A cinq, ça peut être génial aussi. On me l'avait dit. Mardi dernier, j'ai pu le constater. De loin et en voyeur. Et surtout après avoir douté quand j'ai vu l'arbitre désigné pour la 1/2 finale retour Barca-Chelsea. Monsieur Cüneyt Çakir, 36 ans, sept matchs de Ligue des Champions au bout du sifflet dont cinq en phase de groupe. Troublant et pas rassurant mais ce courtier en assurance a assuré comme un grand. Avant un tel choc on s'attendait à un ténor. Ce ne fut pas le cas.
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A cinq, ça peut être génial aussi. On me l'avait dit. Mardi dernier, j'ai pu le constater. De loin et en voyeur. Et surtout après avoir douté quand j'ai vu l'arbitre désigné pour la 1/2 finale retour Barca-Chelsea. Monsieur Cüneyt Çakir, 36 ans, sept matchs de Ligue des Champions au bout du sifflet dont cinq en phase de groupe. Troublant et pas rassurant mais ce courtier en assurance a assuré comme un grand. Avant un tel choc on s'attendait à un ténor. Ce ne fut pas le cas. Tant mieux car M. Çakir a plaidé comme un Dieu. Sa cause et celle de l'arbitrage. Pour la première fois, j'ai vraiment eu l'impression que l'arbitrage à cinq était utile. Pour la première fois, on a eu l'impression d'avoir affaire à des mecs. Des vrais, pas à des potiches qui font le tapin de l'autre côté des lignes. La carte rouge de John Terry et le péno sur Cesc Fabregas, c'est un des mecs d'arrière rectangle qui les signale. Et M. Çakir qui ferme les yeux sur une deuxième carte jaune au fabuleux Didier Drogba. Une petite faute de main mi-terrain que le règlement lui dictait de punir du jaune et donc finale ratée pour Super Didier. Il ne l'a pas fait. Génial. Il a arbitré en se mettant au service du jeu, pas au service du règlement. Le pauvre Raul Meireles n'a pas eu autant de chance. A quelques secondes de la fin, il arrive quelques centièmes de secondes trop tard. Trop tard dans le duel car ayant trop donné. Cuit et puni par la générosité. Image touchante, il regarde le chrono en suppliant : -Please no, no, no ! Hé si, jaune et pas de finale pour le Portugais. Mais coup de chapeau final à M. Çakir. Tant mieux qu'on ait mis un novice : un ténor aurait certainement arbitré dans le sens de sa carrière comme c'est parfois le cas dans les grands rendez-vous. Un p'tit bémol quand même sur le hors-jeu de Daniel Alves... On ne saura jamais. Ah le hors-jeu ! La plupart d'entre vous peut comprendre ce qu'est la jouissance de mettre un adversaire hors-jeu. Faire ce petit pas vers l'avant tellement subtil et essentiel pour gagner un duel sans devoir le disputer. Un petit pas pour l'homme que vous êtes mais un grand pour enrichir votre humanité. C'est la même sensation que celle d'un premier rendez-vous quand vous dites à la jeune fille : -On y va ? et qu'elle vous répond : -Il est presque temps ! Cet adverbe " presque " est le même que celui que l'on peut lire dans les yeux de l'adversaire qui vient de tomber dans le piège. " Putain, c'était presque bon mais l'autre a été trop malin. " Le muscle le plus utile à un footballeur, c'est le cerveau. Parfois, il est là où il doit être, parfois un peu plus bas. Là, où vous pensez qu'est le mien. Parfois il est en haut et en bas. Superbe répartition. Qui permet des exploits. Au FC Liégeois, on avait beaucoup des deux. On était vachement couillu. Comme des taureaux. Normal pour des Liégeois. Couillus mais toujours classieux. Comme ce soir de novembre 1988 où on a éliminé le grand Benfica. On s'est retrouvé dans une boîte de Lisbonne avec des stripteaseuses : " L'éléphant bleu ". Impossible d'oublier ce nom. On était déchiré mais on est toujours resté dignes. Sublimes, même. Comme quand quatre heures plus tôt, alors que Benfica nous mettait la pression, on a fait notre spéciale fin de match. Coup franc pour l'adversaire, le capitaine crie le code : " Léon " (prénom de notre intendant aux équipements). Juste au moment où le botteur frappe le ballon, on sprinte tous vers l'avant. Ils sont tous hors-jeu. Un banc de sardines pris dans le filet. Comme ça soulage, comme c'est jouissif car collectif. Et tellement efficace. Un truc à n'utiliser qu'une fois car les sardines ont une bonne mémoire. Tout ça nous éloigne de l'arbitrage. Quoique, des hommes en noir qui chassent leur idées de la même couleur dans les boîtes la veille d'un match de Coupe d'Europe, y a dû en avoir quelques-uns. Avec, bien sûr, la Rolex offerte par le club visité au poignet. Passons, tout cela n'existe plus évidement. M Çakir n'a pas de Rolex. Il a beaucoup plus : notre respect. Monsieur Çakir n'a pas de Rolex. Il a notre respect.