F elix Magath après une victoire 1-0 contre Wolfsburg, au vu de la maturité tactique de ses joueurs. : " Cette équipe n'a plus besoin d'entraîneur ". Malgré leur fatigue, trois jours après leur première victoire contre le Panathinaikos, le 22 octobre, une semaine après leur triomphe au Werder Brême... Malgré le pressing d'un adversaire survolté. De fait, à Stuttgart, le sensationnel devient la norme bihebdomadaire. Avant le début de la saison, nul n'aurait imaginé que le VfB serait en mesure de rééditer les succès de la saison écoulée, dont l'élimination du Club Brugeois en Coupe de l'UEFA après la Ligue des Champions.
...

F elix Magath après une victoire 1-0 contre Wolfsburg, au vu de la maturité tactique de ses joueurs. : " Cette équipe n'a plus besoin d'entraîneur ". Malgré leur fatigue, trois jours après leur première victoire contre le Panathinaikos, le 22 octobre, une semaine après leur triomphe au Werder Brême... Malgré le pressing d'un adversaire survolté. De fait, à Stuttgart, le sensationnel devient la norme bihebdomadaire. Avant le début de la saison, nul n'aurait imaginé que le VfB serait en mesure de rééditer les succès de la saison écoulée, dont l'élimination du Club Brugeois en Coupe de l'UEFA après la Ligue des Champions. Pourtant, le club continue de surfer malgré des semaines denses. Il ne sombre pas dans le moindre excès et après onze journées de championnat, était le seul club de Bundesliga toujours invaincu. En Ligue des Champions, il a infligé une défaite sensationnelle à Manchester United et deux au Panathinaikos. Les exploits de ses jeunes loups ont donc fait sortir Magath le dur de sa réserve : " Pourquoi ne remporterions-nous pas la Ligue des Champions ? Nous voilà pratiquement qualifiés pour les huitièmes de finales, à partir desquels on joue par élimination directe. Pour gagner le titre national, il faut beaucoup de stars, comme le Bayern. Sur la scène européenne, Stuttgart parvient à se sublimer et est coutumier des coups d'éclat. Après notre premier match, à Glasgow, un match soldé par une défaite, tous les observateurs nous prédisaient des problèmes. Or, ce revers nous a réveillés ".. Les hommes de Felix Magath font le plein d'assurance. Longtemps invaincus, ils ont aussi préservé leur but, en championnat, pendant 884 minutes, et encore le but du Brémois AngelosCharisteas aurait-il dû être annulé : le ballon était nettement sorti des limites du terrain avant d'être repiqué dans le but de Timo Hildebrand, un jeune gardien si prometteur qu'on cite son nom au Bayern, pour succéder à Oliver Kahn, d'ici un an ou deux. C'est d'ailleurs Kahn qui détenait le record battu par son jeune collègue. Cette confiance en soi est l'élément clef du succès actuel. Magath l'entretient, tout en restant réaliste. Il trouve en ZvonimirSoldo et HorstHeldt des alliés de choix sur le terrain, tandis que KrassimirBalakov, devenu son adjoint, prodigue des conseils très écoutés. Le VfB est jeune mais n'est pas dénué d'expérience, grâce à ces hommes, mais aussi à des joueurs qui ont déjà une petite expérience de la Bundesliga : le gardien, MarceloBordon et FernandoMeira. C'est ainsi que les jeunes pousses comme PhilippLahm, AndreasHinkel, AliaksandrHleb, KevinKuranyi et ImreScabics sont bien encadrées sans être bridées. Bien sûr, à part Soldo, le capitaine, champion en 1996 avec le Dinamo Zagreb, et Hleb, champion en 1999 avec Bate Borisov en Biélorussie, les joueurs actuels n'ont pas l'habitude de gérer le succès. Ce thème demeure un point d'interrogation, d'autant que les jeunes n'ont généralement pas la régularité voulue. La belle harmonie du VfB pourrait également être compromise, comme celle du Werder par l'affaire Ailton, si un joueur cédait à l'appel de grands clubs, ou si le club ne parvenait pas à prolonger les contrats de Kuranyi et de Hinkel. Mais là aussi, même les plus jeunes font preuve de maturité. Ainsi, interrogé à propos le l'avancement des négociations d'un nouveau contrat, Kuranyi a-t-il déclaré : " On ne parle que de Hinkel et de moi mais il y a aussi Soldo, TimoWenzel, IoannisAmanatidis et HeikoGerber, dont le