"Welcome to the hell ! " et " We stand our ground ". Les banderoles pendues sur la voie rapide de l'E40 au stade Jan Breydel ne laissent planer aucun doute : les supporters du Club réservent un accueil chaud à leurs homologues, supporters de l'ennemi numéro un, en route pour Bruges, pour réclamer le titre. No, not today, Sir.
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"Welcome to the hell ! " et " We stand our ground ". Les banderoles pendues sur la voie rapide de l'E40 au stade Jan Breydel ne laissent planer aucun doute : les supporters du Club réservent un accueil chaud à leurs homologues, supporters de l'ennemi numéro un, en route pour Bruges, pour réclamer le titre. No, not today, Sir. Nous sommes à trois heures du coup d'envoi. Les rues entourant l'Olympia sont sous tension quand les premiers supporters prennent le chemin du stade ou qu'ils se rassemblent sur la place de Sint-Andries, où les cafés Den Comptoir et De Chalet font des affaires en or à chaque match à domicile du Club. L'atmosphère fait penser à celle qui précède le déferlement d'une tornade. Le calme avant la tempête. Comme l'année précédente, déjà lors de la huitième journée des PO1, les supporters veulent acclamer leurs gladiateurs à leur arrivée en bus. Nous rencontrons Geert De Cang, président de la Blue Army, le club officiel de supporters de Bruges. C'est lui qui met de l'ambiance et réalise les tifos. " Nous préparons le tifo de ce soir depuis une semaine ", explique-t-il fièrement. " Il faut d'abord déterminer les couleurs sur un fichier Excel, sur tous les sièges, pour obtenir une image correcte. Ensuite, il faut fixer les papiers sur chacun des 28.000 sièges attribués à Bruges. Avec du tape, pour qu'ils ne s'envolent pas. Ça nous a pris cinq jours. Cette action coûte 10.000 euros, récoltés grâce au merchandising et aux cotisations. " On attend le bus d'une minute à l'autre. La nervosité croît, un pétard éclate près des cafés. Les gens condamnent ce genre d'acte : il y a quelques semaines, des supporters ont subi des dommages auditifs irréparables. Mais il n'y a pas que des pétards. Feux de Bengale, fumigènes, tout le monde a quelque chose. Le noyau dur se rassemble cent mètres plus loin. Il hurle, brandit triomphalement des écharpes, lance des feux de Bengale. Le car émerge au milieu d'une épaisse fumée bleue. Les yeux des caïds - certains sont interdits de stade et n'iront pas plus loin - lancent des flammes. Le chauffeur du bus accélère : il ne veut pas risquer le même scénario que l'an passé : le bus avait été arrêté, pris dans la masse humaine. Si ça ne sublime pas les joueurs, que leur faut-il ? Encore qu'un jeune puisse très bien en avoir les jambes qui tremblent. Quand la fumée se dissipe, la place ressemble à un champ de bataille. La tornade est passée. Le calme revient à l'approche du coup d'envoi. Sous le doux soleil printanier, chacun peut boire tranquillement sa bière sur le parking de la tribune Est, où arrivent les bus de supporters des quatre coins du pays et les abonnés de la tribune Nord, le kop. Guilian Preud'homme, le fils de, passe dire bonjour. Il tient deux drapeaux, qu'il a demandés à Delphine, de la Blue Army, en souvenir des belles années que la famille Preud'homme a passées à Bruges. Une autre place est prévue pour les supporters de l'autre côté du stade. On y a dressé un podium d'où la Club TV réalise ses animations. C'est ici que se retrouvent les abonnés de la tribune principale et des loges. Les joueurs s'échauffent sous les applaudissements du kop. Les hauts-parleurs diffusent Killing in the name de Rage Against The Machine. La composition de l'équipe anderlechtoise soulève un concert de sifflets, suivi, quelques minutes plus tard, par un chaleureux You'll Never Walk Alone, entonné par tous les spectateurs, même ceux de la tribune principale. On a rarement entendu version aussi intense en Belgique. On en a la chair de poule. À l'entrée des joueurs sur le terrain, accompagnés de l'hymne, les 28.000 feuillets A3 déploient un tifo bleu et blanc. " Win, lose or tie. Bruges till we die. "L'arbitre Sébastien Delferière donne le coup d'envoi. On comprend rapidement que le kop va le surveiller. Il conteste chacune de ses décisions. Non que l'arbitre se laisse intimider. Au contraire : à la 9e minute, Delferière siffle une faute au détriment du Club. Sofiane Hanni place habilement le coup franc sous le mur : 0-1 ! Le pire des scénarios pour les Blauw en Zwart. " Juste ce qu'il ne fallait pas contre cet Anderlecht : être mené. Il va pouvoir se replier et contrer ", commente