Leon Goretzka a dévoilé ses qualités sur la scène internationale durant l'été 2017. Il était une des révélations de l'équipe nationale allemande, rajeunie, qui a enlevé la Coupe des Confédérations. On se doutait déjà qu'il n'allait pas s'attarder plus d'un an à Schalke 04, le club pour lequel il se produisait depuis cinq ans.
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Leon Goretzka a dévoilé ses qualités sur la scène internationale durant l'été 2017. Il était une des révélations de l'équipe nationale allemande, rajeunie, qui a enlevé la Coupe des Confédérations. On se doutait déjà qu'il n'allait pas s'attarder plus d'un an à Schalke 04, le club pour lequel il se produisait depuis cinq ans. Goretzka, qui a entamé sa carrière en 2012 au VfL Bochum, pensionnaire de deuxième Bundesliga, a tranquillement poursuivi sa progression. Il a légèrement été freiné par une blessure mais ne s'est pas laissé décourager. Cet été, il a rejoint le Bayern, qui avait manifesté son intérêt pour lui à l'issue de la Coupe des Confédérations. Leon Goretzka a également été repris pour la Coupe du Monde en Russie. Il n'y est guère entré en action mais il a quand même eu la gueule de bois pour digérer ce fiasco. Après ses vacances, il s'est concentré sur le Bayern, où il a découvert un autre univers. Car Goretzka est issu de la Ruhr, une région industrielle désolée qui ne peut présenter contraste plus saisissant avec la grandeur de la capitale de la Bavière. Les observateurs s'attendaient à ce que les jeunes footballeurs qui avaient remporté la Coupe des Confédérations seraient davantage mis en évidence pendant la Coupe du Monde. L'espérais-tu ? LEON GORETZKA : Être repris constituait déjà un progrès en soi. Pendant la Coupe des Confédérations, tout le monde disait que l'Allemagne avait délégué son équipe B, voire C. Si nous n'avons pas eu d'impact sur l'équipe, c'est notre faute, pas celle du sélectionneur. Y a-t-il un conflit des générations entre les champions du monde 2014 et les footballeurs qui émergent maintenant ? GORETZKA : Je ne dirais pas ça. Je pense qu'il y a constamment des jeunes qui pointent du nez, prêts à prendre la relève. Comme il y a toujours des footballeurs chevronnés, en poste depuis longtemps, qui ont fait beaucoup pour le football. Les jeunes aimeraient évidemment être alignés mais c'est positif. Je ne vois pas en quoi ça peut générer des conflits. De nombreuses personnes prennent désormais le jeu de la France comme modèle. Elle a été sacrée championne du monde en jouant le contre alors que la possession du ballon, sur laquelle misait l'Allemagne, a eu peu de succès. Ce style de jeu est-il dépassé ou le football reste-t-il une question de qualité et de transition réussie ? GORETZKA : Non, pour moi, la possession du ballon n'est absolument pas dépassée. Reste à voir comment on la définit. Elle ne constitue pas un objectif en soi mais si elle permet de dominer le jeu, elle peut contribuer à la victoire. En même temps, ce style de jeu comporte beaucoup de risques. Joachim Löw nous a souvent mis en garde, répétant que pour jouer la possession du ballon, il fallait respecter certaines conditions pour ne pas exposer la défense. Nous n'y sommes malheureusement pas parvenus pendant la Coupe du Monde. En négligeant de contrôler vos arrières en perte de balle ? GORETZKA : Entre autres. Nous avons souvent encaissé des buts comme ça. Il est indispensable de contrôler et de maîtriser les risques. Malgré tout, je pense que c'est vraiment le football que nous voulons développer et celui qui nous permettra de remporter des succès. Comment a fonctionné le retour à ce concept lors du récent match contre la France ? GORETZKA : C'était un pas en avant. Nous avions décidé de montrer un autre visage que pendant l'été. Nous avions retrouvé notre équilibre. Après ce match, nous avons même eu le sentiment que nous aurions pu prendre plus de risques. Nous aurions pu réaliser un meilleur résultat mais nous avions d'autres priorités. Nous voulions retrouver notre équilibre et être plus compacts. Par rapport à l'été passé, nous nous sommes bonifiés sous ces aspects. Dès le premier instant, j'ai également eu le sentiment que les supporters nous soutenaient pleinement. Il faut une certaine sécurité défensive mais aussi des solutions offensives, surtout face à des adversaires qui se replient. L'Allemagne ne les a jamais trouvées en Russie. Pourtant, dès tes débuts en équipe première du Bayern, qui s'est facilement imposé 3-0 contre le VfB Stuttgart, tu y es parvenu d'un but et d'un superbe assist. Pourquoi ? GORETZKA : Se passer lentement le ballon ne sert strictement à rien. C'était le problème. Nous avons été trop lents ballon au pied, nos actions manquaient de rythme en Russie alors que c'est très important quand on joue la possession du ballon. Il