Une sorte d'effet papillon. Un tacle de Guillaume Gillet sur le pauvre Steve Colpaert permet aujourd'hui à Patrick De Koster d'être l'agent d'un des joueurs les plus convoités de la planète. Explications. En 2007, les Diablotins de Jean-François de Sart s'apprêtent à disputer les championnats d'Europe aux Pays-Bas. Sélectionné à cette occasion, Colpaert est coupé net dans son élan après un contact avec Gillet. Le diagnostic est lourd : double fracture tibia péroné pour le défenseur du Brussels. Son agent, Patrick De Koster veut alors rebooster son joueur, qui accuse durement le coup, et lui propose de passer deux semaines dans sa villa au Sénégal.
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Une sorte d'effet papillon. Un tacle de Guillaume Gillet sur le pauvre Steve Colpaert permet aujourd'hui à Patrick De Koster d'être l'agent d'un des joueurs les plus convoités de la planète. Explications. En 2007, les Diablotins de Jean-François de Sart s'apprêtent à disputer les championnats d'Europe aux Pays-Bas. Sélectionné à cette occasion, Colpaert est coupé net dans son élan après un contact avec Gillet. Le diagnostic est lourd : double fracture tibia péroné pour le défenseur du Brussels. Son agent, Patrick De Koster veut alors rebooster son joueur, qui accuse durement le coup, et lui propose de passer deux semaines dans sa villa au Sénégal. De Koster chamboule la réservation des billets ; sa femme, ses enfants, en compagnie de la copine de Colpaert s'envolant quelques jours plus tôt. Dans l'avion, Pascale, la femme de Patrick De Koster, fait la rencontre du père de DimitriDaeseleire alors jeune espoir du Racing Genk. Sur place, le père Daeseleire invite même la famille De Koster à dîner. L'ambiance est au beau fixe ce soir-là à tel point que le jeune Dimitri et la fille du couple De Koster se rapprochent. Aujourd'hui, Dimitri Daeseleire est le beau-fils de Patrick De Koster. Et KevinDeBruyne là-dedans me direz-vous ? Dimitri et Kevin sont deux promesses du Racing Genk et évoluent dans la même catégorie d'âge. En allant voir son futur beau-fils jouer, De Koster tombe inévitablement sous le charme du talent du divin rouquin. Après une entrevue avec la famille De Bruyne, De Koster décroche la timbale. Ou plutôt ce qui s'avérera être un fameux coup dans le mille. Ce 11 août, nous retrouvons Patrick De Koster dans ses bureaux ultra-modernes de sa société J&S International Football Management à Vlezenbeek, en banlieue bruxelloise. Ce quinqua pétillant et volubile nous reçoit pendant plus d'une heure avant de parcourir les magasins luxueux de l'Avenue Louise à la recherche d'un costume. Dans quelques jours, le soir du lundi 17 août, il doit être tiré à quatre épingles lors du GoudenSchoen version teutone qui consacrera KDB comme meilleur joueur de Bundesliga. Mais en ce mardi, l'actualité brûlante, c'est évidemment le passage de son joueur-phare à Manchester City. Durant notre entrevue, De Koster est d'ailleurs plusieurs fois sollicité par des appels venus d'outre-Manche. La presse, elle, cite des chiffres complètement fous : 320.000 euros bruts par semaine, soit 16,6 millions d'euros par an si Citizen Kev' rejoint les Blues de Manchester. Patrick De Koster, lui, ne confirme évidemment pas ces émoluments-records mais reconnaît que le package total (transfert+salaire) que Manchester City est prêt à débourser dépasse les 150 millions d'euros. Malgré tout le ramdam autour de son poulain, cet agent bruxellois qui a grandi à Dilbeek (voir portrait), reste étonnamment disponible. Et nous raconte l'histoire de Kevin De Bruyne. " Le fil rouge de ma carrière d'agent, c'est que j'ai toujours essayé d'être un conseiller, un frère, un père, un ami. Je suis l'agent de Kevin dans l'orientation de sa carrière. Mais en dehors, je suis un proche. Kevin m'est toujours resté humble, fidèle et amical. " Une fidélité qui a un prix. " Je ne peux pas nier que les différents dossiers concernant Kevin ont donné un cachet énorme à notre société, et aussi de la rentabilité. " La trajectoire de Kevin De Bruyne aurait pu être tout autre. Très vite, le landerneau du football belge s'est pris d'amour pour le " Divin Rouquin ". Et les grands clubs étrangers n'ont pas traîné à embrayer le