La pression était sans doute plus forte que la première fois. Du moins, celle que les autres mettaient sur ses épaules. Deux ans plus tôt, Kaveh Rezaei avait atterri à Charleroi dans le costume d'un coup de poker iranien, rapidement transformé en all-in au terme d'une saison conclue en play-offs 1, quand le champion brugeois lui ouvrait les portes de son vestiaire et de la Ligue des Champions. Cette fois, l'attaquant revient avec la charge d'un club à relever après une saison en play-offs 2, le poids d'une saison à oublier chez les Blauw en Zwart, et l'encombrant héritage du prodigieux Victor Osimhen à assumer.
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La pression était sans doute plus forte que la première fois. Du moins, celle que les autres mettaient sur ses épaules. Deux ans plus tôt, Kaveh Rezaei avait atterri à Charleroi dans le costume d'un coup de poker iranien, rapidement transformé en all-in au terme d'une saison conclue en play-offs 1, quand le champion brugeois lui ouvrait les portes de son vestiaire et de la Ligue des Champions. Cette fois, l'attaquant revient avec la charge d'un club à relever après une saison en play-offs 2, le poids d'une saison à oublier chez les Blauw en Zwart, et l'encombrant héritage du prodigieux Victor Osimhen à assumer. Est-ce un peu de tout cela qui a clairsemé sa chevelure de coins de blancheur ? Le buteur iranien répond par la négative. Et a fini par rassurer avec des chiffres, dès qu'il a retrouvé ce rythme toujours indispensable pour exploiter la quintessence de ses qualités. Buteur décisif à l'arraché à Ostende, puis avec sang-froid face à Malines, il a ouvert le score pour la troisième fois consécutive en nettoyant la lucarne d'Ortwin De Wolf face à Eupen. Comme pour convaincre les derniers sceptiques de son retour au premier plan. Ce sont déjà ses buts qui ont hissé les Zèbres dans le top 6. Pression, disait-on. Qu'est-ce qui te traverse l'esprit quand tu marques ce but à Ostende ? L'air de rien, ça faisait 424 jours que tu n'avais plus marqué en championnat... KAVEH REZAEI : Il faut se rappeler du contexte. On est en déplacement, sur un terrain toujours difficile pour Charleroi. Et en plus, on est à dix depuis à peu près une heure. Eux, ils ont besoin de points. Ils poussent, ils nous mettent la pression. En marquant ce but, j'ai évacué toute cette pression. Tout le monde a pu souffler un coup, et on a été récompensé de nos efforts. C'est surtout à ça que j'ai pensé, pas à mon cas personnel. Il n'y a pas de sentiment de revanche ? REZAEI : J'ai décidé de ne plus penser à ce qu'il s'est passé la saison dernière. Je me concentre complètement sur cette saison. Le passé, c'est le passé. Tout ce à quoi je pense maintenant, c'est la manière dont je peux aider l'équipe. Et mon travail, c'est de marquer des buts. On sent quand même que contre Malines, tu marques avec plus de tranquillité qu'à Ostende, où on dirait que tu trembles un peu... REZAEI : J'avais besoin de ce but. Dans les trois ou quatre matches précédents, j'avais déjà été bon au niveau collectif. Contre Mouscron, j'avais eu quelques opportunités, mais j'ai eu un peu de malchance : j'ai marqué un but annulé parce que j'étais hors-jeu de quelques centimètres, j'ai touché le poteau, et leur gardien était le meilleur joueur sur le terrain. Mais j'ai essayé de rester positif, en me disant que je m'étais créé un bon nombre d'occasions, et que j'avais progressé par rapport aux matches précédents. J'avais poussé l'équipe vers l'avant. Même sans marquer, je l'ai aidée, et on est rentré dans le top 6. Tout ça, c'était positif. Tu te conditionnes à évacuer les pensées négatives ?REZAEI : Regarde bien. Même les plus grands joueurs n'ont pas que des bons moments. Et quand tu traverses une mauvaise passe, tu dois être positif sans arrêt. Ton dernier match était mauvais ? Ok, concentre-toi sur le prochain. Prendre le meilleur sur ton adversaire, et prendre trois points. C'est tout. Ton expérience à Bruges t'a obligé à penser de la sorte ?REZAEI : J'ai traversé des moments difficiles, et j'ai toujours fait en sorte de suivre la voie la plus professionnelle possible : travailler dur tous les jours. Je me connais, je connais mes qualités. Je ne doute pas de moi. Si je suis positif à mon sujet, je peux réussir tout ce que je veux. C'est un vrai travail mental, quand même. Tu as su le faire seul, ou tu as eu besoin de ton entourage pour maintenir le cap ?REZAEI : Tu as besoin de soutien, c'est clair. De ta famille, de ta femme, de tes amis... Pour moi, c'est particulièrement ma femme. Elle m'aide depuis longtemps, maintenant. Et surtout la saison dernière, elle n'a jamais arrêté d'être ma première supportrice et de me transmettre cette énergie positive. Et maintenant que je suis de retour, elle est toujours présente pour m'aider. Parce que je ne suis pas encore revenu totalement. Je me connais bien, je sais que je peux faire beaucoup mieux. Ce que j'ai réussi avant, je peux le refaire. Tu