Sur les 90 minutes d'un match, combien de temps le ballon colle t-il à la godasse ? 10 secondes pour certains. Maximum deux minutes pour les meilleurs. En moyenne, un joueur reste 89 minutes d'un match sans ballon. Constat inouï pour une réalité incroyable qui donne au collectif, à l'addition de talents, sa plus belle évidence.
...

Sur les 90 minutes d'un match, combien de temps le ballon colle t-il à la godasse ? 10 secondes pour certains. Maximum deux minutes pour les meilleurs. En moyenne, un joueur reste 89 minutes d'un match sans ballon. Constat inouï pour une réalité incroyable qui donne au collectif, à l'addition de talents, sa plus belle évidence. Toucher le ballon est une exception qui intrigue quant à la contribution. La perf se fait dans le bref. Des centaines d'heures à travailler pour le maîtriser afin de mieux s'en débarrasser. La qualité d'un footballeur est donc de s'entraîner à transmettre le mieux possible la sphère enchantée. La zone du terrain est un axe d'analyse important. Plus on se rapproche du but adverse, moins on le touche. Les attaquants doivent travailler le jeu en déviation. Avec la plus belle, celle qui va au fond. Pour les buteurs, plus que tout, la vitesse d'exécution est la quête ultime. Avec pour Graal, la vitesse de réflexion. Dans cette zone, on peut même dire que la réflexion doit disparaître pour laisser place à l'instinct. Ne pas réfléchir devient le maître-étalon pour ces pur-sang payés pour faire vite. Dans ce domaine, le maître en Premier League s'appelle Jermain Defoe. Il fait de la rareté une abondance. Il marque toutes les 39 touches de balle. Il voit rarement le ballon mais est impliqué dans 75 % des buts de Sunderland. En comparaison, Eden Hazard marque toutes les 136 touches de balle. On va en reparler parce ce que comparaison n'est pas raison. Avec le principe devenu quasi universel de repartir de l'arrière en faisant tourner la " baballe " pour faire tourner les " têtêtes " adverses, les joueurs qui font le plus " joujou " avec le ballon sont souvent les défenseurs. Voire même, parfois, les gardiens de but. Pas plus tard que contre le Bayer Leverkusen, Manuel Neuer a touché plus le ballon que cinq de ses coéquipiers et que six adversaires. Il a, par exemple, fait exactement le même nombre de passes que le pourtant très actif Thomas Müller. Il y a 15 jours, notre compatriote Jason Denayer a totalisé sept touches de balle sur les 95 minutes de son match à Liverpool. Toutes les 13 minutes. Et pourtant, il a fait son match. Il était sur la pelouse pour empêcher ses adversaires de s'exprimer. En 2011, Gaël Givet a fait encore plus surréaliste. Il a touché le ballon... deux fois sur tout un match. Le foot, ce n'est pas seulement de jouer juste, c'est aussi, pour beaucoup, de se placer juste. Avoir le ballon est une chose. En faire quelque chose de bien et de productif en est une autre. Le plus bel exemple est Leicester. Plus mauvais bilan pour un champion sortant depuis 54 ans. Pourtant, JamieVardy et ses potes ont fait 750 passes de plus que la saison dernière à même époque. Le blème, c'est justement le ballon. Ils n'aiment pas le posséder. Ils aiment le laisser à l'adversaire. Leur jeu de contre ne peut plus s'exprimer. La stat est évidente : la saison dernière, ils ont ouvert le score à 26 reprises. Le plus dur était fait, tu ne les revoyais plus. Mais courir après le score n'est pas pour eux. Meilleure preuve, cette saison ils ont marqué le premier but seulement à trois reprises pour... leurs trois victoires de la saison. On n'exprime jamais aussi bien ses idées quand on sait les synthétiser. Mais c'est très difficile de faire simple. Reste qu'il y a les exceptions. Ceux capables de donner à la difficulté des airs de simplicité. Une attitude enfantine qui rappelle que la vérité vient des pieds des enfants. Qui rappelle que l'on peut exister dans un monde d'adultes surentraînés et surpayés pour vous mater. Eden Hazard est de cette lignée de raretés à protéger. Lui offre de la beauté en touchant le ballon plus que les autres. La note artistique devrait être incorporée dans le résultat d'un match. En fait, elle l'est, elle est indicible. C'est l'amour du foot. Celui qu'a Eden pour son sport et celui que lui vouent les spectateurs. Le foot, c'est comme la vie. Plus tu laisses vivre, plus tu partages, moins tu veux posséder et plus tu recevras. PAR FRÉDÉRIC WASEIGE