contrat expire cet été. L'année suivante, Hildebrand et Bordon seront libres aussi ". Autre signe de maturité, les jeunes joueurs souabes avaient renoncé à leurs primes la saison dernière, pour aider leur club à assainir ses dettes. Grâce à la Ligue des Champions, le VfB est de nouveau en mesure de récompenser leurs performances, sans toutefois rivaliser avec ses pairs. Depuis un peu plus d'un an, depuis la huitième journée du championnat 2002-2003, ponctuée d'une victoire 4-1 contre Munich 1860, l'équipe est parmi le peloton de tête. Elle a digéré des départs qui auraient pu être lourds de conséquences : celui de son meneur, Balakov, celui de Ganea et de Sean Dundee, qui ont marqué 15 des 53 buts du VfB la saison passée. On reconnaît là la patte de Magath, son génie à remodeler son puzzle, comme à consolider l'équipe sans disposer de sommes folles. Le banc du VfB est meilleur que la saison passée. Il permet mieux de compenser d'éventuelles blessures ou méformes. Le VfB double presque toutes les positions. Faute de moyens, Felix Magath n'a pu procéder à des transferts prestigieux. Il s'est contenté de compléter le noyau dont il disposait, déjà heureux d'en conserver l'ossature. Cacau et Szabics lui permettent ainsi d'être plus flexible offensivement, Vranjes et Lahm û prêté par le Bayern û sont précieux en défense. Felix Magath cumule les mérites : peu après sa victoire contre le Club Brugeois, le VfB a licencié son manager, Rolf Rüssmann, coupable de ne pas s'entendre avec le président. Le colosse était justement l'homme qui avait permis à Magath de se concentrer sur l'aspect sportif, dans une bonne structure, comme il ne manquait jamais de le rappeler, quand on l'interrogeait sur sa convivialité si inhabituelle : " Enfin, je ne dois plus me battre contre le chaos. Ce club est bien organisé et Rolf Rüssmann abat un travail incroyable, qui me facilite la vie. Je peux enfin me consacrer à mon véritable métier ". En devenant, malgré lui, manager à l'anglaise, il a subi une seconde mutation. Il a compris les bienfaits du recul, de la distance, sans perdre contact avec le groupe, puisque Balakov, qui a pris sa retraite, est devenu entraîneur adjoint. La retraite sportive de l'international bulgare aurait pu signifier l'effondrement de cette jeune équipe. Souvent capricieux dans le passé, profitant de son talent et de son aura, Balakov a fait et défait les entraîneurs, dicté sa loi. Magath a muselé son meneur : avant chaque rencontre, il l'invitait, en compagnie de Soldo, dans son bureau, pour leur exposer sa tactique. Sur le terrain, ces deux vétérans veillaient à son application, un rôle qu'ils assument toujours, à des postes différents. Jamais l'entraîneur ne s'en est caché : " Il serait stupide de se priver de l'expérience de tels joueurs. En outre, nous sommes sur la même longueur d'ondes. Ils ont la même rage de vaincre que moi et sont capables de s'effacer devant l'intérêt commun. Quand on fait quelque chose avec son c£ur, on le fait bien ". Si le regard de Magath s'est adouci, il n'a pas perdu de son acuité. Il est capable de renverser le cours d'un match par un remplacement ou une retouche tactique, à supposer que son équipe, comme contre Wolfsburg, ne se soit elle-même adaptée à la situation. Stuttgart procède en 4-4-2 (voir cadre tactique) mais a délaissé le hourra football de la saison passée pour une défense compacte dont Fernando Meira et Bordon occupent le centre, Hinkel et Lahm se chargeant des flancs. Devant eux, Soldo, flanqué de Jurica Vranjes, Hleb ou de Christian Tiffert, leur doublure. Heldt a repris la position de Balakov, mais Kuranyi se laisse plus souvent retomber à ses côtés, tandis que Szabics ou Cacau demeurent en pointe. Le VfB 2003 ne se laisse plus influencer par son classement ni par des phases de jeu critiques. Il ne provoque plus d'erreurs de son adversaire : il préfère les guetter, patiemment, en faisant bien circuler le ballon pour user la défense en y plantant régulièrement ses banderilles. Son style de jeu est déjà un gage de succès en Ligue des Champions, face à des adversaires de rang. Pascale Piérard