un supporter. FrankAcheampong et Youri Tielemans sont particulièrement redoutés. Chaque fois qu'ils entrent en possession du ballon, les supporters paniquent. On est derrière le but. " Tue-le " est encore ce qu'on entend de plus sympathique. On espère qu'ils ne le pensent pas mais on en doute. Si une chose frappe dans ce kop, c'est la charge émotionnelle des supporters. Devant nous, un fan pourtant bien viril est sur le point de fondre en larmes quand le Club obtient lui aussi un coup franc aux abords du rectangle. " Pardon, c'en est trop ", s'excuse-t-il en croisant notre regard étonné. Ruud Vormer égalise d'un joli tir. La suite ? C'est comme si nos pieds étaient en feu puis que nous étions emportés par une vague géante. Les femmes et les enfants sont toujours en vie ? Check. Nous avons toujours nos bras et nos jambes ? Check. L'appareil photo est intact ? Check. On a survécu. C'est 1-1 mais les supporters du Club en veulent plus. C'est nécessaire s'ils veulent un nouveau titre. L'anti-jeu de leur rival bruxellois les irrite et ils clament que " ça ne serait jamais toléré au Jan Breydel. " Ils exigent un football énergique et offensif. Le coaching passionné de Michel Preud'homme leur convient à merveille. Beaucoup se demandent ce qui va advenir quand il sera parti, mais pour l'heure, ils se rabattent sur Delferière, auquel ils reprochent ses liens trop étroits avec l'UB et Anderlecht. Il faut remarquer qu'à part un " Stand up if you hate Sporting ", peu de chants s'élèvent contre l'adversaire. Les supporters du Club préfèrent encourager leurs joueurs. C'est leur façon d'essayer de faire la différence. C'est la force du douzième homme. " En faisant du bruit quand un joueur ne cherche pas à garder le ballon ou quand nous le conquérons, nous encourageons nos footballeurs à se battre ", explique Geert De Cang. " Par exemple, à ses débuts, José Izquierdo ne participait pas à la défense mais il a acquis cette mentalité. C'est indispensable pour être apprécié ici, même si nous ne sifflerons jamais un de nos joueurs. Ça ne se fait pas. " En seconde période, le Club joue en direction de son kop. Ça veut dire que Frank Boeckx, le portier mauve, est près de 9.000 supporters déchaînés. En plus de quelques pétards, il écope de remarques peu flatteuses sur son anatomie. Pendant 45 minutes. Franchement, tous les gardiens visiteurs méritent la médaille du courage et du sacrifice. Boeckx ne se laisse jamais intimider, pas plus qu'il ne réagit aux provocations, mais tous les visiteurs ne sont pas aussi forts mentalement. Ça aussi, c'est la force du douzième homme. Il y a un moment d'escalade, quand un pétard touche l'arbitre assistant Wim Smet. Le match est arrêté. Dans le kop, on en attribue la responsabilité à Delferière, qui vient de siffler un penalty pour Anderlecht, mais c'est aussi une réaction de frustration : le Club ne parvient pas à forcer la muraille adverse. Le duo Uros Spajic-Kara Mbodj règne en terre ennemie. Youri Tielemans rate le penalty. Le bonhomme devant nous a encore pleuré mais Geert a retrouvé le sourire : " Monaco devrait peut-être le louer un an au Cercle. " Cette affiche n'est pas égayée par de nombreuses occasions. L'arbitre reste donc la cible principale, même si la majorité des supporters autour de nous ne semble pas en mesure de juger ce qui se passe. Geert nous explique : " J'ai été installé plus haut, tout un temps. On voit mieux mais je préfère être derrière le but. Pour les émotions et aussi parce qu'on peut jouer un rôle dans le match. On peut aider nos joueurs. On y croit vraiment. " Le Club concède le nul, malgré le soutien de ses fans. Les joueurs sont quand même acclamés. Ils se sont battus, c'est tout ce qui compte. Ruud Vormer est le plus applaudi. " Ruud-Ruud-Ruud ", hurlent des milliers de bouches. Il personnifie la mentalité qu'aime la Blue Army mais son président précise que ça ne doit pas devenir trop personnel. " Nous conservons délibérément nos distances avec les joueurs et les entraîneurs. Si nous découvrons leur personnalité réelle, ils deviendront des humains. Or, les joueurs du Club doivent rester nos héros, tels que nous les voyons depuis notre enfance. " La fête prévue dans les catacombes de la tribune Nord n'a pas lieu. Elle n'accompagne que les victoires. Heureusement pour les fans du Club, c'est aussi le cas des supporters d'Anderlecht qui ont fait le déplacement. Fêter un titre sur le terrain de leur rival ? No, not today, Sir. par Matthias Stockmans - photos Belgaimage" Tue-le " est l'expression la plus sympathique qu'on a pu entendre.