Il a été critiqué pour sa philosophie de jeu et ses longs ballons ainsi que pour ses propos. Mais il a tenu bon. Après son éclatante victoire contre Anderlecht (5-1), Dominique D'Onofrio revient sur ses derniers mois à la tête du Standard.
...

Il a été critiqué pour sa philosophie de jeu et ses longs ballons ainsi que pour ses propos. Mais il a tenu bon. Après son éclatante victoire contre Anderlecht (5-1), Dominique D'Onofrio revient sur ses derniers mois à la tête du Standard. Dominique D'Onofrio : Je n'ai jamais été un partisan de l'exposition à outrance. On m'a déjà dit que je devais mieux me vendre. Pour moi, l'important réside dans mon travail au quotidien et dans la gestion du groupe. Les médias font partie du monde du foot mais ce n'est pas ma priorité. J'ai appris. Quand j'ai commencé mon boulot d'entraîneur au Standard, tous les jours, je donnais les nouvelles aux journalistes. Mais quand nous avons créé une structure avec un directeur de communication, je m'en suis tenu à mon rôle. C'était ma volonté. Je ne trouvais pas opportun de m'exprimer. Lors de mon premier mandat, j'ai été beaucoup trop naïf et trop gentil. Par moments, je me suis senti trahi par certains. J'en ai tiré les enseignements. Le 1-4 à Anderlecht, c'était grandiose. On oublie qu'à cette époque-là, on avait réalisé de gros résultats. Lors de mon premier mandat, tous les objectifs avaient été atteints : les poules de l'Europa League, le podium puis la place de vice-champion. Il y avait beaucoup plus de positif que de négatif. D'ailleurs, dans la corporation, je suis très respecté. Oui, c'est certainement le cas. Pendant quatre ans, on a bossé et Michel Preud'homme a pu travailler dans la continuité. Comme Laszlo Bölöni a travaillé dans la continuité de Michel. On oublie que j'ai été sept ans entraîneur au Standard avant la période actuelle : trois comme adjoint et quatre comme T1. Et maintenant, je recommence un nouveau cycle. Alors que je ne m'y attendais pas du tout. Il a fallu sauver ce qui était possible de sauver, la saison passée. J'ai accepté et on est resté sur une très belle campagne européenne. Je sentais que le club avait besoin d'un électrochoc. Faire venir quelqu'un de l'extérieur aurait été très compliqué. Moi, je connais la maison, les joueurs. Oui car on se pose des questions. Puis à un moment donné, je me suis dit : - Tant pis. Les dirigeants n'avaient, de toute façon, que cette solution-là. Sur quatre matches, est-ce qu'on pouvait faire mieux ? Et en Coupe d'Europe, est-ce qu'on pouvait faire mieux ? On a effectué un gros travail. On aurait dû atteindre les play-offs 1. Dans les play-offs 2, un ressort s'était cassé. J'ai également introduit quelques jeunes. Avec le recul, je crois qu'on peut dire que cet intérim a été super-positif. J'ai été entraîneur dans tous les clubs de la province de Liège. J'ai été diplômé à l'âge de 29 ans, j'ai passé la Pro Licence il y a sept ans. Je réponds donc à tous les critères. Certains oublient que j'entraîne depuis 30 ans. J'ai travaillé avec Robert Waseige et Eric Gerets au FC Liège en m'occupant des Espoirs. J'ai entraîné en D3, en Promotion avant d'arriver au Standard. On ne peut pas nier mon parcours. On se focalise beaucoup trop sur le fait que je suis le frère d'untel ou que je n'ai pas joué à un haut niveau. En Italie, des entraîneurs comme Arrigo Sacchi ou Alberto Malesani n'ont pas été des grands joueurs mais on les respecte. Même chose en France avec Rudi Garcia à Lille. En Belgique, on n'a pas cette culture. Si on ne reconnaît pas mon travail, tant pis. Je sais ce que je fais, ce que je peux réaliser. Je me donne à 200 %. Un entraîneur ne fait jamais l'unanimité et moi encore moins. En début de saison, je les ai rencontrés. Ce qu'aucun entraîneur ne fait. J'ai répondu à leurs questions. J'ai écouté, à l'Académie, les principaux leaders pendant plus de deux heures. Même après ce laps de temps, certains n'étaient pas convaincus car ils sont focalisés et conditionnés. Ils gardent leurs préjugés. Le fait que je suis le frère de l'autre et que je n'ai pas de grande carrière de joueur. Un ancien joueur qui débute sa carrière d'entraîneur reçoit, en Belgique, plus de considération que quelqu'un qui entraîne depuis sept ans. Ce n'est pas parce qu'on fut un grand joueur qu'on devient un grand entraîneur. Et loin de moi l'idée de dire que je suis un grand entraîneur, hein ! Mais, j'ai une carrière qui mérite le respect. Mais Michel a dit la même chose, il est sorti de son rôle et les supporters n'ont jamais rien dit. Jamais. Le mot démission ne fait pas partie de mon vocabulaire. Quand j'ai pris le poste, je savais qu'au moindre faux pas, les supporters allaient sortir du bois. Bien évidemment. Au départ, ça a joué. Oui mais à un moment donné, il y a une orientation de club qui doit être respectée. Des joueurs émettaient le désir, de semaines en semaines, de mois en