vingt ans, ils le prenaient en premier ! Moi, j'avais dix, onze ans et on m'envoyait dans les buts... " Sur la côte, au nord de Recife, Junior se forge déjà une petite réputation de joueur habile et doué techniquement. Là-bas, les deux frères évoluent surtout dans des clubs de mini-foot, la seule entité de la ville étant le Botafogo - pas celui de Rio -, en D3, bien trop huppée. Vers neuf ans, le diamant est de retour en Belgique et doit trouver chaussure à son pied. Jugé d'abord trop petit, trop frêle pour intégrer le Standard, ça sera alors La Débrouille Seraing, où le papa évolue en P2, puis le RFC Huy pour gravir un échelon. Avant l'arrivée en U13 à Sclessin, avec, déjà, un certain bagage. Tous les 1er Mai, Wamberto organise des rencontres entre une sélection de Brésiliens et des Flamands. Isaias, Dinga, Rubenilson mais aussi Edmilson père, toujours prêt à montrer qu'il peut encore " faire la roulette ", et son frère Edson, y prennent part avec... leurs progénitures. " On faisait toujours jouer les gamins, au moins dix minutes. Ils avaient onze, treize ou quatorze ans et ils jouaient avec les adultes. Nous, on était là pour les protéger ", assure " Rubi ". L'expérience fonctionne si bien que l'équipe, composée de pré-retraités et d'ados, dispute même des amicaux, dont un mémorable contre Péruwelz, alors en D3, qui se solde par un succès 1-4 auquel Junior participe. Très tôt, le jeune Edmilson doit alors montrer qu'il a du cran. " Même si son opposant faisait trois têtes de plus que lui, il n'avait pas peur. Il a toujours eu de la hargne ", certifie son frère, qui évolue aujourd'hui en P2 à Halthier, dans la province du Luxembourg, et en D3 de mini-foot sur Liège. C'est simple, tout l'entourage d'Edmilson est voué au ballon rond. Quand son père et son oncle évoluent toujours en P3 luxembourgeoise à Bra, son jeune cousin, Erivelton, fils d'Edson, est à la pointe de l'attaque de Dessel depuis cette saison, après des passages à Genk, Saint-Trond et au KRC Malines. A l'instar des fils de Wamberto, Wanderson et Danilo, qui portent respectivement les couleurs de Getafe et du Dnipro, tous sont des joueurs à vocation offensive. Il ne reste finalement qu'une grosse lacune au profil de Junior : le physique. " Il doit progresser à ce niveau-là, même s'il est costaud dans le duel. Il faudrait qu'il prenne un peu de masse musculaire ", pense Iandoli, blessé au genou depuis plus de cinq mois. " En Belgique, les gens sont plus doués avec le physique. Les Africains sont très forts pour s'adapter physiquement, bien plus que les Brésiliens qui sont des joueurs plus fins ", analyse Rubenilson. " Leur morphologie est très différente dans certains cas et l'entraîneur a parfois cette opinion assez arrêtée sur le joueur de foot. Il faut être castard, grand et physique. " Mais le baroudeur passé par Israël et la Corée avant de poser ses valises au Standard, puis de faire de Nacer Chadli le " bison " qu'il est aujourd'hui, n'en démord pas. " C'est maintenant qu'il va commencer à être castard, il va avoir plus de compétition et il va enchaîner les matches. " En attendant qu'il muscle son jeu, l'ailier de 65 kilos détend enfin sa saudade, cette nostalgie de la terre qui l'a vu grandir, lui qui n'a pas encore la nationalité belge. Mais le retour du nouveau numéro 22 des Rouches - le même que Chadli - ne s'est pas fait en douceur. Quand le coeur parle, les sirènes de l'étranger sifflent. A Leipzig d'abord, qui souhaite le recruter dès cet été, puis à Galatasaray ensuite. " Ce fut long et douloureux, mais si on avait choisi l'argent, on serait parti là-bas ", tranche sans hésitation Rafiki. Dans les mêmes contrées, Sankt Pauli, le mythique club d'Hambourg, Kayserispor et Bursaspor, venu initialement superviser TomDe Sutter lors de l'ouverture contre le Club, se montrent intéressés. Le FC Bâle, proposant un tremplin vers l'Angleterre, l'AZ Alkmaar, coaché par John van den Brom, bien connu de Rafiki depuis l'époque Chadli à Apeldoorn, et l'Ajax, qui continue de suivre le joueur malgré le transfert, s'ajoutent à la longue liste de prétendants. Mais la pression la plus terrible vient de Gand et de Michel Louwagie. " Il m'appelait plus que ma femme ", rigole Rafiki. " Sur la nuit de samedi à dimanche (du 2 au 3 janvier, ndlr), quand il a senti que je donnais moins d'intérêt, il m'appelait toutes les 20 minutes. C'est pas possible, il a dû mettre son téléphone sur appel automatique ! Mais ce que je n'ai pas apprécié, c'est qu'il contacte directement Junior. " Et le STVV, qui tente de lever l'option de son contrat signé cet été pour une saison, et annonce qu'un accord est trouvé avec les Gantois, n'arrange pas les choses. Le transfert est finalement acté le 6 janvier dernier, facilité par les fameux 20 %, pour des raisons simples : Edmilson retrouve son coach, sa maison, sa famille et n'aura besoin que d'un temps d'adaptation très court. " Là, il devient un joueur parmi d'autres. Quand on en discutait, je le voyais dans ses yeux. C'était le Standard. On a vécu le match contre Anderlecht avec YvanErichot, RobSchoofs et Rherras. Quand on a quitté le stade, il m'a dit : 'J'ai des frissons. Quel bonheur ça doit être d'être sur le terrain...' Je savais qu'au fond de lui, c'est ce qu'il voulait. " Et sûrement distribuer quelques chocolats.PAR NICOLAS TAIANA - PHOTOS BELGAIMAGE" Même si son opposant faisait trois têtes de plus que lui, il n'avait pas peur. Il a toujours eu de la hargne. " EDIBERG, SON FRÈRE " Au Brésil, on jouait dans la rue. Junior avait six, sept ans et quand on faisait des matches avec des grands, ils le prenaient en premier ! " EDIBERG