"Nous avons la nouvelle numéro un mondiale ! ! ! Incroyable. Savoure la finale ! ! ! ", a twitté Barbara Rittner, capitaine de l'équipe allemande de Fed Cup, quelques heures après qu'Angelique Kerber eut pris à Serena Williams la première place du classement mondial. Angelique devait disputer ladite finale deux jours plus tard mais, sur le selfie de l'équipe, elle apparaît avec un large sourire, rehaussé par une bonne couche de rouge à lèvres. Complètement détendue. Kerber 2.0.
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"Nous avons la nouvelle numéro un mondiale ! ! ! Incroyable. Savoure la finale ! ! ! ", a twitté Barbara Rittner, capitaine de l'équipe allemande de Fed Cup, quelques heures après qu'Angelique Kerber eut pris à Serena Williams la première place du classement mondial. Angelique devait disputer ladite finale deux jours plus tard mais, sur le selfie de l'équipe, elle apparaît avec un large sourire, rehaussé par une bonne couche de rouge à lèvres. Complètement détendue. Kerber 2.0. Deux semaines plus tôt, à son arrivée à New York, elle s'était offert une croisière dans l'Upper Bay, pour admirer la statue de la Liberté, qui culmine à 46 mètres. Le bras droit tendu tenant la flamme lui a rappelé le soir du 19 janvier. A ce moment-là, une blonde de 28 ans rayonnait, une énorme coupe en argent dans les bras, dans la Rod Laver Arena de Melbourne. La veille de l'US Open, donc, la tenniswoman allemande avait fait une excursion. Stupéfiant : Kerber en touriste, c'eût été impensable deux ans plus tôt. " Je ne pensais qu'au sport : m'entraîner, me soigner, m'alimenter ", a-t-elle confié au The Telegraph... Désormais, elle essaie de profiter davantage de la vie. " Quand on joue à Paris, il faut avoir vu la Tour Eiffel, non ? Ne m'intéresser qu'à mes revers et mes coups droits était contre-productif. C'est agréable d'être normale de temps en temps. " A l'issue de l'Open d'Australie, après son premier succès en grand chelem, elle s'est retrouvée dans un autre monde. D'un coup, on la reconnaît partout. A l'aéroport, en rue. Elle est même conviée à des shows TV. Le tennis est redevenu hot en Allemagne. Boris Becker a remporté son sixième et dernier grand tournoi en 1996, Steffi Graf a enlevé son 22e grand chelem en 1999. Le lendemain de la veille a été dur. Elle s'est traînée dans les tournois suivants. Elle a désappris à gagner. Elle s'est effacée contre Saisai Zheng (WTA 73), Denisa Allertova (64), Belinda Bencic (11) et Barbora Strycova (33). Elle s'est reprise à Stuttgart mais a touché le fond à Roland Garros, battue au premier tour par Kiki Bertens. La leçon de l'histoire ? " Je dois apprendre à dire non. Je l'ai réalisé et je ne retomberai plus aussi bas ", a-t-elle déclaré au Süddeutsche Zeitung, après un parcours quasi parfait à Wimbledon. Elle n'a pu priver Serena Williams d'un septième titre sur gazon mais elle s'est solidement ancrée à la deuxième place du classement WTA. Elle a par la suite gagné la médaille d'argent à Rio et a détrôné Serena Williams à New York, après un règne de 186 semaines. " Tout le monde m'a dit que si je gagnais le tournoi, je serais le nouveau numéro un mais je ne me mets plus la pression. Tout ce que je peux faire, c'est bien jouer ", annonçait-elle avant le tournoi. Son message : la concentration. Point par point, tour par tour. Comme si elle avait appris par coeur ce passage du poème If de Rudyard Kipling, accroché à Wimbledon à côté du palmarès du tournoi. If you can meet with triumph and disaster And treat those two impostors just the sameSelon le poème, celui qui ne pense qu'en termes de victoire et de défaite en montant sur le court ne se concentre pas sur le bon objectif et ne prestera jamais selon ses possibilités réelles. Kerber a foncé à travers l'US Open. Elle a enchaîné six tours et grâce à la victoire en demi-finale de Karolina Pliskova (WTA 11) sur une Williams désintéressée, elle a joué à saute-mouton avec la championne. " C'est magnifique mais je ne veux pas être le numéro un qui perd son premier match. " Kerber-Pliskova : un spectacle fantastique, imprévisible, de plus de deux heures. 