A 24 ans, Momo Dahmane vit des beaux moments chez les Dragons. Enfin ! Car son statut de réserviste en début de saison fut très mal ressenti : " Je me posais beaucoup de questions et je me demandais si j'avais le niveau. J'ai même pensé arrêter car j'en avais marre de me pourrir la vie avec toutes ces interrogations. Le football prenait le pas sur ma vie alors qu'avant, c'était toujours en seconde ligne. Je ne suis pas un passionné mais j'avais quand même décidé de jouer le jeu. J'avais de la curiosité et je voulais tout donner pour voir jusqu'où je pouvais aller. Et quand on passe d'une grosse saison en D2 à 10 minutes en D1, on n'est pas fier. J'étais dans la situation de quelqu'un qui met 20 ans pour construire une maison et qui, au moment où il doit rentrer dedans, voit un autre lui passer devant. Cela m'a servi de leçon. Il faut apprendre à patienter, grandir, progresser et gérer la pression. Déjà à la trêve, Mons voulait attirer un autre attaquant et Charleroi m'ouvrait les bras... comme quand j'étais aux Francs Borains. Mais les dirigeants montois n'ont pas voulu me prêter au Mambourg ".
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A 24 ans, Momo Dahmane vit des beaux moments chez les Dragons. Enfin ! Car son statut de réserviste en début de saison fut très mal ressenti : " Je me posais beaucoup de questions et je me demandais si j'avais le niveau. J'ai même pensé arrêter car j'en avais marre de me pourrir la vie avec toutes ces interrogations. Le football prenait le pas sur ma vie alors qu'avant, c'était toujours en seconde ligne. Je ne suis pas un passionné mais j'avais quand même décidé de jouer le jeu. J'avais de la curiosité et je voulais tout donner pour voir jusqu'où je pouvais aller. Et quand on passe d'une grosse saison en D2 à 10 minutes en D1, on n'est pas fier. J'étais dans la situation de quelqu'un qui met 20 ans pour construire une maison et qui, au moment où il doit rentrer dedans, voit un autre lui passer devant. Cela m'a servi de leçon. Il faut apprendre à patienter, grandir, progresser et gérer la pression. Déjà à la trêve, Mons voulait attirer un autre attaquant et Charleroi m'ouvrait les bras... comme quand j'étais aux Francs Borains. Mais les dirigeants montois n'ont pas voulu me prêter au Mambourg ". Aujourd'hui, le Momo de Maubeuge est devenu la star du Tondreau. La roue a tourné. Quatre buts depuis le début du deuxième tour. Il peut de nouveau relever la tête lorsqu'il arpente les rues de son Quartier du Fort. Il a appris aussi à mieux intégrer son nouveau statut de vedette. " Je commence seulement à vivre avec. Tout ce cheminement fait partie de la réussite ". " Vous pouvez laisser votre voiture en face de chez moi. Normalement, quand on voit une plaque belge ici, on croit qu'il s'agit d'une couverture de la police locale. Mais ne vous inquiétez pas. Tout le monde vous a aperçu avec moi et le bruit a déjà dû se propager ". Bienvenue dans le quartier du Fort, le fief de la famille Dahmane. C'est ici, à Hautmont, dans la banlieue de Maubeuge que Mohamed (24 ans) a grandi. " Mon père Laïd a quitté l'Algérie à 13 ans et est arrivé ici. Il a travaillé dans les mines de Charleville-Mézières et a sacrifié sa vie pour nourrir ses quatre garçons et quatre filles ". Tout autour, les mêmes bâtiments typiques des cités françaises. " Il y a eu des émeutes ici aussi. J'ai été déçu car ce n'est pas cette image-là que je voulais donner de ma cité. De plus, ce ne sont pas les plus âgés, ceux qui souffrent du chômage, qui se sont rebellés mais les plus jeunes, ceux qui ont encore tout leur avenir devant eux. Et ils ont puni ceux qui étaient déjà dans la pauvreté. Un matin, des chômeurs se réveillaient et se rendaient compte qu'on avait brûlé leur voiture. Moi, j'ai vu des jeunes dont je m'occupais comme éducateur, mêlés aux émeutes ". On fait le tour de la cité avant de reprendre le chemin. Direction le café Schéherazade que Dahmane continue à fréquenter. " La meilleure chose dans la vie, c'est de rester simple. Cela fait plaisir à tout le monde quand je viens dire un petit bonjour. Les gens se disent - Lui, il ne nous a pas oublié ". Un quart d'heure plus tard, nous voilà dans une autre cité. Ici, pas de hautes tours mais des carrés d'immeubles dans lesquels s'entassent les familles. " Quand on voit cela, on se dit que personne ne mérite d'être traité de la sorte. Quand des gens vivent 30 ans là-dedans et qu'on continue à leur parler d'espoir, comment voulez-vous qu'ils le prennent ? On a casé les mineurs dans ces bâtiments en leur disant qu'il s'agissait d'une solution temporaire et qu'on allait s'occuper d'eux et les sortir de là. Mais on les a laissé mourir ici ". Le ton est calme mais réfléchi. Pendant des années, ce paysage a fait partie de la vie de Dahmane. Aujourd'hui, Momo ne renie en rien ses origines. Il a certes emménagé dans le centre de Maubeuge mais il revient souvent dans son quartier. Sa famille y habite toujours et toute la cité le reconnaît. Il dit bonjour à tout le monde et les voitures klaxonnent quand elles le croisent. Si Dahmane est devenu l'idole locale du RAEC Mons, ici, c'est un modèle. " Je n'aime pas le terme d'idole. Je