Bernd Stock n'a pas manqué son premier rendez-vous. Dès son arrivée au Stade Jan Breydel, il a dit que l'opération-sauvetage du Cercle était un projet. Il l'a détaillé comme dans le dictionnaire : description, tâches communes à accomplir et objectif final. De son point de vue, chacun doit s'y consacrer à 100 %. Ce n'est pas obligatoire, c'est la la logique même.
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Bernd Stock n'a pas manqué son premier rendez-vous. Dès son arrivée au Stade Jan Breydel, il a dit que l'opération-sauvetage du Cercle était un projet. Il l'a détaillé comme dans le dictionnaire : description, tâches communes à accomplir et objectif final. De son point de vue, chacun doit s'y consacrer à 100 %. Ce n'est pas obligatoire, c'est la la logique même. L'objectif, il est clair : faire en sorte que le Cercle évolue encore en D1A la saison prochaine. Dès qu'il a pris la parole, lors de sa présentation à la presse, Storck a surtout parlé de la façon dont il fallait s'y prendre pour y arriver. Selon lui, une collaboration optimale ayant le maximum de chances de réussite passe par la confiance et la solidarité. Il faut donc resserrer les liens, penser positivement et se concentrer sur les choses à améliorer. Avec son aide car c'est pour ça qu'on l'a engagé : c'est lui qui doit diriger le projet, donner des consignes et prendre les décisions nécessaires. Il ne fonctionne pas avec des amendes. Il part du principe que, si tout est clair, chacun fera ce qu'il a à faire pour atteindre l'objectif. Logiquement, il n'y aura plus de place pour ceux qui ne le font pas et causent des problèmes. Il offre la possibilité à tout le monde de montrer ce qu'il peut apporter à l'équipe. Il a amené deux adjoints allemands mais ceux qui étaient déjà en place ont également l'opportunité de collaborer de façon constructive au projet. Il insiste sur le fait que le point de départ, c'est la situation actuelle et que chacun doit s'y adapter. Il vise les nombreux étrangers dans le groupe, notamment les jeunes de Monaco. Aujourd'hui, ils sont à Bruges, plus à la Côte d'Azur. Ils doivent l'accepter et faire ce qu'il faut pour s'intégrer, continuer à progresser dans les circonstances actuelles et apporter une plus-value. Il y a va de l'intérêt du club mais aussi de celui de leur évolution. Storck ne manque pas de charisme. Il a confiance en lui et en son projet. Il a apprécié le talent et la motivation dont les joueurs ont fait preuve lors de son premier entraînement et il assure : " Celui qui a le coeur au bon endroit sait ce qu'il doit faire. " Après l'exploit réalisé la saison dernière avec Mouscron, il a plus de crédit que son prédécesseur, Fabien Mercadal, descendant en Ligue 1 la saison dernière avec Caen. Ceux qui ont connu Bernd Storck la saison dernière à Mouscron ne seront pas surpris par son discours. Il avait dit la même chose lorsqu'il est arrivé chez les Hurlus qui, après un 0 sur 18, commençaient à craindre une relégation et, surtout, ses conséquences au niveau financier. Dès le premier jour, il avait promis de mener le projet à bien. On sait ce qu'il en est advenu. Storck a tout de suite eu de l'impact. Il a commencé par écarter Olivier Werner, un gardien expérimenté et une personnalité du vestiaire, pour faire confiance au jeune Jean Butez. Fabrice Olinga est également passé à la trappe. Il a même terminé la saison dans le noyau B. On a vite compris que Storck ne rigolait pas lorsqu'il disait qu'il exigeait une concentration et un engagement total de la part de tous. Il a aussi démontré qu'il faisait le maximum pour éliminer tout ce qui était négatif et renforcer la confiance mutuelle dans la réussite du projet, pour faire régner un climat positif au service de la performance. Il a mis en place la structure et les habitudes nécessaires à cet effet, misant sur une communication directe et respectueuse, sur un dialogue avec le groupe, sur une explication de sa vision afin que chacun comprenne l'importance de ce qu'il demandait. Il prenait les décisions mais il écoutait. C'est ainsi que, pendant les matches, on le voyait souvent se concerter avec Mbaye Leye. En hiver, lorsqu'il y avait de la neige, il aidait à déblayer le terrain d'entraînement. Par contre, il perdait rapidement patience avec ceux qui faisaient preuve de mauvaise volonté. Dans l'intérêt du projet, il s'en séparait. Cela valait pour les joueurs mais aussi pour les membres du staff ou toute personne impliquée dans l'organisation. Chacun devait se plier à sa vision et aux méthodes de travail auxquelles les adjoints qu'il amenait étaient déjà habitués. Au Cercle, ils sont deux. A Mouscron, ils étaient trois : Andreas Patz, Victor Moore et son fils, Alexander Storck. Cela a rapidement engendré des discussions et les départs de l'adjoint, Laurent Demol, ainsi que du préparateur physique, Olivier Croes. Au Cercle, on relève la même chose ; la semaine dernière, les Vert et Noir ont pris congé du préparateur physique JeanAkakpo et de l'analyste vidéo