6-3, 4-6 et 6-4 pour l'Allemande, qui a pourtant été menée 1-3 dans le set décisif. Elle a essuyé ses larmes sur le terrain, embrassé son entourage, salué le public avant de balbutier, la voix rauque : " Tous mes rêves se sont réalisés en l'espace d'un an. " C'est le sommet provisoire d'une ascension qui a duré treize ans. Angelique Kerber a dû se ressaisir à plusieurs reprises depuis ses débuts sur le circuit en 2003, à quinze ans. Elle est née à Brême d'une mère allemande, Beate, qui est maintenant son manager, et d'un père polonais, Slawomir, qui a gagné des titres nationaux en jeunes, dans son pays natal. Depuis quelques années, il vit seul dans un petit appartement à Neumünster, où il donne des leçons de tennis. " A seize ans, son arsenal de coups était quasiment complet. Je lui ai dit qu'elle devait améliorer sa condition mais elle n'a pas obéi. Si elle m'avait écouté, elle aurait rejoint le top beaucoup plus vite ", vient-il de raconter au quotidien Die Welt. Elle a fait les mauvais choix, y compris en matière de coachs. " Certains entraîneurs n'avaient pas la moindre idée de ce que représentait le tennis professionnel et elle a longtemps stagné. " Torben Beltz (40 ans), son coach actuel, a joué en collège aux États-Unis. Elle avait déjà pensé à lui en 2003 mais d'autres entraîneurs ont fait douter l'adolescente d'alors. Elle était très irrégulière. Parfois bonne, parfois épouvantable. Le monde ne l'a découverte qu'en 2011 quand elle a battu Agniezska Radwanska, sa meilleure amie, et Flavia Penetta à l'US Open avant de s'incliner en trois sets en demi-finale face à la future lauréate, Samantha Stosur. Elle ne s'était pas encore départie de son impatience. On a attendu en vain la grande percée de celle qu'on appelait the next big thing in tennis. Les quarts de finales à Paris et les demi-finales à Wimbledon en 2012 ainsi qu'une cinquième place WTA puis une chute libre. Fin 2013, elle quitte Torben Beltz pour Benjamin Ebrahimzadeh. Une décision catastrophique. Au tournoi de Doha, en février 2015, elle est numéro 12 et perd d'emblée contre VictoriaAzarenka. Du coup, elle renvoie le Germano-Iranien. C'est un tournant dans sa carrière. " J'avais besoin de retrouver Torben ", dit-elle. Les retrouvailles font des miracles et 2016 est une année brillante. " Nous nous entendons bien, sur le court et en dehors ", a expliqué l'entraîneur au quotidien Die Welt. " Nous aimons regarder un film ensemble ou jouer au backgammon. Mais une fois sur le terrain, c'est du business. " Kerber, qui est gauchère en tennis mais mange et écrit de la main droite, travaille d'arrache-pied et devient une des joueuses les plus affûtées du circuit. Elle joue plus agressivement et ne se contente plus de réagir. Elle dégage de plus en plus de rage de vaincre. L'Allemagne se réconcilie avec elle. Depuis 2007, seule Serena Williams avait gagné plus d'un grand chelem en l'espace d'une saison. Elle n'est que la deuxième femme, ex-æquo avec Li Na, à gagner deux grands chelems après l'âge de 28 ans. La Chinoise s'est imposée à Paris à 29 ans, en 2009, trois ans plus tard à l'Open d'Australie. A la fin de cette saison-là, Li Na a quitté le circuit mais Kerber a d'autres projets. PAR CHRIS TETAERT - PHOTO BELGAIMAGE" Ne penser qu'aux revers et aux coups droits a été contre-productif. C'est agréable d'être normale de temps en temps. " ANGELIQUE KERBER