C'était un après-midi de juin en 1985 face au Racing Malines. Un but de Silvano Goretti avait suffi. Charleroi n'avait fini que quatrième de la D2 mais le tour final lui avait offert la consécration et le droit de retrouver la D1.
...

C'était un après-midi de juin en 1985 face au Racing Malines. Un but de Silvano Goretti avait suffi. Charleroi n'avait fini que quatrième de la D2 mais le tour final lui avait offert la consécration et le droit de retrouver la D1. Didier Beugnies, meilleur buteur de la D2, se remémore : " Cela faisait trois saisons que je marquais 20 buts pour Mons en D3, et en 1984, suite à une rencontre avec Jean-Jacques Cloquet à l'armée, j'avais discuté avec Jean Pol Spaute. Pour ma première saison au Sporting, j'avais terminé révélation Panini de la D2 et marqué 21 buts. Je m'entendais comme larron en foire avec Goretti qui savait exactement où il devait me mettre le ballon. On est arrivé au tour final avec un statut d'outsider et le Racing Malines, pourtant deuxième du championnat mais cuit, fut rapidement hors-course. On s'est incliné lors de notre premier match à Winterslag mais par après, on n'a rien lâché, remportant toutes les rencontres sur un but d'écart. On jouait et ensuite comme l'entraîneur André Colasse avait convaincu les dirigeants de partir au vert avant chaque rencontre, on retournait à Blanmont, un patelin où il n'y avait rien à faire si ce n'est dormir. Contre Malines, dans le dernier match, on a gagné 1-0. On n'en pouvait plus. Je me souviens que j'avais gâché une occasion en fin de partie à cause des crampes. Mais au coup de sifflet final, le stade explosa. Je n'avais jamais vu une telle fête et autant de bouteilles de champagne. Il y avait du monde partout. On avait même mis une corde autour du terrain pour placer des spectateurs en zone neutre. Au coup de sifflet final, je n'ai pas pu faire 3m50 que je me retrouvais pratiquement nu. Dans le stade, il y avait des gens partout. Certains passaient par les fenêtres. Dans la buvette, on était porté en triomphe sur les épaules des supporters. Ensuite, on a fait le tour des cafés en ville. " Charleroi était parti pour un bail de 26 ans. " Quand on est monté, tout le monde nous voyait redescendre aussitôt. Et il y avait une part de vérité dans ces pronostics car on a débuté par un 4 sur 22. Les dirigeants ont alors transféré Peter Mraz en octobre et ce fut la délivrance. Moi, j'ai à nouveau reçu de bons ballons et on s'en sort à deux journées de la fin à Waregem. Je me souviens que cette saison-là, on avait dû s'accrocher et qu'on s'était pris des raclées mémorables : 6-0 à Anderlecht, 2-6 contre Anderlecht, 8-0 au Standard. Néanmoins, pour ce dernier résultat, il y avait une explication. Plusieurs joueurs étaient sous la menace d'un troisième carton jaune, synonyme de suspension pour le match fatidique contre Waterschei. Or, l'entraîneur nous avait demandé de surtout nous préserver pour les deux dernières rencontres importantissimes. Finalement, la confrontation avec Waterschei ne fut pas décisive puisqu'on l'emporta à Waregem. Moi, j'avais terminé deuxième meilleur buteur (22 buts) derrière le monument Erwin Vandenbergh et on avait même évoqué ma présence à la Coupe du Monde 1986. On nous avait prédit une forme d'euphorie pour nos débuts en D1. On ne l'a pas connue. Par contre, certains accusent le coup lors de la deuxième année en D1. Ce ne fut pas non plus le cas pour nous. On s'était tellement battu en 1985-1986 que plus rien ne pouvait nous arriver et pendant quelques années, on a pu vivre dans le ventre mou. Notre équipe comprenait un mélange d'Anglais avec Peter Harrison et Kevin Pugh, qui se battaient et étaient des gagneurs, de Limbourgeois avec Norbert Beuls et Rudy Vossen dans un premier temps, Jacky Mathijssen et Berto Bosch par la suite, qui nous amenaient de la rigueur, et un contingent de Carolos plus techniques. " Les premières années restent également attachées au souvenir de Colasse, entraîneur de 1984 à 1987. " C'était un guerrier. Je le rapproche un peu d' Albert Cartier aujourd'hui. Il aimait bien nous infliger des entraînements punitifs. " PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTO: REPORTERS/ SPRIMONT" Je n'avais jamais vu autant de bouteilles de champagne. Dans la buvette, on était porté en triomphe sur les épaules des supporters. "