pas. " Alors qu'il venait à peine de faire son trou à Genk, on a reçu une proposition du Standard. J'ai rencontré LucienD'Onofrio et PierreFrançois. Et je dois reconnaître que le contrat était intéressant financièrement. Je suis parti voir les parents de Kevin pour leur expliquer la situation. Mais je ne voyais pas l'utilité pour Kevin de partir à ce moment-là. Surtout que cela aurait pu créer un climat de haine autour du gamin car ce transfert serait intervenu quelques années après le passage de Defour de Genk au Standard. Et les parents m'ont suivi. Kevin n'avait aucune exigence ou plutôt si : celle de pouvoir jouer au football. Et aujourd'hui encore, pour lui, l'important c'est jouer, jouer, jouer. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle il a quitté Chelsea. Et pourtant être un " Chelsea boy ", c'est le rêve de tous les gamins dans le monde. Aujourd'hui encore, on ne connaît pas les véritables raisons qui expliquent pourquoi JoséMourinho ne comptait pas sur Kevin. On a eu un entretien avec MarinaGranovskaia, bras droit de RomanAbramovitch chez les Blues et Mourinho, mais jamais on n'a eu de réponse claire. Et donc à un moment, Kevin m'a dit : Je veux partir. " Du haut de ses 22 ans, KDB cache déjà un caractère bien trempé " Cette personnalité, il l'a créée ", assure De Koster. " Quand il était jeune, c'était un garçon assez timide. Aujourd'hui encore, c'est pas le gars qui va se mettre à danser sur une table. Mais il n'hésite pas à dire les choses, c'est surtout quelqu'un d'honnête et de discret. Les Louis Vuitton, les Gucci, il s'en fout. 90 % de son temps, il porte un vêtement de son sponsor Nike. Même chose pour les voitures, il a toujours roulé avec ce que le club mettait à sa disposition. Pour la première fois, il s'est fait plaisir il y a quelques jours avec l'achat d'un beau bolide. " Le Standard n'est pas le seul club belge à tenter d'attirer le joueur de Genk. Son rival, Anderlecht, entre aussi dans la danse. " On s'est retrouvé autour de la table avec HermanVanHolsbeeck et le président RogerVandenStock. Le prix demandé à l'époque tournait autour des 3 millions d'euros. Le club trouvait ça trop cher. Six mois plus tard, on recevait une offre de Twente qui tournait autour de 6 millions. Anderlecht aurait donc pu doubler sa mise en quelques mois. Je pense même qu'à ce moment-là précis, Kevin aurait accepté de rejoindre Anderlecht. " Après avoir décroché le titre en 2010 et disputé plus d'une centaine de matches avec le club limbourgeois, De Bruyne signe le 31 janvier 2012 un contrat de 5 ans et demi avec Chelsea. " Ce contrat, c'était une première assurance-vie ", poursuit De Koster. " Et sportivement, il avait l'assurance d'être prêté dès le début de la saison 2012-2013. " L'agent DidierFrenay, chez qui De Koster a débuté dans le management sportif, présente KlausAllofs, alors directeur sportif du Werder Brême. " On a directement été séduit par la manière dont il voulait faire progresser Kevin et comment il envisageait la collaboration à travers une construction qui lui garantissait pas mal de temps de jeu. Les dirigeants de Chelsea ont proposé à leurs homologues du Werder une location dont le prix dépendait du nombre de matches joués par Kevin comme titulaire. S'il en jouait plus de 30, la location était gratuite, hors salaire, et le Werder l'a donc eu gratuit. " Saison 2013-2014, le club londonien récupère donc son rouquin fort d'une belle expérience en Bundesliga, créditée de 10 roses. Mais cette fois, c'est José Mourinho qui est à la tête des Blues. Et si la préparation est bonne, confirmée par une première rencontre de championnat face à Hull où De Bruyne est élu homme du match, ça se gâte assez vite pour notre international. La semaine suivante, Chelsea partage l'enjeu à Manchester United en jouant de façon très défensive. De Bruyne, à l'image des autres joueurs londoniens, chasse le cuir pendant toute la rencontre et se met très peu en valeur. Etonnamment, il est le seul à faire les frais de ce non-match et est expédié en tribune lors de la troisième rencontre de championnat. " C'est là que les problèmes ont commencé ", poursuit De Koster. " Kevin a encore reçu quelques minutes de jeu par-ci par-là mais il ne faisait plus partie