Emmanuel Coquelet. Les entraînements de Storck sont parfaitement préparés. Ce sont des séances thématiques, variées et souvent précédées de vidéos. Les cônes doivent être mis à l'endroit exact où il le souhaite, pas cinquante centimètres à droite ou à gauche. L'heure des repas est également fondamentale. Il se dit discipliné et perfectionniste. Pour lui, les consignes doivent être respectées dans l'intérêt du groupe. Au Canonnier, après un certain temps, il a même remplacé l'équipe des cuisinières par une chaîne de catering. Bernd Storck veut que tous ceux qui l'entourent soient animés de la même passion et affichent autant de professionnalisme que lui. A Mouscron, il s'obstinait à améliorer ce qui, selon lui, ne fonctionnait pas suffisamment. Il travaillait souvent douze heures par jour. Il a commencé à zéro. Il n'a accordé aucune importance aux résultats des tests de lactate effectués avant son arrivée. Il en a directement fait faire de nouveaux et s'est basé là-dessus. Il tente de faire la différence avec les équipes plus talentueuses en misant sur le mental, le physique et la tactique. Même en entraînant le dernier classé, il ose jouer sur ses qualités, il ne parque pas le bus devant le but. Il adapte certes à chaque fois sa tactique à l'adversaire afin de réduire les espaces au maximum mais il tente de jouer le plus loin possible de son but. Cela s'est vu lors de son premier match avec le Cercle. Il a entamé la partie avec un médian central en faux arrière droit et un triangle offensif dans l'entrejeu afin de mettre la pression sur Charleroi. Mais ça s'est mal passé : après 36 minutes et trois contre-attaques, c'étaient 0-3. A la 42e, Storck a donc remplacé son faux arrière droit par un véritable arrière latéral et il a renversé son triangle dans l'entrejeu, ne jouant plus qu'avec une seule pointe. Plus équilibrée, l'équipe a mieux joué mais le match était plié. Après la partie, Storck a dit qu'à l'entraînement, ce système avait bien fonctionné, que l'équipe avait fait preuve de confiance et qu'elle s'était montrée offensive mais que, comme il ne savait pas à quel point ses joueurs pouvaient être stressés, il avait été surpris par le nombre de pertes de balles stupides pendant le match. Quoi qu'il en soit, à Mouscron, Storck était considéré comme très fort tactiquement. Passionné par le domaine, il cherchait toujours le système adéquat, regardait beaucoup de matches, utilisait les images à bon escient et appelait souvent les joueurs dans son bureau pour en discuter. A Mouscron, Bernd Stock avait débuté par une victoire sur Malines (1-0) et un 0-0 à Lokeren. Il avait ensuite subi deux défaites assez lourdes : 0-3 face à Waasland-Beveren et 3-1 à St-Trond. Soit un 4 sur 12 seulement face à des équipes de play-offs 2. Avant le Nouvel An, il avait ensuite pris 12 points sur 33 : 0-0 face au Standard, 2-2 à Waregem, 3-1 contre La Gantoise, 2-1 au Cercle, 0-0 à Genk, 1-2 à Waasland-Beveren, 1-0 à Courtrai, 0-0 face à Zulte Waregem, 1-0 à Eupen, 3-1 contre Anderlecht et 2-1 à l'Antwerp. Le véritable déclic ne s'était produit qu'après le stage hivernal et l'arrivée de renforts comme Taiwo Awoniyi, loué par Liverpool, ou l'international allemand Sidney Friede, loué par le Hertha Berlin. Mouscron avait alors aligné neuf matches sans défaite (23 sur 27), avec six victoires consécutives : 2-1 contre Ostende, 1-2 à Genk, 3-0 face à Charleroi, 1-2 à La Gantoise, 3-0 contre le Cercle, 1-0 face à Lokeren, 1-1 au Standard, 1-1 contre St-Trond et 1-2 au FC Bruges. Mouscron s'était ainsi classé dixième avec quarante points, le double de Lokeren (descendant). Soulagée, la direction voulait poursuivre avec Storck mais lui ne voulait pas. Il voulait relever un nouveau défi... qui ne s'est pas présenté à lui. Engager Storck, ce n'est pas seulement engager un entraîneur mais une culture. Les clubs dans le besoin sont toujours plus prompts à se laisser séduire. A Mouscron, il avait été engagé sur les conseils du directeur sportif allemand de l'époque, Jürgen Röber, sous les ordres duquel il avait entamé sa carrière comme adjoint. Röber lui a donné carte blanche et ce fut la base du succès de Storck. Il a mis en place une vision et un projet, il a convaincu les gens et tout le club s'est focalisé sur l'objectif. Il en va de même au Cercle. Peu après son arrivée en tant que coach, le directeur sportif, François Vitali, a fait ses valises. Lors de la conférence de presse de présentation, OlegPetrov, administrateur délégué du club, avait clairement dit que Storck dirigerait le projet Monaco-Cercle. C'est le boulot d'un directeur sportif. Après le départ de Vitali, Storck a d'ailleurs immédiatement investi son bureau. Il ne fait aucun doute qu'à la trêve, le noyau subira des modifications. La seule chose que Storck ne doit pas organiser, ce sont les mises au vert avant chaque match : il y en avait déjà avant lui. Il reste 17 journées avant la fin de la phase classique. On se réjouit de voir si Herr Storck tiendra à nouveau son pari.