À l'heure où le grand débat sur les retraites montre un peu plus à quel point notre monde est devenu odieux et injuste, il y a des retraités qui ne connaissent pas les mêmes affres que celles de millions de courageux qui ont usé leur vie à enrichir la minorité qui les méprise une fois la rentabilité tarie. On parle bien sur des footballeurs. Pour eux, le blême n'est pas de continuer d'avoir assez d'argent pour survivre mais bien de ne pas trop en perdre pour continuer à vivre.
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À l'heure où le grand débat sur les retraites montre un peu plus à quel point notre monde est devenu odieux et injuste, il y a des retraités qui ne connaissent pas les mêmes affres que celles de millions de courageux qui ont usé leur vie à enrichir la minorité qui les méprise une fois la rentabilité tarie. On parle bien sur des footballeurs. Pour eux, le blême n'est pas de continuer d'avoir assez d'argent pour survivre mais bien de ne pas trop en perdre pour continuer à vivre. Ces derniers jours, trois footeux plus que respectables arrêtent les frais. Plus très frais. Tel Robert Huth. Un être à part. Parti dès ses 17 ans à Chelsea, il a été international allemand sans jamais avoir joué en Bundesliga. Rare. Voire unique. Rien à voir avec le fait qu'il provienne de Berlin Est mais c'était un mur. Pour le franchir, fallait soit le contourner soit le fracasser. Ce qui revenait à changer le " le " en " se ". Sur un terrain, il était à l'image de son mur. Triste. Voire déprimant. En le voyant jouer, on se demandait parfois si le foot était encore un jeu. Lui ne jouait pas, il travaillait. C'était un boulot. Qu'il faisait formidablement bien. Le genre de joueur qu'on adore avoir comme coéquipier. Il vient de prendre sa retraite après 17 ans de carrière. En toute discrétion : " Je n'allais quand même pas solliciter une interview pour l'annoncer. Ou encore le gueuler dans la rue ". Pas le genre mais il vient quand même de révéler un truc magnifique. Il a effectué sa première rentrée en touche après huit ans de carrière. On pourrait s'en foutre. Pas moi. C'est la stat de l'année. Voire de la décennie. J'adore. Robert raconte : " Je jouais à Stoke, l'arrière droit se blesse à l'échauffement, le coach me demande de jouer à sa place. Je n'avais jamais joué ailleurs que défenseur central. Après trois minutes, le ballon sort de mon côté. Et là, je reste deux minutes à regarder ce ballon. Jusqu'à ce que mon coach m'insulte en m'ordonnant d'effectuer cette rentrée en touche. J'ai pris le ballon l'ai lancé 10 mètres au-dessus de la tête d'un coéquipier et me suis directement refait insulter par mon coach ". Trop léger le ballon. Le plus marrant est que le fameux arrière droit blessé à l'échauffement n'était autre que Rory Delap surnommé " Catapulte Man ". Le joueur qui faisait les plus longues rentrées en touche au monde. L'homme qui donnait des assists avec ses mains. Mais bon c'est Huth qui s'en va et ce qu'on retiendra toujours et pour toujours c'est qu'il faisait partie de l'équipe de Leicester championne d'Angleterre en 2015/16. C'est homme est donc un héros. Un autre retraité de l'année, un autre discret, un autre héros. Bastian Schweinsteiger. Un joueur qui à l'inverse de son nom était très simple à (d)écrire. Simplicité. Il y a de ces joueurs qui simplifient le jeu. Le leur et celui de leur équipe. Ce qui ne l'a pas empêché d'être huit fois champion d'Allemagne avec le Bayern. De gagner la Ligue des Champions et d'être champion du Monde. Lui aussi est venu en Premier League. Sa perf à Manchester United ? Pousser José Mourinho à s'excuser. Certainement pour la première fois de sa carrière. De quoi ? D'avoir viré Bastian du noyau A et de l'avoir envoyé avec l'équipe réserve. On a le respect qu'on mérite. On lui souhaite des jours heureux avec sa sublime épouse Ana Ivanovic. Et puis, il y a le doyen. Tim Howard. À 40 ans. Après 815 matchs en 22 ans de carrière. Après 16 années et 121 sélections avec les USA, dont une l'a fait entrer dans l'histoire des Coupes du Monde. 15 arrêts dans un seul match. Record. C'était face à nos Diables en 2014. Joueur et surtout homme hors norme. Faire une telle carrière alors que vous êtes atteint du syndrome de la Tourette. Que vous souffrez de tics nerveux, que par moment votre corps devient incontrôlable, est exceptionnel. Sa maladie s'arrêtait d'exister dès qu'il montait sur un terrain. Là, le foot retrouve sa vraie valeur. Celle de rendre le monde meilleur à celles et ceux qui le jouent et le regardent. Merci Tim. Pour toi comme pour les autres footeux, la retraite, c'est la vraie vie qui commence.