Février 2002. Raymond Goethals est tombé sous le charme du même joueur lors du match contre Bruges et dit: "Tilmant est un gars sous-estimé dans notre championnat".
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Février 2002. Raymond Goethals est tombé sous le charme du même joueur lors du match contre Bruges et dit: "Tilmant est un gars sous-estimé dans notre championnat".Entre ces deux discours, Frédéric Tilmant est passé par tous les états d'âme. Il a souffert, a failli sombrer et tout plaquer. Mais il s'est accroché. Aujourd'hui, il est le seul titulaire indiscutable de la ligne d'attaque des Loups. Et sa cote de popularité au Tivoli n'a jamais été aussi élevée.Frédéric Tilmant: J'ai paniqué pour la première fois en juillet. Courtrai, qui m'avait permis de faire mes débuts en D1 il y a plus de dix ans, m'a appelé. On me proposait un retour là-bas. Cette personne m'a appris que je n'entrais plus dans les plans de Daniel Leclercq. Je suis tombé des nues. L'entraîneur ne m'avait jamais rien dit. Je suis allé le trouver et il a démenti. Oui... J'ai compris que Leclercq ne comptait effectivement pas sur moi. Ce fut le jour le plus noir de ma carrière. Je passais pour un pistonné, pour le gars qui n'avait pu rester à La Louvière que grâce à l'amitié que lui portait le président. J'ai tiré mes conclusions et j'étais prêt à tout abandonner. Ce n'était pas la première fois que j'avais l'impression d'être sous-estimé et ça me faisait de plus en plus mal. J'étais sur le point de demander à Monsieur Gaone s'il n'avait pas une place pour moi dans son entreprise. Avant de devenir professionnel, j'avais travaillé chez lui pendant huit ans comme livreur. Si ma femme ne m'avait pas convaincu que je devais m'accrocher, je ne serais plus footballeur aujourd'hui. Dès le moment où j'ai décidé de continuer, je me suis mis en tête d'ennuyer le coach, d'être la petite bête qui le ferait ch... chaque semaine au moment de sa sélection. Je voulais qu'il se dise, avant chaque match: -Et pourquoi pas Fred, finalement? Il y avait six attaquants pour trois places et j'étais tout en bas de sa liste. J'ai travaillé en silence, plus dur que jamais. Je prenais un risque en restant à La Louvière, car la seule personne qui croyait en moi ne composait pas l'équipe. Tout à fait. Aujourd'hui, Verbist et Leclercq ne sont plus au club, il y a trois attaquants qui nous ont quittés en cours de saison, mais Tilmant est toujours là. Ça veut sans doute dire que j'ai certaines qualités. J'ai grandi dans ces épreuves. Mentalement, je suis beaucoup plus fort qu'il y a six mois. Si j'avais laissé tomber les bras, je n'aurais pas été prêt quand Ariel Jacobs a décidé de me faire confiance."J'ai plus le profil d'un médian défensif"Tout à fait. Et c'est normal. Ce soir-là, je ne me sentais plus. J'ai marqué un but et donné deux assists. J'ai directement pensé à tout ce qui m'était arrivé et je me suis dit: -Voilà, c'est ça la réponse de Fred. Mais je n'ai pas pensé pour autant que j'avais gagné la partie. J'ai déjà marqué pas mal de points, mais c'est seulement en fin de championnat qu'on pourra dire si Verbist et Leclercq avaient tort ou raison. C'est dû à mon style de jeu particulier. Mon plus gros atout, c'est mon jusqu'au-boutisme. Je donne tout ce que j'ai dans le corps et c'est pour cela que le public se reconnaît en moi. Comme la majorité de nos supporters, je n'avais pas de dons extraordinaires au départ et je devais travailler comme un fou pour avoir une chance de réussir dans la vie. Je ne serai jamais un footballeur talentueux. J'ai 32 ans et je ne changerai plus. Je n'aurai jamais l'aisance technique d'un Benoît Thans ou la vivacité d'un Wesley Sonck. Je comprends qu'il soit plus agréable de voir jouer Zidane que Tilmant. Mais j'ai beaucoup de coeur. Mon style est plus proche de Manu Karagiannis ou Alan Haydock. Nous sommes toujours prêts à bouffer le ballon ou à passer sur le corps de l'adversaire. Les supporters me connaissent et ils me pardonnent plus facilement un mauvais match qu'à un joueur plus doué mais peut-être moins volontaire. Je me démène depuis neuf ans pour ce club et c'est apprécié. J'ai déjà joué près de 250 matches pour La Louvière -en D3, D2 et D1-, j'ai marqué une bonne centaine de buts: grâce à ce parcours, les gens ne se focalisent pas sur ma dernière prestation. J'ai des détracteurs parce qu'on ne plaît pas à tout le monde, mais on ne pourra jamais me reprocher d'en garder sous la pédale. C'est ma marque de fabrique.Mon parcours a longtemps été chaotique. J'ai fait toutes mes classes à Leval, un club de Provinciale. Nous nous entraînions souvent dans la boue et cela ne m'a pas permis de travailler ma technique. Quand je me suis retrouvé dans un club de Nationale, à Binche, j'avais déjà 17 ans et il était trop tard pour rattraper tout le temps perdu. Je me suis attaché à corriger ce qui pouvait encore l'être: mon jeu de tête, ma frappe des deux pieds, l'art d'être bien placé au bon moment.Aujourd'hui, je peux faire une feinte de corps, un passement de jambes ou un crochet, mais ça manque méchamment d'aisance. Tant pis: il faut de tout dans une équipe. Finalement, j'ai beaucoup plus le profil d'un médian défensif que d'un attaquant. Avec mes qualités, je me débrouillerais sans doute mieux en tant qu'arracheur de ballons. Mais je n'ai jamais cherché à reculer dans le jeu parce que le but adverse m'a toujours attiré comme un aimant."Ouédec s'est renfermé dans sa coquille"C'est un rôle qui ne me déplaît pas. Je l'ai souvent assumé dans le passé. Partir seul au casse-pipes a aussi son charme. Mais on ne peut évidemment pas me demander d'user la défense adverse en permanence et d'être encore parfaitement frais à la conclusion. Tous ces efforts expliquent mon manque de lucidité sur certaines phases. Notre style de jeu n'est pas toujours très académique mais il paye et c'est l'essentiel. Si La Louvière était en milieu de classement, on verrait un autre football parce que notre entraîneur donnerait davantage la priorité au spectacle. Malgré le fait que je sois parfois seul en pointe, nous faisons peur à nos adversaires. C'était frappant en fin de match contre Bruges. Dès que Lembi avait le ballon, Englebert lui criait de le dégager le plus loin possible. C'est valorisant pour nous.C'est une bonne chose pour moi car cela m'a permis de devenir titulaire, mais c'est une fameuse perte pour l'équipe. Dias et Missé-Missé se sont mis hors-jeu. Ouédec, c'est un autre problème. Il a raté une semaine d'entraînement et on nous disait au club qu'il était simplement grippé. Nous avons directement senti qu'il se passait quelque chose de plus grave. Après son départ, j'ai voulu l'appeler pour le réconforter malheureusement je n'ai pas eu de réponse. J'ai alors envoyé un message sur son site Internet et son webmaster m'a répondu que même lui ne parvenait plus à joindre Nicolas. Il s'est complètement renfermé dans sa coquille.Pierre Danvoye,"Les gens préfèrent voir jouer Zidane que Tilmant: c'est normal...""On pourra dire en fin de saison si Leclercq et Verbist avaient raison de me condamner"