n'as jamais de difficulté à gérer la pression de ton job d'attaquant ?REZAEI : Il y a toujours de la pression. J'ai toujours été préparé à ça. En fait, j'aime ça. Ce n'est pas quelque chose qui doit te tuer, ça doit juste te servir à devenir meilleur. La préparation d'un match d'attaquant, ça va au-delà de l'instinct ?REZAEI : Tu sais, quand je suis chez moi et qu'il y a un match de Pro League, je me mets devant la télé. Peu importe les équipes qui jouent. De toute façon, un jour on les affrontera. Et ça m'aide à être conscient que dans ce championnat, à l'heure actuelle, il n'y a aucun match facile. C'est vraiment important de regarder l'équipe adverse, quand on joue devant ?REZAEI : Il faut pouvoir utiliser toutes les choses qui peuvent t'aider. Et sur le terrain, ça m'aide beaucoup. Pour un de tes premiers matches à Bruges, tu avais tiré un penalty, alors qu'il y a pas mal de spécialistes dans l'équipe. C'était important de montrer ta personnalité dès le début ?REZAEI : Il n'y a pas plus de pression pour tirer parce que c'est à Bruges. Le football, il est le même partout, il n'y a aucune différence. Parfois, le système ou les idées de jeu sont différentes, mais si tu connais le football, tu peux jouer partout. J'étais en confiance, j'aurais pu marquer beaucoup de buts. Mais bon, c'est le passé. Tu penses que sans ta blessure, tu aurais répondu aux attentes là-bas ?REZAEI : Je connais mes qualités. Le problème, c'est qu'après j'ai été blessé, ça m'a sorti de l'équipe pour un long moment, et les choses avaient beaucoup changé au sein de l'équipe quand je suis revenu, c'est ça qui a compliqué les choses. La vie d'un joueur de football est très différente entre Bruges et Charleroi ?REZAEI : En Belgique, il n'y a pas beaucoup d'écart géographique entre deux clubs. Tout est une question de mentalité. Mais on dit quand même de Charleroi que c'est un club très familial. Beaucoup d'anciens ont du mal à s'adapter ailleurs... REZAEI : C'est vrai qu'au début, j'ai senti cette différence. Mais après deux ou trois mois, c'était fini. De nouveau, c'est une question de mentalité. La différence n'est pas énorme, mais si tu veux rendre un détail important, c'est seulement en toi que ça se joue. Tu ne peux pas être affecté par ça si tu veux être performant ?REZAEI : Quand tu en reçois l'opportunité, tu dois montrer le joueur que tu es. Un joueur de football, il veut seulement jouer. Et sa carrière a une date limite, elle ne peut pas aller jusqu'à 50 ou 60 ans. Parfois, tu as de la malchance, mais il faut rester positif, garder la bonne mentalité, tout faire pour être à 100%. Ce que tu as fait, tu peux le refaire, c'est sûr. Mais si tu perds la mentalité, alors non, tu n'as aucune chance. En marquant dès tes premiers matches après la déception de ne pas avoir été repris pour la Coupe du monde, tu avais déjà montré ta capacité à tourner le bouton rapidement. REZAEI : Ma façon de penser, c'est que quand quelque chose se passe en dehors du terrain, ce n'est pas de mon ressort. Je ne peux rien y changer. Sur le terrain, je joue, et là je peux vraiment faire les choses. Là, je ne pense à rien d'autre que ce que je peux faire pour l'équipe, pour moi-même. Je pense au but. Je ne veux pas être ce genre de joueur qui traîne sa déception, qui se remet mal d'une mauvaise période. Le passé, c'est le passé. Revenir à Charleroi t'aide à revenir à ton meilleur niveau ?REZAEI : Tout le monde me connaît ici, donc ce n'était pas un choix difficile. En revenant, je savais que je devrais travailler beaucoup, prendre le temps de m'adapter aux demandes tactiques du coach, apprendre à connaître les nouveaux joueurs. Mais je savais aussi que je revenais dans ma deuxième maison. Une maison qui a connu pas mal de travaux, quand même : un nouveau coach, plus de Benavente avec qui tu semblais avoir un feeling naturel... REZAEI : Quand je suis arrivé ici, il y a deux ans, Cristian et moi on avait appris à se connaître pendant la préparation, on avait eu du temps. Cette fois, le championnat avait déjà commencé quand je suis arrivé. Et évidemment, j'ai eu besoin de temps pour connaître mes nouveaux coéquipiers. Et le coach. Quelle impression te laisse Karim Belhocine ?REZAEI : Le coach est jeune, il est malin, il pense à tous les détails, et il nous aide beaucoup pendant les matches. Tout comme nous, il est à Charleroi parce qu'il veut grandir et progresser. C'est ce sentiment d'entraide et de progrès collectif qui guide le club, et l'amène vers le haut. Charleroi peut finir la saison dans le top 6 ? En début de saison, tout le monde était sceptique, mais à mi-parcours vous êtes dans le bon wagon. REZAEI : Pour une équipe qui vient de changer d'entraîneur, les débuts sont toujours difficiles. Il y a une nouvelle mentalité, une nouvelle tactique, et l'adaptation prend forcément du temps. Ici, depuis quatre ou cinq matches, on voit que cette période d'adaptation est derrière nous. On est sur la bonne voie, j'en suis persuadé.