Olivier De Cock : "J'ai frissonné en entendant l'hymne de la Ligue des Champions à Barcelone, en levant les yeux vers ces tribunes immenses, où 90.000 personnes avaient pris place. Gaëtan Englebert et moi nous sommes regardés. Je lui ai dit: - C'est pour ça que nous consentons tous ces efforts. Supporter fanatique du Club, j'ai vécu ses légendaires aventures européennes et je voulais vivre la Ligue des Champions pleinement. Après ce qui s'est passé la saison dernière, je n'ai pas paniqué quand j'ai été écarté, au tournoi des Mâtines Brugeoises. J'étais convaincu que j'avais fait mon possible et que je n'avais rien à me reprocher. Je savais que mon heure viendrait: j'ai soigné chaque détail, jamais je ne me suis préparé comme ça, je ne cesse de renforcer mes deux chevilles, depuis mon opération, je consulte des spécialistes, je fais des exercices spécifiques, je suis en condition... En mon for intérieur, j'étais donc serein.
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Olivier De Cock : "J'ai frissonné en entendant l'hymne de la Ligue des Champions à Barcelone, en levant les yeux vers ces tribunes immenses, où 90.000 personnes avaient pris place. Gaëtan Englebert et moi nous sommes regardés. Je lui ai dit: - C'est pour ça que nous consentons tous ces efforts. Supporter fanatique du Club, j'ai vécu ses légendaires aventures européennes et je voulais vivre la Ligue des Champions pleinement. Après ce qui s'est passé la saison dernière, je n'ai pas paniqué quand j'ai été écarté, au tournoi des Mâtines Brugeoises. J'étais convaincu que j'avais fait mon possible et que je n'avais rien à me reprocher. Je savais que mon heure viendrait: j'ai soigné chaque détail, jamais je ne me suis préparé comme ça, je ne cesse de renforcer mes deux chevilles, depuis mon opération, je consulte des spécialistes, je fais des exercices spécifiques, je suis en condition... En mon for intérieur, j'étais donc serein. Quand on m'a fait monter au jeu au milieu, j'ai pensé que c'était peut-être mon nouveau poste, une étape obligatoire dans le déroulement de ma carrière. En fin de compte, j'ai commencé à jouer comme avant et j'aime attaquer. Prouver que je pouvais évoluer à cette position m'a insufflé une motivation supplémentaire. Ma réaction agressive, après ce but en Supercoupe à Genk, a tout expulsé: le mauvais second tour, la critique destructrice...Il fallait que ça sorte. Marquer peut faire des merveilles pour votre confiance. J'avais besoin de ce but, ne serait-ce que pour montrer ce dont j'étais encore capable. Maintenant, j'ai le sentiment de pouvoir soulever des montagnes mais si je revis une telle période, je me souviendrai de cet instant, certainement si ça m'arrive à court terme.Ce second tour n'a pas été le meilleur de ma carrière. J'ai souffert de la cheville, d'une baisse de forme et l'équipe a perdu des plumes. La critique de certains journaux m'a touché. On a même écrit que j'étais trop juste pour ce niveau. éa m'a d'autant plus choqué que c'était la première fois que j'étais personnellement critiqué.Quand un jeune joue un match convenable, c'est tout de suite fantastique. Maintenant, on dit que ce n'était pas si terrible. Depuis que je suis devenu titulaire, à l'arrivée de Trond Sollied, l'attente n'a fait que croître. Les supporters aussi sifflent à la moindre mauvaise passe. Je surfe beaucoup sur Internet et quand je visitais le site du Club, que je lisais tout ce qu'on écrivait sur l'équipe, sur certains joueurs, sur moi-même... C'était tellement négatif que ça m'a touché. On dit que la Blue Army est parfois tellement négative qu'il faudrait enregistrer ses membres pour retirer préalablement tous les aspects négatifs. On peut se demander si ce sont vraiment des supporters.Etant moi-même un clubman, j'ai été atteint plus rudement encore. Je n'accepte pas qu'on prétende que je ne me livre plus à