des plans de Mourinho. Il y eut un manque total de communication envers ce jeune joueur. " " Je voulais le garder. Mais il ne voulait pas se battre pour sa place dans une équipe compétitive ", se justifiera un peu plus tard l'entraîneur portugais pour justifier un départ que beaucoup analysent aujourd'hui comme un vrai fiasco pour Chelsea. " " A cette époque, il était triste, abattu. J'ai passé pas mal de temps à Londres à essayer de lui remonter le moral. Il n'avait qu'une question à la bouche : pourquoi ? Et personne pour lui expliquer la raison de cette mise à l'écart ", explique De Koster. La Coupe du Monde en perspective, Kevin de Bruyne veut à tout prix regoûter au terrain car il craint même pour sa place d'indiscutable chez les Diables. Wilmots part à sa rencontre à Londres et le rassure. Cette période correspond aussi à cet épisode de coeur (pour ne pas dire autre chose) relayé abondamment par la presse people sur fond de tromperie entre l'ex-copine de De Bruyne avec ThibautCourtois. " Lors d'un rassemblement chez les Diables, Kevin était à côté de Thibaut et ils ne se sont pas tenus par les bras alors que toute l'équipe le faisait ", se remémore De Koster. " C'est la seule fois où je l'ai connu un peu tendu. Mais je pense que, vu le contexte, c'était tout à fait normal. Aujourd'hui, leur relation est professionnelle. Et vu le bonheur qu'il vit avec sa copine actuellement, je ne pense pas qu'il y pense encore. Mais je ne crois pas non plus qu'ils partiront en vacances ensemble un jour. " De nombreux clubs allemands tentent de récupérer celui qui a fait étalage de sa classe en Bundesliga quelques mois plus tôt. Dortmund, Mönchengladbach ou Leverkussen sont sur la balle. De Koster : " Klaus Allofs, qui était passé du Werder à Wolfsburg, voulait à tout prix récupérer Kevin. Mais c'est surtout le chèque qui a rendu possible ce transfert. Je dois aussi avouer qu'on avait un pré-accord avec Dortmund. Mais le club n'a pas voulu mettre le montant demandé par Chelsea. Seul Wolfsburg a été capable de le faire. " Malgré le faible temps de jeu, les Blues ne veulent pas brader KDB qui quitte Londres pour plus de 20 millions d'euros et des bonus (qualification pour la Ligue des Champions, nombre de matches joués, etc). On est en janvier 2014. Un an et demi plus tard, la valeur du Divin Rouquin a triplé et notre numéro 7 est devenu l'une des principales attractions de l'été. De Koster : " Les deux clubs qui ont été le plus loin dans les négociations sont le PSG et naturellement Manchester City. Avec le Bayern Munich, la situation était plus informelle. Nous ne sommes jamais entrés dans une phase de négociation. Le PSG, avec qui les premiers contacts remontent à plusieurs mois, le voulait vraiment. J'ai rencontré OlivierLetang (directeur sportif adjoint du club francilien) à quelques reprises. On a d'abord envisagé le rôle éventuel de Kevin avant de parler chiffres. Leur priorité s'appelait Kevin De Bruyne et non AngelDiMaria. Mais le transfert de Kevin, s'il est acté, coûtera plus cher que celui de l'Argentin (ndlr, 63 millions), j'en suis convaincu à 100 %. Avec un club comme City, tu reçois le package total : un grand championnat, la réputation, l'assurance de se battre pour des prix, que ce soit en championnat ou en Europe et l'aspect financier. Le coach de Wolfsburg, DieterHecking a aussi évoqué l'intérêt du Barça et du Real pour son créateur. " A ma connaissance, il n'y a eu aucune offre de clubs espagnols. En tout cas, je n'ai pas été contacté. Des agents m'ont appelé pour me dire que la Juve était intéressée mais je n'ai jamais imaginé le club italien capable de dépenser le montant demandé ", observe De Koster. A l'heure de boucler ces lignes, KDB est toujours annoncé avec insistance du côté des Citizens où il devrait avoir enfin l'occasion d'étaler son incroyable vision du jeu en Premier League. " Kevin est clair là-dessus, il n'a aucun sentiment de revanche envers Chelsea ou Mourinho. Il le respecte d'ailleurs, même s'il s'est posé mille et une questions. Si demain il devait affronter Cheslea, le premier à qui il tendra la main, c'est à Mourinho. " PAR THOMAS BRICMONT - PHOTOS BELGAIMAGE" La priorité du PSG s'appelait Kevin De Bruyne et non Angel Di Maria. "