mois, de nous quitter ! Le Standard ne se mettra jamais dans le rouge pour construire une équipe soi-disant compétitive. On croyait pouvoir garder certains joueurs un ou deux ans de plus. En football, on ne peut présager de rien. Ce n'était pas prévu que de Camargo s'en aille. Et puis, aurait-on fait mieux avec de Camargo, Mbokani, Jovanovic ? On les a gardés, la saison dernière, pour les supporters. On a perdu 6 millions d'euros en gardant Jovanovic et on a refusé de vendre Marcos à Twente. Dans le football, parfois, tu es pris au dépourvu. Il faut donc garder son calme quand deux joueurs nous quittent en fin de mercato. Et donner leur chance aux jeunes de l'Académie. En football, dans certaines circonstances, il est impossible à tenir. On n'a jamais parlé de titre. L'objectif du Standard a toujours été le même. Que ce soit à l'époque de Preud'homme, Bölöni ou à la mienne : être européen et rivaliser avec les meilleurs. Pas viser le titre. On n'a pas les moyens de le faire chaque saison. Anderlecht doit viser le titre chaque année car il possède le double de notre budget. Nous pas. On a été européen sept années sur dix, sacré champion deux fois. Alors, on peut connaître une année sans. Que devraient dire Genk et Bruges qui depuis trois, quatre ans éprouvent des difficultés ? Pourquoi toujours ? Vous avez douté de cela ? Moi pas. Je n'ai jamais ressenti qu'ils étaient contre moi. Leur geste était spontané. Cela fait plaisir car s'ils sont venus vers moi, c'est qu'ils ont ressenti que les critiques extérieures n'étaient pas justifiées. Eux voient comment je bosse et comment je les protège. Il a fallu trouver la bonne formule. Tchité, je l'ai lancé et Cyriac, je l'ai découvert. J'ai visité l'Académie de l'ASEC Abidjan pendant une semaine. Bölöni ne comptait pas trop sur lui mais moi, je connaissais sa valeur. Je n'ai pas hésité une seule seconde à le titulariser après sa blessure. Dans cette position-là et dans le système que je voulais mettre en place, c'était l'attaquant le plus percutant. Bien évidemment. Comme celle de Marcos. Il n'y en a pas beaucoup qui le voulaient. Et il a fait carrière. C'est devenu le meilleur back droit de Belgique et c'est moi qui l'ai fait venir. On ne pouvait pas passer à côté de cette opportunité. Cela ne nous coûtait pas grand-chose et il nous a déjà fait gagner un match. Par rapport aux autres attaquants, c'est davantage un homme de rectangle. Il faut faire des choix mais il peut être complémentaire avec Cyriac ou Tchité. Non, je ne me focalise pas là-dessus. J'ai essayé d'analyser les qualités des joueurs en préparation et je savais qu'il s'agissait d'un groupe très jeune. Je connaissais les risques que cela comportait. On en parle mais Lucien n'est pas dupe. Il le savait. Ils sont jeunes et ils feront encore des erreurs. Mais je me souviens qu'Onyewu, quand il est arrivé, commettait aussi des erreurs. On ne lui en a jamais tenu grief et on sait ce qu'il est devenu. Même la défense d'Anderlecht fait des erreurs et pourtant cela fait deux ans qu'ils jouent ensemble. Peut-être mais ces jeunes joueurs ont déjà montré de belles choses. On a oublié les prestations de Ramos en Europa League et celles de Mangala en Ligue des Champions. C'est vrai. Victor Ramos n'était pas à la hauteur. Il gambergeait. J'ai dû trouver une solution et j'ai donné sa chance à Felipe. Oui mais je n'ai pas changé ma défense, à part le repositionnement de Ciman au centre. Suite à sa blessure, j'ai mis Opare qui, dès son premier match, a donné l'assist à Pieroni. Je n'ai jamais eu aucun problème avec Sébastien et je ne sais pas qui s'est focalisé là-dessus. Mon choix ne relevait que du sportif. Je n'ai jamais eu de conflit avec lui. J'ai tout fait pour ce garçon. Je lui ai donné sa chance, je l'ai titularisé, je l'ai soutenu, je lui ai parlé. Il n'était pas tranchant. Et à un moment donné, il faut faire des choix. J'ai parlé avec lui, Dufer et Kabamba. Mais à un moment donné, un entraîneur ne peut pas travailler avec 30 joueurs. Si on avait pu le leur dire trois semaines avant, on l'aurait fait mais on ne savait pas que trois nouveaux joueurs allaient arriver le dernier jour. Cependant, ils font toujours partie de l'équipe. Ils sont venus à la présentation officielle, ils sont sur les posters. On les maintient en condition et quand on en aura besoin, on fera appel à eux. J'ai toujours ressenti un esprit positif mais qui n'était pas toujours approprié. Or, il faut être professionnel TOUS les jours. Et dans le chef de certains, ce n'est pas toujours le cas. Il faut donc taper souvent sur le même clou et le message semble être passé. Pour moi, Genk est avec Anderlecht, de loin, la meilleure équipe de Belgique. Le noyau y est en place depuis deux ans.par stéphane vande velde - reporters/hamersSi on ne reconnaît pas mon travail, tant pis... Les joueurs voient comment je bosse et comment je les protège.