fond. Je n'accepte pas qu'un joueur qui n'a encore rien prouvé ou qui n'a pas le coeur bleu et noir bénéficie d'une approche plus positive que quelqu'un qui fait tout pour son club".Leur prouver que je suis le plus fort"A la longue, Babs, ma femme, m'a conseillé de ne plus lire tout ça. Puis, je me suis dit: -Je vais leur prouver qu'ils ont tort. La saison a été trop courte pour ça. Si le Club avait été champion, si j'avais pu apporter ma pierre au titre, les supporters qui exprimaient en fait surtout leur crainte de voir un quatrième titre d'affilée nous filer entre les doigts auraient été les premiers à nous applaudir. En plus, je me suis blessé à la cheville et j'ai raté la finale de la Coupe. J'ai beaucoup douté de moi, à cette époque, mais le soutien de mon entourage et de l'entraîneur m'a aidé à travailler. Cette période m'a beaucoup influencé. J'ai réfléchi à tout. Je fête mes 27 ans en novembre. Je suis depuis huit ans dans le noyau A. D'autres, arrivés plus tard, m'ont dépassé. Je pense à Timmy Simons, Peter Van der Heyden et Gaëtan Englebert. Timmy et Gaëtan, eux, ont livré une bonne saison et ont été sélectionnés pour le Mondial, le summum pour un footballeur. Quand j'avais 21 ans, Franky Van der Elst a dit que j'étais un candidat pour l'équipe nationale, à court terme. Cinq ans plus tard, je n'avais pas encore été sélectionné. J'ai compris qu'il était temps de retirer le maximum de ma carrière. Je me suis demandé ce que je devais changer. J'ai décidé de tout mettre en oeuvre pour réussir. Non que je ne faisais pas de mon mieux mais j'ai commencé à surveiller tous les détails, systématiquement, pour retrouver la formidable confiance qui m'a animé, un moment, avec Eric Gerets. J'avais le sentiment d'être capable de tout, je ne doutais pas de moi. Je voulais aussi être au-dessus des critiques, tirer un trait sur le passé et prouver que j'étais digne de l'équipe nationale. Par quoi commencer? Par la condition physique. Pendant les vacances, après ma seconde opération à la cheville, je m'y suis attelé. Je me suis entraîné sans relâche, j'ai adopté un régime alimentaire encore plus sain, avec beaucoup de fruits et des pâtes, des vitamines, des compléments alimentaires. Je me suis adonné à la musculation, j'ai pris des renseignements sur ma cheville, pour la renforcer et éviter les rechutes.Pour la première fois, j'ai effectivement l'impression d'être au-dessus des commentaires. Evidemment, je suis heureux quand on écrit quelque chose de positif sur moi et inversement. J'essaie toutefois de ne plus me laisser influencer. Quand c'est le cas, mieux vaut ne plus rien lire. Lorsqu'on ne s'accommode pas de la critique, c'est aussi parce qu'on ne se sent pas bien dans sa peau. Si on cherche la cause de ses maux chez les autres, on est plus vite touché par un contrecoup".Les leçons d'un passage à vide"Savoir qu'on fait tout ce qui est en son pouvoir est important. Quand ça va moins bien, on se demande si on travaille assez. On se dit : -Je n'aurais peut-être pas dû aller au restaurant ou boire un verre. Mais si on a fait tout ce qu'on pouvait, on se demande pourquoi douter, on sait qu'on finira par s'en sortir. Il faut tenter de retirer des leçons positives d'un tel passage à vide, en profiter pour changer. La pensée positive aide, je le sais. Elle modifie votre mentalité et votre vision du monde. Elle vous permet de déterminer vous-même votre avenir. J'ai même l'intention d'achever ma deuxième candidature en droit, éventuellement en deux ans, et j'envisage aussi de suivre des cours de langues ou d'informatique. Sur le plan sportif, je me suis fixé des objectifs précis en début de saison. Ce sont des objectifs à long terme qui exigent un travail hebdomadaire, voire quotidien. Je suis encore sous contrat pour deux ans. Nous verrons bien. Evidemment, l'objectif de la saison, la qualification pour la Ligue