La façon dont Lucas Biglia tente de forcer son départ d'Anderlecht est plutôt pathétique. L'Argentin parle depuis des années d'un transfert, de préférence vers un club espagnol, mais le roi du jeu en largeur doit bien constater que nul ne l'attend. Cette saison, dans une autre occupation de terrain, Biglia se distingue plus que jamais, même s'il trouve trop rarement le chemin des filets et qu'il n'a pas l'explosivité nécessaire pour aspirer à l'élite européenne.
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La façon dont Lucas Biglia tente de forcer son départ d'Anderlecht est plutôt pathétique. L'Argentin parle depuis des années d'un transfert, de préférence vers un club espagnol, mais le roi du jeu en largeur doit bien constater que nul ne l'attend. Cette saison, dans une autre occupation de terrain, Biglia se distingue plus que jamais, même s'il trouve trop rarement le chemin des filets et qu'il n'a pas l'explosivité nécessaire pour aspirer à l'élite européenne. Pourtant, Biglia veut gravir les échelons le plus vite possible. D'abord, il ne s'est pas présenté au stage en Turquie et il s'est rendu introuvable. Ensuite, on l'a prétendu malade et Anderlecht a envoyé un médecin accompagné d'un huissier pour vérifier ses dires. Apparemment, passer un coup de fil était trop demander au joueur. Comme tant d'autres footballeurs, Lucas Biglia est une marionnette aux mains de managers qui lui ont insufflé une trop bonne image de lui-même, dans leur propre intérêt. Le week-end dernier, le manager de Biglia a dit ne pas comprendre pourquoi on mettait en doute le professionnalisme de son poulain. Les managers donnent aux joueurs une image erronée, trop flatteuse, d'eux-mêmes et les amènent à considérer comme normal ce qui ne l'est pas. De ce point de vue, certains sont de vraies plaies pour les clubs. Pendant les stages de ces derniers jours, en Espagne et en Turquie, c'est tout juste s'ils ne se sont pas incrustés dans le lobby des hôtels. On a assisté à une marée de rumeurs impossible à contenir. Jamais autant de noms n'ont circulé à cette période de l'année. Les quotidiens ne parvenaient même plus à conserver un aperçu de cette forêt de spéculations et ils ont commis quelques erreurs dans leur quête de scoops. Ainsi un journal a-t-il annoncé que Gand avait abandonné la piste Victor Fernandez alors que le club annonçait l'arrivée de l'Espagnol le jour même. Les clubs ont rarement laissé pareil libre cours à leurs émotions. Ne parlons plus de stabilité ni de continuité, cela paraît risible. Beaucoup de clubs repartent de zéro. Ainsi Gand, qui a pourtant été un modèle de calme ces dernières années, présente son nouvel entraîneur comme un prodige et tente ainsi d'amadouer ses supporters. Victor Fernandez se retrouve confronté à des attentes considérables. Le Beerschot, qui serait en proie à de graves problèmes financiers, peut se permettre d'embaucher sept joueurs et même Waasland-Beveren, qui renaît de ses cendres, met tout en oeuvre pour rester à l'abri de la zone rouge. Au Standard, Mircea Rednic appelle de ses voeux, jour après jour, le transfert d'un défenseur, d'un médian et d'un attaquant. Dans sa lutte contre Anderlecht, le Club a puisé profond dans sa bourse pour enrôler Laurens De Bock. Le week-end dernier, il a réalisé son 23e transfert en un an et demi en embauchant Eidur Gudjohnsen et ce n'est certainement pas un transfert d'avenir. Si l'Islandais de 34 ans a été décisif pour le Cercle, il ne se distingue pas précisément par sa vitesse ni son abattage. Certes, la classe de Gudjohnsen est incontestable : dès qu'il est en possession du ballon, il constitue une menace pour n'importe quelle défense. Reste à voir dans quel schéma Juan Carlos Garrido va le couler et quelle équipe il va présenter dimanche, à l'occasion du derby brugeois. Bart Verhaeghe, le président du Club Bruges, s'est montré ambitieux jeudi dernier, lors de la traditionnelle réception de nouvel An mais il ne pourra pas continuer sur ce ton si les résultats ne suivent pas. Le stade Jan Breydel continue à rêver du titre. La sérénité d'Anderlecht contraste avec l'agitation générale. Il n'en a pas toujours été ainsi. Pour l'heure, même le feuilleton Lucas Biglia n'entame pas cette tranquillité. Le club traite l'affaire avec maturité et ne se laisse intimider par personne. Si aucun club n'est disposé à verser l'indemnité de huit millions prévue, le capitaine sera bien obligé de revenir, tête basse. PAR JACQUES SYSLes managers donnent aux footballeurs une image erronée d'eux-mêmes.