En temps de crise, certains clubs ont peur de perdre, ils se replient, se crispent. D'autres puisent en ces moments difficiles un surplus d'énergie, ils étalent leur rage de vaincre.
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En temps de crise, certains clubs ont peur de perdre, ils se replient, se crispent. D'autres puisent en ces moments difficiles un surplus d'énergie, ils étalent leur rage de vaincre. Il y a un peu plus d'une semaine, l'avenir de Pep Guardiola au Bayern s'était assombri. Sa défaite 3-1 au FC Porto avait meurtri le club et certains joueurs s'étaient disputés dans le vestiaire. Même les journaux de qualité avaient fait leurs choux gras de ces dissensions. Bild parlait de journées cruciales et trouvait que Guardiola tenait un langage flou quant à sa volonté de rester l'an prochain en Bavière. S'était-il mal exprimé, dans son allemand pas toujours très orthodoxe ? Pour la première fois, en tout cas, il a été la cible des critiques, du moins en dehors du club car la direction mettait tout en oeuvre, au même moment pour prolonger son contrat au-delà de 2016. Le Catalan est le roi de Bavière, même quand il est en conflit avec un monument du club. Guardiola s'est heurté au célèbre DrHans-Wilhelm Müller-Wohlfahrt, gourou aux mains d'or, lié au Bayern depuis 38 ans. L'orthopédiste de 72 ans a soigné les plus grands sportifs du monde mais Guardiola s'est interrogé sur la cause des nombreuses blessures. En un an et demi, on a dénombré treize opérations. Il estimait aussi que le médecin devait déplacer son cabinet au centre d'entraînement, pour éviter le trajet de sept kilomètres aux joueurs. Müller-Wohlfahrt a obtempéré, déléguant son fils. Insuffisant aux yeux de Guardiola. Guardiola n'hésitait pas non plus à s'informer de la santé de ses joueurs, au grand dam du médecin. Jadis, Uli Hoeness aurait arrondi les angles. Finalement, Müller-Wohlfahrt a démissionné. D'aucuns se sont demandé si l'entraîneur n'obtenait pas trop de pouvoir et affirmaient qu'une élimination contre Porto déclencherait une fameuse tempête. Bayern-Porto, 55'. Pep Guardiola, le pantalon déchiré, jaillit du banc, furieux que son équipe ait bêtement perdu le ballon. Le Bayern mène 5-0, il développe un superbe football de combinaisons, parfois virevoltant, parfois contrôleur. Le ballon est passé par 26 étapes sur le troisième but. Les Munichois étaient privé d'Arjen Robben, de Franck Ribéry, de Bastian Schweinsteiger et de David Alaba. Et pourtant, en deuxième période, quand le champion s'est un rien déconcentré, Guardiola a explosé. Il veut voir de la joie, du football. Score final : 6-1. Le CEO Karl-Heinz Rummenigge a parlé d'une prestation géniale de son entraîneur. Interrogé sur le choc des egos entre Guardiola et le médecin, il a décrété le chapitre clos. Et Guardiola dans tout ça ? Il a déclaré à la presse qu'il était fier de ses joueurs. A-t-il alors pensé à d'autres conférences de presse, qui se résumaient à un bulletin de santé ? Ou aux questions qui lui ont été posées sur son jeu trop défensif ? Il réagit toujours avec classe. Il n'est pas de ces coaches qui se prennent pour des victimes. Une seule fois, il a patiemment expliqué pourquoi il prenait certaines précautions : l'entrejeu manquait d'équilibre, en l'absence de Thiago, qui fait la navette entre défense et attaque, insuffle rythme et dynamique tout en comblant les brèches. Maintenant, Thiago est de retour. Il a ouvert le bal, a inscrit le premier but et a été un des meilleurs sur le terrain. Son retour n'est pas l'unique explication au sursaut du Bayern. L'équipe a étalé sa classe et sa force mentale contre le FC Porto. Pep Guardiola a souvent réaffirmé sa surprise face à cette incroyable rage de vaincre. Nul, au Bayern, n'a craint un blâme contre les Portugais, à commencer par l'entraîneur, qui a dévoilé ses ambitions, la veille du match : le triplé. On sait, depuis, si le Bayern peut aussi gagner la Coupe, puisqu'il a disputé hier les demi-finales de la Coupe contre le Borussia Dortmund. Le week-end dernier, le Bayern a été sacré champion pour la 25e fois. La saison passée, il avait le titre en poche à la mi-mars. Cette fois, il a dû patienter un bon mois en plus. A-t-il moins dominé le championnat ? La réponse est partiellement positive mais il n'en reste pas moins un monde de différence entre le Bayern et les autres clubs de Bundesliga. Au premier tour, il semblait réaliser une campagne historique. On parlait d'une saison sans défaite. Le moteur a quelque peu calé à la reprise. Le Bayern s'est ainsi incliné 4-1à Wolfsburg et 0-2 contre le Borussia Mönchengladbach. Il y a eu ces blessures, qui ont donné à Guardiola l'impression d'avoir atterri dans un drôle de monde : au lieu de chercher des espaces sur le terrain, il devait combler des brèches. Beaucoup de joueurs étaient fatigués, à l'exception notable de l'inusable Thomas Müller. Pep Guardiola est souvent accusé d'intransigeance. L'entraîneur-turbo, débordant d'énergie, exige le maximum de ses joueurs. C'est d'ailleurs ce qui a requis d'eux la plus grande adaptation à l'arrivée de l'Espagnol. Son prédécesseur, Jupp Heynckes, optait fréquemment pour un football économique. Guardiola l'interdit. Sa philosophie requiert beaucoup d'énergie. Guardiola a intensifié sa vigilance suite à l'élimination du Bayern des demi-finales de la Ligue des Champions, des oeuvres du Real, la saison passée. Le fait que le Bayern était déjà assuré du titre avait engendré une certaine décompression, qui s'est payée cash. Pas question de répéter cette erreur, surtout pas dans la double confrontation face à Barcelone, si spéciale pour Guardiola. Le Bayern a déjà affronté avec succès le Barça en 2012-2013. Il s'est imposé 4-0 et 3-0. Quelques heures après le triomphe contre Porto, interrogé sur l'adversaire qu'il espérait, Rummenigge a répondu : " Peu m'importe. Seul l'Atletico Madrid m'a l'air très désagréable. " Pep Guardiola, lui, s'est demandé comment pallier l'absence de Holger Badstuber, à nouveau blessé. Il considère le malheureux défenseur comme le meilleur footballeur avec lequel il a travaillé. Sur ce, un journaliste a voulu savoir quel serait son avenir à lui. Guardiola l'a regardé, surpris. C'était le cadet de ses soucis. PAR JACQUES SYSPep Guardiola interdit le calcul, le football à l'économie.