Le début de saison de Premier League continue d'être tout simplement hors norme. Le pays du foot essaye depuis des siècles d'honorer son sport-roi de la plus belle des façons. En secrétant sa plus belle essence. Celle qui fleure bon les buts. Le gros paradoxe, c'est que l'autre cause de l' " honoration " séculaire, c'est-à-dire la relation fusionnelle avec son public, est la raison de la déraison de ce début de saison.
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Le début de saison de Premier League continue d'être tout simplement hors norme. Le pays du foot essaye depuis des siècles d'honorer son sport-roi de la plus belle des façons. En secrétant sa plus belle essence. Celle qui fleure bon les buts. Le gros paradoxe, c'est que l'autre cause de l' " honoration " séculaire, c'est-à-dire la relation fusionnelle avec son public, est la raison de la déraison de ce début de saison. L'absence de ce même public dans les stades est, à l'évidence, l'explication de ce déluge de buts. Qui dit buts dit talent et erreurs. Le premier est toujours là, les deuxièmes n'en finissent plus de nous étonner. Sur les 38 premiers matches disputés (sans compter ceux du week-end passé, donc), 144 buts ont été inscrits. Quasi quatre de moyenne par match. Nonante ans que ce n'était plus arrivé. La non-pression des fans incite peut-être à une plus grande prise de risque à des endroits du terrain où d'habitude, c'est sécurité avant tout. Le nombre de fautes techniques et tactiques aux abords de son propre rectangle est anormalement élevé. Du coup, l'efficacité offensive se régale. Car autre constat, cette saison : on tire beaucoup moins, mais on marque beaucoup plus. Déduction : sans la pression des milliers de paires d'yeux habituellement collées à un mètre des joueurs, sans le souffle des chants d'amour ou de haine, l'audace prend le pas sur la réflexion. La concentration peut se focaliser sur l'essentiel : le ballon, l'adversaire et le but adverse. L'efficacité en devient beaucoup plus aisée. Avec un Old Trafford plein, Tottenham ne se serait pas senti comme chez lui pour humilier Manchester United. Dont les joueurs ne se seraient pas " auto-humiliés " si leurs 60.000 supporters avaient été là. On existe, aussi, grâce ou à cause du regard des autres. Mais pour la plupart, ça se passe dans l'intimité de leur vie. Pas en mondovision. Toujours en Angleterre, mais dans notre Belgovision, nos Diables nous ont offert une première mi-temps exceptionnelle. La deuxième le fut beaucoup moins. Mais ces buts à la Benny Hill pour l'un, Mister Bean pour l'autre ne doivent pas nous faire perdre le sourire. Surtout que lors de ce deuxième acte, il y a eu de l' acting. Une grande scène de cinéma. Avec pour tête d'affiche : Kevin " Costner " De Bruyne et Roberto " Benigni " Martinez. " Danse avec le petit filou " pour l'un, " La vita e cinema " pour l'autre. Kevin ne joue, pourtant, jamais la comédie. Ni sur ni en dehors des terrains. Roberto, lui, est le roi de la déclamation. Des évidences, des banalités parfois. Il est parfait dans son rôle. Tout en non-dits. Mais on a tout vu. Une scène où l'un devait expliquer qu'il ressentait quelque chose à l'autre, qui, lui, devait faire semblant de le croire. Ça a sonné faux et résonné fort dans ce Wembley vide et plein à la fois, de notre regard plein de circonspection. Kevin devait tout simplement ne pas trop en faire. Ordre des producteurs mancuniens. Car à Manchester City, on est encore traumatisé par son début de saison dernière. Huit points pris sur les huit premiers matches. Pendant ce temps-là, Liverpool faisait un 24 sur 24. Les Skyblues n'ont jamais revu les Reds. Et cette saison, Pep Guardiola et ses troupes sont déjà à huit points de la tête du classement. Ce dimanche, ils recevaient Arsenal, qui pouvait prendre... huit points d'avance. Donc, défaite interdite. Donc, Kevin devait être là et en pleine forme. Ce ne fut pas le cas, et même si je ne serai jamais critique de cinéma, ça n'enlève rien à mon ressenti. Surtout que les Citizens en ont fait de même avec Raheem Sterling. Lui aussi a décliné l'équipe nationale pour rentrer se préparer. Lui a joué et offert la victoire contre les Gunners. Et puis, surtout, Kun Agüero, qui était blessé depuis longtemps, a pu jouer. Ça change tout. Kevin était un peu moins indispensable Cela dit, la situation d'un des clubs les plus riches du monde reste surréaliste. Depuis qu'il est arrivé, Guardiola a fait dépenser 900 millions d'euros, dont... seulement 54 consacrés aux attaquants. Moins que pour ses gardiens de but. Six fois moins que pour ses milieux de terrain, et neuf fois moins que pour ses défenseurs. Faut de bonnes fondations pour construire du solide. Mais le chantier est global. Les autres ténors de Premier League semblent aussi avoir désappris à défendre. Peut-être la peur du VAR et donc moins d'engagement ? Peut-être la peur du Covid et donc un sentiment de fragilité qui génère plus de doutes et de tourments ? En attendant, nous, on voit des buts et notre seule peur, c'est que ça s'arrête.