suis juste un être humain reconnu à Mons. Je ne veux pas qu'on m'idolâtre car j'ai l'impression que cela empêche les gens de vivre leur propre vie. Pour les gamins, je comprends. Par rapport aux jeunes d'ici, je constitue en quelque sorte un modèle de réussite. Avant de venir à Mons, j'avais déjà une certaine forme de reconnaissance à Maubeuge car j'avais beaucoup travaillé dans le quartier. Les mamans me citaient en exemple car je n'avais jamais eu d'antécédents judiciaires ". Lui aussi a dû trouver sa voie dans un environnement difficile mais il s'en est sorti grâce à sa volonté et à l'éducation de ses parents. " J'ai fait quelques bêtises mais j'ai évité de commettre des conneries graves car je ne voulais pas que ma mère, après avoir tout vécu, connaisse encore l'épreuve de venir me voir en prison. J'ai eu une enfance difficile mais heureuse. On ne manquait de rien et on aimait rester à l'école. Comme il n'y avait pas de télévision à la maison, on prenait des cours du soir et puis, on partait à l'entraînement de football. On aimait aussi jouer entre nous, dans la cité. On en a cassé des carreaux. Maintenant, ça va, la municipalité a compris. Elle a placé des doubles vitrages. ". Dahmane a écumé tous les clubs de la région (Maubeuge, Hautmont, Lens, Valenciennes) mais ce n'est qu'une fois la frontière franchie que la réussite fut notoire. " Je ne suis pas un fanatique du football. Je suis devenu professionnel en début de saison. Avant, j'avais un travail. Si cela s'arrête du jour au lendemain, je ne serai pas triste. Je sais d'où je viens, c'est-à-dire du bas de la société, où je gagnais 1.000 euros par mois et je m'en sortais. Rien ne peut me détruire. Je serais super heureux avec 1.200 euros par mois. Le jour où le football me prend la tête, j'arrête. Pour le moment, c'est une passion. Vous savez : je dois être un des plus petits salaires de Mons. A ma place, beaucoup de monde aurait déjà été négocier un nouveau contrat mais j'aurais l'impression de me rabaisser si je rentrais dans le bureau du directeur général pour discuter de cela. Si j'avais opté pour l'argent, je n'aurais jamais quitté les Francs Borains où on était prêt à m'offrir une meilleure rémunération qu'à Mons ". Dans le football actuel, ces propos tranchent. Un joueur nous montre fièrement son training de Mons avec lequel il s'entraîne. Tout le monde prend des nouvelles de Dahmane et lui parle de la raclée prise par Genk au stade Tondreau. " C'est ici que je suis venu me ressourcer après mes déboires à Lens. Aujourd'hui, je sais que Lille et Valenciennes me pistent. Je suis déçu que ces clubs-là ne m'aient pas tendu la main lorsque j'en avais besoin mais je ne leur en veux pas. Il n'y a qu'un club dont je ne veux plus entendre parler. C'est Lens. J'ai été humilié. Ils m'ont sorti du cocon familial et puis, ils m'ont planté ". Aujourd'hui, il voit son avenir en Belgique même si, sans l'avouer, il rêve de la France. " Retourner en France, ce serait la cerise sur le gâteau ", consent-il cependant, " mais la Belgique m'a reconstruit sur le plan du football ". Sur le terrain d'Hautmont, où l'entraînement nocturne débute à quelques pas des maisons des mineurs, le football rime avec social. Toutes les communautés sont présentes. " Ici, c'est cosmopolite ", lâche le président Saïd Lalami qui gère le club avec ses frères. " C'est chez nous que Momo a transité de 5 à 15 ans, à 17-18 ans et quelques mois avant de rejoindre les Francs Borains. Il constituait la ligne d'attaque avec mon frère beaucoup plus âgé que lui. On l'appelait l'apprenti. Le destin a voulu qu'il parte à Lens. Des émissaires du club nordiste étaient venus visionner un autre joueur mais ce jour-là, Momo était intenable et il a planté quatre buts d'anthologie. Lens nous avait promis des équipements et des ballons mais on n'a jamais rien vu venir ". Jean-Marc Varnier, l'entraîneur français de Tournai, qui habite un village proche de Maubeuge, a toujours soutenu Dahmane. C'est lui qui l'a orienté vers la Belgique en le faisant venir aux Francs Borains : " Il a bien fait de partir en Belgique. Je savais qu'il pouvait éclater s'il se stabilisait. Aux Francs Borains, il a inscrit 18 buts et donné neuf passes décisives en 15 rencontres. C'était la coqueluche des supporters. Il ne fallait pas toucher à Momo. Charleroi était intéressé mais il a préféré s'orienter vers Mons. C'est un bon choix. Non seulement, c'est à 15 kilomètres de chez lui mais avant de vouloir jouer en D1, il convenait de découvrir la D2. Il a été décisif dans la montée des Dragons. Je pensais bien qu'il se ferait vite connaître mais de là à ce qu'il soit aussi vite titulaire en D1... Sa réussite est belle quand on voit d'où il vient. Je ne connais pas le plafond de Momo. Plus il restera humble et moins il écoutera ceux qui lui disent qu'il est le meilleur, plus loin il ira. Il a quand même un entourage qui le flatte beaucoup... De plus, il devra marquer chaque saison entre 10 et 15 buts. Et il y a le nombre d'assists ! Il doit encore travailler car aujourd'hui il a peut-être marqué cinq buts mais il en a raté 10 ". par stéphane vande velde-photos : reporters/michel gouverneur