faut faire courir l'adversaire, le fatiguer, l'user, pour qu'il perde sa concentration et commette des erreurs dont on peut profiter. L'équipe nationale possède des joueurs aptes à trouver des solutions mais nous les avons mal appliquées en Russie. Nous devons maintenant nous concentrer sur la création de plus d'occasions de but. Au Bayern, tu vas trouver peu de brèches face à des blocs très bien organisés. Thomas Müller a déjà dit qu'il devait se muer en créateur d'espaces. Cette tâche fait-elle partie de son évolution ? GORETZKA : Je pense que oui. C'est un domaine dans lequel je dois me perfectionner. J'ai essayé de me bien me mouvoir entre les lignes contre la France afin de créer des brèches au profit des autres. Plus on joue haut, plus on se heurte à son adversaire car il recule pour essayer de tout boucher. Il faut alors trouver des solutions. On te confiait d'autres missions il n'y a pas si longtemps. GORETZKA : L'année passée, Schalke 04 a surtout mis l'accent sur une bonne défense et une transition rapide. Je suis tout à fait disposé à travailler en perte de balle mais quand on possède autant de bons joueurs en équipe nationale, on ne peut pas se contenter d'un seul style de jeu. Tes amis à Bochum disent que tu aurais fait un bon avocat si tu n'étais pas devenu footballeur professionnel. Pourquoi as-tu donc plaidé pour le Bayern au lieu de rester à Schalke, où tu es un héros, ou pour un transfert au Real ou au Barça ? GORETZKA : Tout vous expliquer me prendrait trop de temps. Beaucoup de choses négatives sont sorties mais je me suis accordé le temps de la réflexion. Je suis toujours très reconnaissant à Schalke 04 de m'avoir gréé cette période de réflexion sans me mettre sous pression car ça m'a permis de prendre la meilleure décision. Je suis absolument convaincu d'avoir opéré le bon choix. On dirait que les footballeurs très prometteurs de l'année 1995 ont éclos. Joshua Kimmich, Niklas Süle, Serge Gnabry et toi-même. Vous avez joué ensemble dans les équipes nationales d'âge et maintenant, vous vous retrouvez au Bayern et en équipe nationale. Ça nous rappelle la génération 1988 avec Jérôme Boateng, Mats Hummels, Benedict Höwedes, Mesut Özil et d'autres, qui ont été champions d'Europe en U21 puis champions du monde cinq ans plus tard. Est-ce qu'une sorte d'énergie se forme au sein d'une levée, qui stimule tous les joueurs et les fait progresser ? Et est-ce un phénomène exceptionnel ? GORETZKA : Oui, bien sûr. Notre génération a commencé très tôt. J'y ajoute Timo Werner et Julian Brandt, nés en 1996, parce qu'ils ont joué avec nous à partir des U16. Est-ce aussi une garantie de succès pour l'équipe nationale allemande ? GORETZKA : En U17, nous avons échoué à une minute du titre européen, que nous avons gagné en U19 et en U21. Nous avons été médaille d'argent aux Jeux Olympiques. Ces succès sont éloquents. Nous espérons évidemment pouvoir poursuivre sur notre lancée. Êtes-vous la prochaine génération qui va porter la Mannschaft ? GORETZKA : Nous le souhaitons, en tout cas, et nous mettons tout en oeuvre pour y parvenir. Les conditions sont réunies mais nous devons encore accomplir un grand pas en avant. Comment vas-tu ? Il y a deux ans, une inflammation chronique des intestins t'a contraint à modifier ton régime alimentaire. Tu as dû supprimer le gluten, le lait de vache, le porc. Et d'un coup, tu as été moins exposé aux blessures. GORETZKA : Je continue à suivre ce régime. Je me sens très bien. Dans d'autres interviewes, tu as parlé de la passion qui anime les divisions inférieures et de la froideur du football professionnel. Tu t'es qualifié de romantique. N'est-ce pas étonnant pour un jeune joueur de 23 ans ? A cet âge, on pense à sa carrière, à l'argent, à la gloire. Le football est-il vraiment encore une passion pour toi ? GORETZKA : C'est inné. Sans cette passion, je ne serais jamais arrivé aussi loin. Maintenant, je ne trouve pas mauvais tous les développements que subit le football. Je suis bien heureux de jouer sur la pelouse en parfait état de l'Allianz Arena, plutôt que sur du sable dans les divisions inférieures. Ne crains-tu pas que le football s'éloigne trop de sa base, comme c'est apparu lors du stage de la Mannschaft au Tyrol, qui ressemblait à un engin spatial venu d'un autre univers ? GORETZKA : Il m'est évidemment difficile de procéder à des comparaisons, puisque je n'avais pas encore participé à ce genre de stages en équipe nationale. J'ai pensé qu'il était sans doute normal d'être isolé, d'une certaine façon, et qu'on essaie de protéger les super stars afin qu'elles puissent se concentrer sur leur entraînement dans la dernière ligne droite. Personnellement, je n'en éprouvais pas le besoin. A Schalke 04, j'avais l'habitude de m'entraîner devant les supporters. Je suis curieux de voir comment ça va évoluer.