des Champions, est déjà réalisé, sans oublier que pour les supporters, le titre est essentiel, surtout après quatre deuxièmes places consécutives. C'est aussi un baromètre personnel: quelle est ma valeur à ce niveau? La Ligue des Champions constitue une vitrine car j'aimerais évoluer dans un autre championnat, un jour.Maintenant, je me sens bien au Club, qui revit à tous les niveaux, où l'approche est actuellement positive et où tout le monde vit intensément la Ligue des Champions. J'aime jouer le samedi soir: il y a plus d'ambiance et nous sommes libres le dimanche. Je ne suis pas le seul à me sentir un peu lourd quand je dois manger des spaghettis à 11 heures et jouer à trois heures.Pour l'instant, je ne pense pas à un transfert, même s'il peut être la conséquence de bonnes performances en Ligue des Champions. Où serais-je mieux qu'au Club, avec lequel je dispute la Coupe des Champions en jouant le titre national? Partirais-je mêmeun jour?... Je voudrais remporter quelques titres et les fêter avec les supporters, au terme d'une saison fantastique. J'en ai déjà gagné deux mais lors du premier, j'étais très jeune et je faisais simplement partie du noyau. Je n'ai disputé qu'une dizaine de matches lorsque nous avons remporté le second. Depuis lors, je suis titulaire et... éternel deuxième. Je ne veux pas quitter le Club sans avoir vécu ça au moins une fois.Je ne veux pas quitter le Club sur une mauvaise note. Imaginez que je sois parti la saison passée. C'eût été dur. Un moment donné, j'ai pensé qu'il serait peut-être préférable de chercher un souffle nouveau ailleurs mais c'était une approche négative.Longtemps, trop longtemps, j'ai été timide et trop gentil, à tous points de vues. En Espoirs, je devais donc avoir 17 ou 18 ans, j'avais besoin de chaussures. Je n'ai pas osé en demander à Hans Galjé. J'attendais le moment idéal à mes yeux. Et comme je n'osais toujours pas, c'est mon père qui a effectué la démarche. J'étais encore plus gêné, évidemment". Apprendre à dire ce qu'on pense"A l'époque, j'avais le caractère de ma mère. Elle réfléchit plutôt deux fois qu'une avant de s'exprimer devant des gens qu'elle ne connaît pas alors que mon père s'en fiche. J'ai besoin de m'adapter, de me sentir bien quelque part. Je suis toujours ainsi mais je me suis amélioré. Mes études m'ont aidé et j'ai aussi changé depuis que je suis dans le noyau A. J'ai été propulsé à l'avant-plan, automatiquement, et je pouvais difficilement prendre mes jambes à mon cou devant la presse et les interviewes ou lors des soirées des supporters. éa m'a rendu plus fort.Je ne serai jamais une grande gueule mais j'ai changé, en bien. J'ai trouvé mon équilibre, entre mon père et ma mère. Quand je ne suis pas d'accord, je le dis, alors qu'avant, je laissais passer. L'étape la plus importante a sans doute été mon passage des Cadets aux Scolaires car j'ai grandi d'un coup, sur le tard. J'étais chétif alors que les autres avaient déjà le poil au menton. En Cadets, j'étais international mais dans la catégorie supérieure, j'ai dégringolé en Provinciales. Mes coéquipiers disputaient des tournois internationaux contre Feyenoord et de grandes équipes anglaises, qui constituent le summum pour un jeune. Ne pas en être a été humiliant.Savez-vous ce qui est le plus beau? Voir grandir mon fils, Kenneth, âgé de deux ans et quatre mois. C'est magnifique. La paternité m'a mûri. Son sourire quand je rentre à la maison...Je me demande alors pourquoi je me suis mis sous pression. Ces instants renforcent la pensée positive. On ne peut comprendre ce qui unit un père à son fils avant de devenir soi-même père. Je ferais tout pour mon enfant. Plus il grandit, plus il me rend l'amour que je lui voue. Peut-être cela changera quand il deviendra plus indépendant"! Christian Vandenabeele"Pour la première fois de ma carrière, je reste au-dessus des commentaires"