Il ne faut pas être un scout expérimenté pour saisir le potentiel de Jean-LucDompé. À tout juste 20 ans, le Français éclabousse la Pro League de ses dribbles. Son bilan actuel : 4 matches, un nombre incalculable de passements de jambes et tout autant de hanches de défenseurs brisées.
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Il ne faut pas être un scout expérimenté pour saisir le potentiel de Jean-LucDompé. À tout juste 20 ans, le Français éclabousse la Pro League de ses dribbles. Son bilan actuel : 4 matches, un nombre incalculable de passements de jambes et tout autant de hanches de défenseurs brisées. " Mon style n'a pas changé depuis que je suis petit. Je m'inspire de CristianoRonaldo. Travail et technique, c'est ça la recette. Je n'essaie pas de me donner un style. Certains peuvent parfois mal le prendre mais il est plus facile pour moi de réaliser un passement de jambe plutôt qu'un simple crochet. " Il l'avoue, la provoc c'est son truc. Plus un adversaire le colle, plus il lui mettra la misère. " À pleine vitesse, le ballon lui colle aux pattes, c'est fou ", analyse son coach, YannickFerrera. " Pour l'instant il n'est pas efficace mais je sais qu'un déclic ne sera pas nécessaire, il l'a en lui. " Ce commentaire n'est pas arrivé dans l'oreille d'un sourd. Le numéro 10 avoue se faire parfois engueuler par son coach. " Si je fais un dribble de trop ou que je ralentis le jeu, il me tape sur les doigts, c'est clair ", sourit-il. " Plus jeune, mes entraîneurs disaient que je faisais du show, que mes dribbles étaient fantaisistes et n'avaient que pour but de voir la foule se lever. J'ai désormais compris que pour atteindre mon but, je dois aussi défendre. " Le gamin est d'un naturel jovial. À 20 ans, il n'hésite pas à faire bouger ses équipiers et à danser dans le vestiaire. S'il respire la joie de vivre, il n'en demeure pas moins un fort caractère. Il ne faut pas l'ennuyer ou se mettre en travers de sa route, car depuis son enfance, il est programmé pour cartonner. Comme beaucoup de talents du football tricolore, le jeune Dompé a grandi en banlieue parisienne. Évry restera à jamais la ville de ses racines et de son premier club, Ville d'Évry sport club. Il n'a que 4 ans quand il y débute et déjà, il bouffe du ballon matin midi et soir. " Ne le dites pas, mais, en plus des séances avec les potes à l'agora, je jouais beaucoup au futsal. La mairie nous mettait un gymnase à disposition deux jours par semaine et on se faisait de gros tournois. Le but était de nous voir traîner ailleurs qu'à la rue. J'adore jouer au foot mais quand je rentre chez moi, je déconnecte. Vous savez ce que j'adore faire ? Tuer des mecs sur Call of Duty. Je suis un geek de ce jeu, ça me détend. " Il ne le cache pas : il a grandi dans " une cité chaude " du 91. " J'ai de la chance, certains amis d'enfance ont fini en prison. J'ai toujours pu compter sur mes grands frères pour me guider. Ils me laissaient de la liberté mais je devais leur dire où j'allais et quand je rentrais. Je leur dois beaucoup même si je ne pense pas que j'aurais versé dans les conneries. Mais bon, j'avais 13 ans quand je suis parti et ce fut une chance car c'est après que tu deviens chaud à gérer et que tes fréquentations font que... (il s'arrête) " Quitter le domicile familial à seulement 13 ans était une arme à double tranchant. À Sochaux, et donc à 450 km de sa banlieue parisienne, il peaufine son football. " Certains n'ont pas compris mon choix car j'avais 13 ou 14 offres de L1 et je flambais bien. Sochaux avait un projet mais ça n'a pas suffi. Ma famille me manquait et je ne la voyais qu'à Noël. J'étais encore trop jeune, pas assez mature pour quitter mon cocon familial. " Retour à la case départ. À tout juste 16 ans, la perle revient chez les amateurs. Il y restera une année. Juste assez pour montrer à ses potes d'enfance à quel point ses deux saisons de pré-formation lui ont permis de progresser. Et encore une fois les offres affluent. Et c'est Valenciennes qui décroche la timbale. Des soucis administratifs liés à ses indemnités de formation retardent son arrivée dans le Nord mais pas son explosion. Il a 17 ans et passe sa vie entre les U19 et la CFA (D4). Il impressionne malgré la culbute en CFA2 et se voit offrir des minutes en match de préparation. " Puis le coach s'est fait virer et ArielJacobs est arrivé. Je n'ai pas eu ma chance mais a posteriori je me dis que je n'étais pas prêt à m'imposer en Ligue 1. Ce n'est pas une compétition simple pour les jeunes. Les clubs sont frileux et préfèrent un gars moyen mais qui a de la bouteille plutôt qu'un jeune talent. " Il fait son année avec la CFA2 et voit Ariel Jacobs prendre sa retraite alors qu'il pointait le bout de son nez en équipe A. " Nous étions en Ligue 2 et BernardCasoni débarque. Je connaissais sa réputation de gars pas sympa et nos deux caractères ont engendré des tensions. Un jour il m'a dit 'Tu bosses en défense ou tu ne joues pas.' Le franc est tombé et grâce à lui je me suis amélioré. Il est passé d'un gars avec lequel je m'engueule à un coach hyper important pour ma carrière. " Il passe un cap footballistique et enchaîne les titularisations en L2. Le Standard profite de son statut de semi-pro pour tenter de le débaucher. " Avant cela, Valenciennes n'avait pas l'intention de m'offrir un contrat pro. Leur plan est devenu clair : me faire signer rapidement pour me revendre directement au Standard. Même si je ne vois pas ça comme une trahison, j'ai refusé de signer. C'est parti en clash et je n'ai plus joué jusqu'en fin de saison. " Les tensions sont montées jusqu'aux insultes en provenance de la direction. Ils ont dit de Dompé qu'il avait un " petit disque dur et une petite capacité à entendre et écouter. " Ils l'ont également qualifié de " traître ". " J'ai raconté mon point de vue aux médias français. Je suis parti la tête haute même si je dois dire que le tournoi de Toulon m'a bien aidé. J'ai cartonné avec l'équipe de France U20 et Valenciennes est revenu à la charge. " Trop tard, il avait déjà dit oui à Saint-Trond où il tue des joueurs à coup de dribbles sur le synthétique et des soldats à coup de manette sur la PlayStation. ?PAR ROMAIN VAN DER PLUYM - PHOTO BELGAIMAGE" À pleine vitesse, le ballon lui colle encore aux pattes, c'est fou. " YANNICK FERRERA